lundi 29 mars 2010

World Wide Woman - Acte I, scène 1.


5h34 AM, c'est le laptop qui le dit, moi j'en sais rien, tout à l'heure, mais c'était peut-être hier, j'étais assise ou plutôt enfoncée dans un sofa très mou d'une suite sur la 5th, je ne sais plus très bien ce que j'ai raconté à tous ces journalistes, j'étais fatiguée. Les bouquets me donnent la migraine, on dirait que c'est obligatoire de recevoir des brassées de fleurs, comme aux enterrements, comme dans les hôpitaux, juste parce que je suis une femme. Si j'étais un homme, je ne recevrais pas tous ces bouquets. J'ai tout filé au personnel de l'hôtel, elles sont toujours toutes contentes quand je leur donne mes gros bouquets puants, mais il faut toujours que Jenn vérifie les cartes - cette plaie du message personnel, comme si c'était personnel, envoyer un gros bouquet à une actrice.
Je suis fatiguée. J'ai mangé du chocolat hier, ou c'était peut-être avant, mais je ne comprends plus rien à l'heure. Il faut que je fasse attention, sinon je vais avoir des fesses énormes pour les Oscars. Mes Halcion de l'avion n'ont pas fait effet, pourquoi, je n'ai pas touché à la coke depuis au moins trois ou quatre jours. Maintenant, le champagne n'a plus de bulles c'est écoeurant, mais je n'ai pas envie d'avoir affaire au service d'étages ou même à Jenn. Je sais qu'elle me surveille depuis sa chambre.
Je ne sais pas s'il va venir. Il m'a dit qu'il essaierait, mais qu'on devait la jouer serré à cause des paparazzi. Je crois qu'il y a eu une fuite, mais je ne sais pas qui. Ca ne peut être qu'un proche, ou soit disant, mais moi je n'ai plus d'amis, finalement, depuis longtemps.
Je vais reprendre deux Halcion et me recoucher. Je ne peux même plus laisser la télé pour m'endormir, depuis qu'ils passent tout le temps cette pub horrible pour le shampooing, je ressemble à une vraie folle là-dedans, mais plus moyen de la censurer - il n'y a aucune faille dans le contrat pour ça, mon avocat m'a dit qu'il ne pouvait plus rien y faire.
Je ne sais pas s'il viendra. S'il ne vient pas, comment je vais faire, qu'est-ce que je vais devenir.
Je suis fatiguée, c'est horrible.

8h12 AM
Cette saloperie de téléphone a fini par me réveiller. Il ne vient pas tout à l'heure ! Quel salaud ! Il n'a aucune intention de jamais rien dire à personne. Je n'ai plus de Valium, Jenn a des ordonnances, elle a intérêt à me rapporter de quoi me calmer.

1h50 PM
Le service d'étage m'a fait parvenir son cadeau. OK, une boîte turquoise, une petite rivière de diamants Tiffany, peut-être qu'il est sérieux après tout. Le bijou était tout froid entre mes seins quand je l'ai passé autour de mon cou. C'est un beau collier. La carte disait tout simplement "Pardon". Je vais y réfléchir.


Photographies inédites © Pascale Lafay

lundi 22 mars 2010

Peroxydées occidentales. #7 Gwen Stefani.


Il traversait l'appartement dans le noir, sans faire de bruit, dans son pyjama en pilou bleu ciel acheté par sa femme aux 3 Suisses, sans doute en soldes, en bonnes affaires - sa femme était la championne des bonnes affaires. Il ne dormait pas, il dormait très mal depuis quelques temps, et cette nuit-là sa fille aînée était en week-end avec les Guides d'Europe, partie en bleu marine l'après-midi. Le collège, déjà. Il se souvint d'elle nourrisson à la maternité, de l'étrangeté de sa présence dans sa maison. Il ne comprenait rien à ses pleurs. il ne comprenait d'ailleurs rien à ses colères non plus maintenant. Pourtant il l'avait bien élevée, son enfant, à la paroisse tout le monde lui en faisait compliment le dimanche, de cet enfant-là. Et puis elle était devenue cette grande fille en colère. La campagne lui ferait sûrement du bien. Peut-être des histoires de femme, il demanderait à son épouse demain. S'il osait. Si elle avait le temps.

Une minuscule lumière dans le bureau attira son attention - la tour de l'ordinateur était restée allumée, et une diode de l'écran clignotait encore, en veille. Mince, tout ceci, c'était lui qui le payait, pour rien. Il remua la souris et l'écran se réveilla, affichant une page de youtube, qu'est-ce que c'est que ça, il croyait pourtant que sa fille n'avait pas libre accès à ces horreurs. Dans un cadre, comme un petit tableau, une toute petite femme se mit à remuer. Il la regarda traverser un couloir dans le noir, en silence, puis allongée sur un lit, toute vêtue de blanc dans une pièce éblouissante, blonde platine, les yeux outrageusement maquillés. Il lut Gwen Stefani, 4 in the morning, non pas encore tout à fait quatre heures, 3h23 indiquait le coin droit de son PC, alors voilà la chanteuse qu'elle aimait, sa fille. Il la regarda. Le minuscule film muet exposait quelque chose de romantique et de soigné, un T-shirt trop court et un pantalon trop moulant, des cheveux trop oxygénés, un visage trop fardé. La mauvaise vie de ces gens du spectacle. Marilyn, voilà, l'avait inspirée cette fille. Il se sentit subitement gêné à la pensée que c'était à Marilyn qu'il devait sa première érection, et qu'il ne s'était jamais vraiment remis de sa blondeur bouclée. Sa femme, au début de leur mariage, était un peu coiffée comme cela. Depuis, elle avait opté pour une coupe courte tellement plus pratique, et ses cheveux était redevenus châtains, puis les cheveux blancs s'en été mêlés, mais elle n'avait pas à se déguiser, elle était telle que Dieu l'avait faite.
Il découvrit un fil de casque fiché dans l'écran, et le porta machinalement à ses oreilles, you've got to give me everything and nothing less - on passait de la table nocturne avec café au lit blanc diurne - 'cause you know I give you all of me. La chanteuse pleurnichait presque, sur une musique pas très riche, électrique : des synthétiseurs. Il regarda sa moue, ses lèvres luisantes comme si elle se les était huilées, et écouta comment elle pleurait la nuit à quatre heures du matin pendant que l'homme qu'elle aimait dormait. Lui ne lui donnait pas assez, semblait-il. Il frissonna. Elle portait une alliance. Elle semblait triste. Cette chanson était triste. Elle voulait qu'on l'aime à sa juste valeur. Il se demanda alors comment il en était arrivé là.
Elle se lavait dans une grande baignoire blanche, elle était belle et triste cette fille, et il se sentit si malheureux lui aussi. Depuis combien de temps n'avait-il pas vu sa femme dans son bain, depuis combien de temps ressentait-il seulement du devoir et de l'habitude en rentrant le soir du bureau ? Il trouvait toujours toute sa famille en pyjama et chaussons. Il ne les voyait finalement qu'ainsi, tous les cinq, en pyjama, sauf les week-ends et les vacances. Cela lui sembla tout à la fois absurde et atroce, et il sentit sa gorge se serrer. La chanteuse partit en voiture avec chauffeur, l'air affligé, dans un costume noir, avec la bouche écarlate. Il se souvint de sa femme qui lui souriait avec son rouge à lèvres, au tout début de leur mariage, et même peut-être un peu après la naissance de l'aînée. Il la désirait alors, beaucoup. Et maintenant, il lisait tranquillement tous les soirs à côté d'elle, avec pour seule envie croissante celle de dormir. Il regarda le visage de la jeunesse fardée sous un drap blanc, et il comprit qu'il ne l'aimait plus, sa femme, et qu'elle ne l'aimait plus non plus. Ca n'avait jamais été la passion, mais il l'avait désirée, oui. C'était une femme bien. Mais si froide. Et lui, si indifférent, au fond, tout lui était égal, il aimait sa tranquillité. Mais il était un bon mari et un bon père, il faisait son devoir, toujours. Il écouta and the tears are pouring and I want to make it worth the fight, what have we doing for all this time, baby if we're gonna do it, come on, do it right. Il laissa les notes s'éteindre, la fille rouler sous son drap, et un sourire apparut brièvement sur ses lèvres brillantes. Le petit écran devint noir, afficha dans un silence absolu partager revoir la vidéo, puis se brouilla. Il fondit en larmes.


dessin inédit © Richard Naudy

lundi 15 mars 2010

Peroxydées occidentales. #6 Pink.


Elle écrasait sa rondelle de citron dans son Coca, ça faisait remonter les bulles contre les parois du grand verre, on aurait dit un colonie de petits animaux. Elle décomposa toute la pulpe, en appuyant avec la longue cuillère. Ca se mit à flotter dans le breuvage marron, beuh, tandis que sa mère en face sermonnait c'est plus possible ton attitude tu dois faire un effort, et tes notes, qu'est-ce que tu as dans la tête un pois chiche, elle craignait, ça craignait, elle en avait ras-le-bol, regarde-moi quand je te parle, allez, tout le café en profitait, super, le shopping entre filles, la joie, elle leva ses yeux noircit de khôl à demi-masqués par sa frange trop longue, et observa sa vieille et son brushing. Ouais, je vais faire des efforts, mais qu'est-ce qu'elle en savait sa mère, de sa vie, on aurait dit qu'on l'avait livrée chiante et sans problème, mais elle, putain, sa vie était hyper compliquée quoi, c'était pas juste, pas juste. Elle posa son menton sur son poing et regarda l'écran sur le mur du fond. Encore de la daube. Et là, justement, elle faillit sourire tellement ça lui fit du bien, Pink, cette meuf qu'elle adorait trop, elle croisa ses docs montantes vernies noires sous la table en allongeant ses jambes pour revoir un de ses clips préférés. Voilà, d'abord le bouquin en relief avec la fille sexy, ouais, U + ur hand , et dedans c'était toujours Pink, trop belle, comme un livre de contes illustrés, un peu - et après elle faisait que des trucs de mecs, elle était trop forte, elle voulait tellement devenir comme ça, forte, que personne puisse la démolir, elle serrait les mâchoires en regardant la chanteuse dans un garage, en train de réparer une caisse avec des fringues en cuir, mais quand même en soutif, mais trop belle quoi, avec son piercing dans la narine gauche et son tatouage sur le sein - elle voulait les mêmes mais ses parents voulaient pas, elle était mineure et encore pour trois ans, ça faisait chier, elle pouvait même pas se teindre les cheveux en platine ou en rouge, comme là quand elle faisait de la boxe - mais la boxe, elle avait pu s'y inscrire, ça la faisait tripper, et toute cette chanson était trop bien. Ca racontait comment elle jetait un connard en lui disait de rester avec sa main, trop fort, qu'elle était pas là pour amuser les mecs, et qu'elle buvait aussi - elle souriait en pensant à sa cops qui lui avait traduit les paroles, trop sympa.
Les mecs c'était tous des cons de toute façon, ces gros nuls qui pensaient qu'au cul.

Après la boxe, c'était le futur, une ville grise du futur, la scène dans la tour, où Pink coiffée de rouge suçait une chuppa chups - elle en avait plein son Eastpack, elle le regarda par terre, rose layette noirci de crasse, et ce qu'elle avait écrit au marqueur rouge indélébile, <3 P!NK <3, ha ouais, elle avait jamais regretté d'avoir écrit ça, elle l'adorait trop. En body, casque de cheveux carotte et bottes, Pink chantait de sa voix éraillée dans le café, trop belle, trop rien à voir avec tous ces cons, avec ce café pourri, elle vit que sa mère lisait ELLE, ouf, elle l'avait un peu lâchée, trois secondes de bonheur. Pink lisait un livre rouge, habillée trop gothique, avec un bustier en cuir qui montrait ses seins, le bol, les siens, ils poussaient pas, elle regarda tristement sa blouse vide, puis à nouveau l'écran, penser à chourrer du rouge à lèvres bordeaux foncé, nota-t-elle mentalement, en souriant à son idole qui lui répondit, wow, elle avait ses bagues sur ses gants noirs longs, c'était la classe. Après on la voyait dans une soirée américaine avec une fontaine dans un patio, elle voulait trop une baraque comme ça quand elle serait grande, avec une super coiffure à boucles rousses et des robes en dentelles noires un peu pute mais elle ferait pas comme ça, même si Laeticia Casta avait le même truc aux Césars, c'était trop sexe pour elle. Fallait leur montrer, aux mecs, que les filles étaient pas leurs jouets, merde. Voilà, Pink elle le faisait trop bien, tout ça, même à plat ventre sur son lit rond avec des rideaux de perles, c'était magnifique cette chambre, avec son habit en dentelles, elle était toujours trop forte, trop belle. Après on la voyait dans toutes ses tenues, c'était la fin du clip - elle préférait quand elle boxait, et sinon, la chambre blanche et en troisième le patio de série américaine trop bien. Pink embrassa un colis avec son rouge à lèvres, ça laissa la trace de sa bouche, ça elle savait très bien le faire elle aussi. Elle leva les yeux sur sa mère qui lisait le spécial maigrir, puis regarda par la fenêtre en attendant la suite.

dessin inédit © Richard Naudy

jeudi 11 mars 2010

De caribou en syllabes.

Autant vous le dire tout de suite, rennes, reines, originaux et orignaux, lutecewoman s'est encore pommée. Entre le four et le Moulin Rouge, il reste quelques blancs parcourus à grandes enjambées, seule et le plus souvent accompagnée.

Les Happy Mondays Duets seront servis tout chauds et jusqu'à nouvel ordre, et pour le reste, patience et longueur de temps en attendant que je remonte en surface.

Au plaisir.

lundi 8 mars 2010

Peroxydées occidentales. #5 Madonna.


Elle se tenait debout, grande, très droite, au milieu du salon qui avoisinait les quarante mètres carrés - de cela, elle était presque sûre, puisque c'était en réalité la superficie totale de l'appartement qu'elle louait à quelles dizaines de kilomètres de là. Face à elle, sur le très grand écran plat, une chaîne musicale américaine reçue par satellite lui déversait sa dose bi-hebdomadaire d'actualité moderne.
Elle écrasait à haute température un chiffon de toile de baptiste griffée Hugo Boss pour en restituer une impeccable chemise de luxe - toujours dans cet ordre manches, du poignet au col, pliure du col, devant sur envers côté boutons, dos avec pinces, devant sur envers côté boutonnières, voilà. En deux minutes et trente secondes, elle repassait une chemise à la perfection. Celle-ci rejoignit sur son cintre ses camarades de portant qui refroidissaient pour éviter de se froisser, avant l'origami léger et le rangement militaire dans le dressing de monsieur.

Elle chantonnait en attrapant la pièce suivante, Prada, dans les vapeurs d'Ariel tièdes, lorsque le clip suivant s'annonça sur l'écran. Elle leva les yeux, et elle vit Madonna. Des images qu'elle ne connaissait pas, mais dans quel monde est-ce que je vis maintenant, je ne connais plus certains clips de Madonna, s'exclama-t-elle à haute voix. elle plaça la chemise sur la planche mais laissa le fer empoigné sur sa centrale vapeur pour regarder : chaussures ouvertes noires à talons, collants sans pieds à résilles, robe T-shirt - quasi la même que l'été de ses dix-huit ans, celui de ses converses rouges montantes aussi, elle sourit, ceinture noire large à boucle étoile dorée et gants d'automobiles en cuirs noirs. Elle rit franchement : quel look, n'importe quoi, toujours comme ça, ses clips - le monde du vent. Importable en toute circonstances. Dans une salle de danse, comme là, c'était idiot et malcommode, et dans la rue, elle riait de plus belle, imaginant la tête des gens dans le RER si elle s'y pointait comme ça le matin. Madonna. Toute sa vie. Elle avait cinq ans de plus qu'elle, incroyable, et cette femme, là, en face, son aînée, elle riait encore en la regardant dans sa culotte et son chemisier en voile noir, avec un chapeau qu'on ne peut arborer que pendant un grand mariage, cette femme l'accompagnait depuis, mettons, toute sa vie de femme. Holiday, celebrate, c'était l'été de ses vingt ans, sa rencontre avec son mari. Into the grove, son mariage. Ils avaient d'ailleurs dansé sur elle, elle souriait en regardant sa copine se trémousser sur ses cuissardes à talons, si moulantes qu'on les aurait dites peintes sur ses cuisses de grenouille. Elle chantait I can go on and on and on, en secouant des kilos de sautoirs ou son boa en plumes, bah, elle reprit sa tâche, manches, don't stop, col, I can go on and on and on, ben oui, pan gauche, hop, elle aussi avait de l'énergie à revendre, mais plus les cuisses de grenouilles dans le jean neige, ha ça, non. Les deux enfants, les ménages, sans nurse, ni yoga, ni coach, ni régime, ni danse, ni célébrité, ni chirurgie, give it to me, yeah, volontiers, mais elle avait dû tout gagner, rien ne lui avait été donné, elle leva les yeux, l'image était si claire pour cacher les rides qu'on aurait dit que la madonne n'avait pas de bras. Ha, c'est donc ça ton secret Vénus de Milos, hein, pas de chocolat non plus, demanda-t-elle à l'icône mouvante. No one's gonna stop me, now.
Papa don't preach, son fils, et Like a Prayer, sa fille, elle pouvait dater leur arrivée sur terre avec une mesure Madonna. Elle n'en était pourtant pas dingue, mais aimer Madonna, la regarder, c'était aussi comme s'aimer soi, aimer sa vie, aussi. Le béret noir et les bretelles, c'était Vogue et ses permanentes à elle, quelle histoire, une horreur, ses gosses ne l'avaient pas reconnues - elle riait à nouveau. Un jeune black en T-shirt se mit à chanter aussi. Il ressemblait à un copain de sa fille - un qui mangeait déjà son pain perdu dans sa cuisine tandis qu'on s'époumonait sur Evita, elle n'en pleurerait pas. Mais à l'époque il ressemblait à Michael Jackson et il lui manquait quelques dents de devant à ce petit-là.
La chorégraphie ne cassait pas des briques : trois pas, se frotter au mur, au canapé, à la lampe, un boulot de chat feignant. Tout à coup, un passage lent, et le jeune tirait un très gros sac - elle ne comprenait pas très bien le sens de la métaphore, et musicalement, ce n'était pas très fameux non plus. Prada : sur le portant. A nous deux, Paul Smith, donne-moi ta manche. Et revoilà le rythme et le refrain, I can go on and on and on, et moi donc, manche suivante. Et hop, un pan, et hop, Madonna en voix de robot, et machinalement, elle repassait sa chemise avec ses souvenirs, le livre SEX qui avait atterri sous son sapin dans son papier FNAC marron, et les santiags de l'album Music qu'elle s'était achetées chez André pour danser en square dance avec ses petits les samedi après les pleins chez Carrefour. Et puis la mélodie s'arrêta comme une boîte à musique sont le ressort est détendu, et elle vit Madonna tomber assise et essoufflée dans un coin de pièce - quasi le même papier peint que chez sa mère, hideux. Elle sourit à la dame, sa vieille copine.

Aquarelle inédite © Richard Naudy

vendredi 5 mars 2010

Le rituel glamour du matin : les cinq tibétains.

Oh, lutecewoman, quel est donc le secret de votre éclat - hé bien, en toute simplicité (rire plein de dents) je travrese de grandes joies dans ma vie que je croque à pleines dents (les revoilà), mes enfants me comblent et charming et aussi ces amis délicieux si vous saviez.
Ici, on désespère du vrai conseil beauté, quand tout à coup échappe - mon rituel beauté du matin, c'est très certainement mon yoga. Les cinq tibétains. Oh je vous en supplie, dites-en plus, d'accord, et aussi je me rince les cheveux à l'eau froide - ha non, ça c'est Sophie, à moins que ce ne soient ses seins, je mélange toujours avec Monica - enfin, je suis tellement plus jeune, bien sûr nos rituels sont différents, n'est-ce pas (yeux de Bambi).

Les cinq tibétains ne consiste pas à recevoir chaque matin cinq ambassadeurs du bon goût politique pour leur acheter des tapis équitables et de la graisse de yack. Non, ce sont des postures. Pardonnez-moi ici, mais je dois vous avouer que j'ai été obligée de modifier très légèrement les exercices, le label s'avérant erroné pour le glamour.

Tout d'abord, un exemple d'erreur de la posture de chien.



C'est mal. De plus, le tatamis n'est pas réglementaire.

Voici à présent les exercices bien expliqués par un monsieur en villégiature, le veinard. Admirons ensemble le bel accent québécois et le slip de bain bleu roi - vous n'en verrez pas souvent sur ce blog.



C'est bien. Il convient à présent de réajuster notre mental glamour à ces séances. Vous avez pu compter, je m'en rends bien compte, huit exercices et non cinq. Pour vous expliquer simplement, les deux démonstrations de ventre, vers la fin, sont une activité d'ordre monacal. Sans doute, la bière aurait un effet semblable pour la sublimation, mais pas sur les abdos. Quand à l'intégration, c'est de la méditation, et je rappelle à notre aimable assistance que je suis munie de progéniture très jeune et vive, et que le matin, méditer allongée, je le pratique déjà le plus longtemps possible. Nommons donc cette étape la bûche et oublions-la.

1. Wonderwoman. ("Pivot" connote bien trop dentiste, voire, pire, dictée). Tournez six fois sur vous-même, pas trop vite, sinon vous risquez l'erreur dite de la Mylène au chien. Port de minishort turquoise conseillé. Tiare en option. Votre glace vous déclare vavavoum, ça commence bien.

2. Pin-up Lucky Strike. Certes, vous avez arrêté de fumer, bien entendu, depuis longtemps, pour le bien être de tous sauf de Charming pendant le sevrage (environ quatre ans). Mais dans votre short, sur votre tapis de sol, épargnez-vous le "lever de jambe". Avec une série de Pin-up Lucky Strike, votre mental se renforce, lui aussi. On commence par une série de sept, on augmente chaque jour, jusqu'à une série de vingt-et-un.

3. Entendons-nous bien, nous ne pouvons pas associer, d'aucune manière, le chameau à lutecewoman. C'est non. Soyons sérieux. Comme nous sommes tournés vers le soleil levant, nommons cette étape : "épanouissement héliotrope" et sourions. Les mains placées sous les fesses, bravons le ridicule et l'évanouissement. Sept fois pour les nuls, euh, les débutants, vingt-et-une pour les avertis.

4. Le Kubrick, ou table humaine escamotable. Allez-y, soyez gigogne une fois dans votre vie ! Si vous refusez "Crabe", vous pouvez néanmoins garder votre humour, c'est autorisé.

5. Il faut vous avouer qu'à ce stade, avec vos enfants qui veulent votre tapis pour s'y fofoller, l'absence cruelle de make-up, de douche et de petit-déjeuner, le dernier exercice est le plus cruel, et que vous ressentirez quelquefois un peu de désespoir à l'idée qu'il vous reste encore entre sept et vingt-une fois à vous secouer comme une imbécile domestique. Soyez forte. Luttez. Et jetez de votre précieux mental déjà bien mis à mal ce terme de "Chien tête en haut en bas". Vous n'avez ni une tête de chienne ni une tête de veau. Déclarez que vous ouvrez vos chakras avec des Tower Bridge, et recouvrez votre dignité mentale et votre flegme buveur de bergamote.

Voilà. En tailleur, mains jointes, saluez le jour neuf et la fleur qui s'épanouit en vous d'un Namasté soulagé, et foncez sous la douche pour amorcer une nouvelle journée de dingue où vous serez, une fois encore, toutes les femmes de votre vie.

mercredi 3 mars 2010

Lutecewoman reprend quatre fois du risotto.

Lutecewoman s'Auster jusqu'au bas blanc. Dans son écrin de moulures chantilly, sertie de ses lutecegirls, lutecewoman se prend pour Sophie Calle et se monochrome le jour blême. Face à l'austérité du plateau de l'artiste - turbo vapeur, riz blanc, lait et fromage blanc - le menu du mercredi au Lutece's sera gourmand, joyeux, et tout public. (Essayez donc de mettre le turbo à un enfant !).

En images immaculées, sur la minuscule nappe brodée, la table se dresse lily-cute et les commis convives font aussi le spectacle en dansant du Jack White. Déjeunez jeunesse, les menus sont à suivre.

Tendres étoiles.

Immaculée cuisson fondante.

Poire Belle Blandine.

Jouez vous aussi avec la fétichiste du blanc, sur 365blanc en lui proposant une recette et ses photos avant le 20 mars.

lundi 1 mars 2010

Peroxydées occidentales. #4 Mariah Carey.


La sueur lui dégoulinait sur le front, qu'il essuyait d'un revers de poignet avec son bracelet en mousse arc-en-ciel. Son dos était trempé ; il sentait son T-shirt sans manche gris collé à sa colonne, entre ses deux omoplates, et il continuait, acharné, dopé par ses propres mouvements, à courir sur place, vite, sans but, en première ligne sur le tapis électrique, comme une marchandise à la caisse d'un supermarché, moulé dans son short. D'ailleurs il espérait bien que les clients suivants le remarqueraient, il s'auto-marketait assez obstinément pour croire que les beaux gosses de la salle apprécieraient en connaisseurs sa coupe space-hair, ses pecs, cuisses et fessiers.

La musique tonitruante cessa brusquement, il leva les yeux vers l'écran qui lui faisait face, et vit oh, un petit cri lui échappa, Mariah Carey, l'incroyable Mariah, qui lui demanda why are you so obsessed with me, il faillit perdre la cadence mais ses Nike air Max continuèrent à rebondir sur leurs bulles vertes, et les claps et basses du morceau imprimèrent à son coeur la chamade la plus efficace pour le cardio. Que c'était excitant, courir vers Mariah, courir vers elle, sans jamais l'atteindre, bien sûr, elle, si inaccessible, si parfaite - son teint de caramel, c'était pour lui deux douches d'autobronzant par semaine, et pas n'importe où, et sa peau, si lisse - cette femme n'avait pas un poil sur le corps, sauf ses sourcils et ses cheveux, il soupira : comme lui. Enfin une femme, une vraie femme, totalement soignée. Mariah savait sortir ses jambes - et quelles jambes, pas les plus longues, mais stupéfiantes, toujours nues, parfaites, et même assurées, ha assurer ses jambes, voilà un vrai destin de star. Il la regardait aussi poser en chantant, de sa voix d'Ange, et il était un fan des premiers jours, il se revoyait encore garçonnet avec sa brosse à cheveux devant la glace de la salle de bain de sa mère. Angel, confirmait son collier en or, voilà, c'était Mariah. Et quel humour encore, cette Mariah, elle allait jusqu'à se déguiser en Eminem pour le ridiculiser, ce rappeur vulgaire, cette petite racaille minable, ha, il souriait en la regardant, émouvante et si amusante dans son sweat zippé à capuche, avec sa fausse barbe, les yeux tendres comme un petit animal domestique, un adorable petit singe qu'on aurait envie de protéger. Et la revoilà, tellement femme - oui, son ami Mimi, trans et si douce, ne s'y était pas trompée, elle non plus, dans son show de Mariah. Des seins énormes, et quelle importance qu'ils soient vrais, le vrai, c'était souvent moche de toute façon, et des décolletés qui laissaient tout voir sauf l'entrejambe et les tétons, il était sûr qu'en fait les autres femmes crevaient de jalousie de voir ça.

Il courait sa colère quand même, fâché très fort contre le rappeur américain, cela avait dû lui faire si mal, ces imitations dans ce clip horrible, et ce texte de superman, quelle horreur, s'attaquer à une femme si sensible, c'était dégueulasse. Chaque fois qu'il la voyait, dans toutes ses postures glamour, oh très bien comme elle offrait sa croupe, il faudrait qu'il s'approprie mieux le mouvement lui aussi, il souriait de plus belle, répondant de ses dents blanches à l'immense sourire de l'immense diva.
Il se surprit à rire en observant davantage la chambre du faux Eminem. Il devait avouer que sa chambre d'ado, avec son lit une place et ses posters, ressemblait assez à ça, tiens, un point commun avec un rappeur haha, mais aussi, elle osait tout, elle était si talentueuse, si courageuse et si engagée - ha ce n'est pas Eminem qui oserait laisser un gay faire sa demande à un autre sur scène, il n'aurait jamais les couilles de faire un truc pareil. Il regarda autour de lui, la sublime chanteuse sur tous les écrans, au-dessus d'eux tous, le commun des mortels, enfin, ici pas tout à fait, dans la salle, c'était un peu particulier, et ses yeux rencontrèrent ceux d'un autre marathonien d'intérieur qui lui souriait très très aimablement, qui jeta un oeil à l'écran, puis replongea ses yeux dans les siens, oho, ohoh, ils étaient en nage et quelqu'un d'autre appréciait son idole, il continuait de courir, le coeur accordé aux basses et aux claps du morceau, hoho, ohoh, quelle midinette il faisait quelquefois, enfin, il se redressa et montra son profil, qu'il avait grec et apprécié, et admira le maquillage parfait de Mariah - gloss chair, fard doré un peu irisé sur les paupières, cils interminables et touffus, rose sur la pommette. Elle était parfaite.
Sur l'écran, l'histoire se déroulait : elle sortait du grand hôtel, sa Rolls venait la chercher, et la voilà en face, en Eminem-Mariah, dans la rue, qui allait prendre une photo volée, il frissonna en pensant combien elle devait être harcelée, vivre enfermée, la pauvre, quand tout à coup, paf, un bus renversait le rappeur. Il éclata de rire, et surprit son voisin à rire aussi, et ils sourirent en courant côte à côte, complices et trempés, tandis que la diva poussait dans les aigus la fin de sa chanson.

dessin inédit © Richard Naudy.