vendredi 29 janvier 2010

Des fleurs pour Salinger.

Il était mort au monde, homme de nouvelles pour les journaux, peu, et d'un roman. Mais quel roman ! D'une écriture d'apparence si simple, si dépouillée, ces quelques dizaines de pages sont devenues éternelles. Dans un Manhattan fournaise, sur les trottoirs des libraires, occasions cornées, ou bien en vue dans les rayons de Barnes & Nobles : The Catcher In The Rye. Au milieu de Central Park, tout à coup, nous voici coeur battant, Phoebe immortelle, archétype éternel de la fillette dans le Zoo. Et le grand frère trop fragile, disparu comme tant d'autres, retiré du monde. Holden nous accompagne.
Le 27 janvier 2010, Salinger est mort, vraiment. C'est cette date qui sera gravée sur sa pierre tombale, cette date immédiatement projetée dans les journaux, sur internet, irrémédiable. Simple et très sensible, ce roman de l'adolescence reste magnifique - et certes accessible à tous. Quarante-huit heures dans la vie d'un garçon imaginaire, culte éternel. Adulé pour le meilleur et pour le pire, le romancier est devenu personnage ; devenu, comme son texte, ce que les gens ont projeté sur lui. Pour certains il rayonne délicatement et pour toujours, comme ce reflet de lumière de ce verre servi d'un flacon par un professeur à un très jeune homme dans un appartement New Yorkais.

Je vous laisse avec du pire - il pleut sur Paris, et le pire fait sourire.

jeudi 28 janvier 2010

Tiarée.

- Au début, on pense que c'est juste comme ça, festif, qu'on s'amuse. Tout de suite, bien sûr, c'est agréable, toujours, même si c'est parfois un peu impressionnant. Et puis un beau jour, on se retrouve à l'avoir dans son sac, et dès qu'on le peut, à la sortir dans le hall des immeubles. Les habitants font semblant de ne pas voir, attendent dehors. (Elle détourne la tête, toujours derrière ses lunettes oversized, et palple discrètement le renflement de sa besace en cuir vintage).
- J'avais confiance en elle. Jamais je n'aurais imaginé ça. Bien sûr, on en voit à la télé, dans les magazines, mais les people, on a l'habitude de leurs excès. Mais là, quel choc horrible ! Je suis entrée dans la chambre, ( sa voix se brise), ma grande avait invité ses amies, et elles étaient toutes là, toutes, même ma plus jeune fille, vous vous rendez compte, et elles riaient. Elles n'étaient même plus en état de tenter de se cacher !
- J'ai trouvé un substitut, bien sûr ce n'est pas pareil, mais je le mets comme ça sur mon abat-jour, et puis parfois, je le prends sur moi. J'ai acheté le même à Miss Cabecou (elle me regarde derrière la voilette du serre-tête classieux, et déjà son port de tête a changé. Nous nous dirigeons vers la chambre. Nous ne voyons rien, sauf un sceptre qui dépasse de la caisse à vinyles. Elle l'a cachée ailleurs, ou alors l'a emportée. Miss Cabecou m'a envoyé une photo d'elle sur internet, lunettes noires et tiare à la web cam.). Souvent, je la trouve là, devant son ordi, elle la porte pour travailler...
- Lors de la perquisition, le nid de tiares était carrément dans le coffre à jouets de la chambre d'enfants. Nos agents étaient aveuglés par toutes les pierreries !
- La mode de la tiara chic a transformé la place Vendôme en place tournante. Derrière les portes à tambour, les coeurs battent et les mains tremblent au-dessus des tiares les plus chères du monde.
- Quand je suis rentré du travail, mes filles étaient recluses dans leur chambre, je les entendais jouer au loin. Et, debout dans la cuisine, elle était là, elle préparait un pot-au-feu glam, mais elle avait oublié de l'enlever. Elle n'était même plus gênée devant moi, elle m'a souri, et quand je lui ai fait remarquer qu'elle était dans cet état, elle m'a avoué qu'elle l'avait portée toute la journée et qu'elle avait "tout simplement" oublié de l'enlever.
- C'est un vrai problème dans ce collège. Elles s'y mettent très tôt. Nos règles sont très strictes, mais nos voulons leur éviter le casier judiciaire. Elles arrivent toutes ébouriffées, avec le fou-rire. Certaines se croient malignes en les cachant sous des bérets ou même des bonnets rasta ! C'est vraiment difficile pour les plus jeunes de ne pas se laisser entraîner. C'est tellement banalisé par les médias, même dans les films pour enfants ! L'exemple américain a aussi fait beaucoup de mal. Heureusement, les prom girls et les reines ne conduisent jamais !
- Sur la banquette arrière de sa calèche, elle salue lentement de la main, s'adonnant publiquement au plaisir ineffable de la porter, posée sur ses boucles, et elle déploie son meilleur sourire.
- Bonjour, je m'appelle ..... et je suis tiarée. J'ai arrêté il y a un an, seize jours et douze heures, mais je sais que je peux retomber n'importe quand. J'ai fait des choses horribles sous l'emprise de la tiare ! J'ai passé des heures à sourire devant mon miroir, j'ai été cruelle, hautaine, j'ai volé de l'argent pour m'en payer de plus belles. Quand j'étais trop en manque, j'allais chez Tati Mariage... A l'ouverture des Claire's, ce n'est pas toujours joli joli, ces filles en pleine descente qui s'arrachent les tiares de mains, prêtes à tout pour en avoir... J'avais des planques partout dans la maison, dans la cage des gerbilles, sur le frigo, sous le lit... Le pire, c'est en cure de désintox. C'est très dur. Il faut nous enlever tous les miroirs et veiller à tout. Certaines ramassent du lierre, ou n'importe quoi, pour s'en fabriquer en douce. J'ai même surpris ma compagne de chambre avec une banane sur la tête, une nuit ! C'était terrifiant.
- Nous, à la BESTI*, on en voit passer de toutes les couleurs. Le pire, ce sont les contrefaçons, qui se déboitent, pendillent, se brisent. C'est très dangereux. L'attrait des pierreries, le symbole que ça véhicule, c'est très fort. Les gens s'échangent des photos, intimes, mais aussi des images très choquantes du début du siècle dernier. J'ai même vu des tableaux de Victoria la scandaleuse dans cette posture. Certains vont jusqu'à constituer des albums et même des groupes sur FaceBook. C'est effrayant. Mais nous sommes sans pitié, et nous collaborons avec les censures du site afin de punir, par la vexation ou le retrait temporaire du contrevenant, les délinquants. Il faut savoir que les hommes aussi sont touchés. Certains poussent jusqu'au couronnement de leurs animaux, les chats, surtout.

*BESTI : Brigade Embarrassante Spéciale Tiares et Informatique.

Ce billet est la récompense d'Eva, grande gagnante de la Séquence Séquelles 2.



mercredi 27 janvier 2010

Nick Cave, plateformag, et les mauvaises graines.



Grave est la voix de Nick Cave - à entendre, à comprendre et à lire. Gravée aussi, depuis le temps. Dans ses textes, du rock, de la violence, de la délicatesse, des crimes et des châtiments, des cheveux longs, du désir, du sexe, de la drogue, de l'alcool, des motels et de la route. La Bible, aussi, omniprésente, tout droit sortie du tiroir de la table de nuit, sous le téléphone ; la Bible, comme l'annuaire, offerte à tous les regards, tripotée par des milliers de doigts, tachée, lue, ignorée, incomprise et quelquefois volée.

Nick Cave est un apôtre sonore depuis quelques décennies, et depuis peu, un romancier. A l'occasion de la sortie mondiale de Mort de Bunny Monro, le superbe webzine Plateformag a organisé un concours, "Sur La Route De Bunny Monro". A voir les gagnants dans le numéro spécial, on comprend que les poucets lancés à tombeau ouvert avec le volume à fond - photographes, peintres et graphistes - n'en sont pas à leurs premiers jets de rock. On s'y lapide à les regarder, inlassablement, illustrant le lapin Monro. Enjoy.


Peintures originales © Richard Naudy.

lundi 25 janvier 2010

Attention, c'est chaud #2. Faim de recevoir (mange-moi).

Tranche pour moi, précisément, les aiguillettes, oui maître, ils rirent, la lame sur la chair crue et ses pourpres bizarres glissa, aîe s'exclama-t-elle, je saigne, regarde, la goutte purpurine, mince, ça dégouline, tu as mal, il glissa dans sa bouche le doigt lésé pour en sucer la plaie au goût de métal, oh, lui gémit-elle, et leurs troubles en éclat éclairèrent leurs globes oculaires. Elle retira sa pulpe et observa la minuscule fente cramoisie, je me saigne pour toi, vois, voilà, ma belle, une poupée de sang, il la pansait d'un sparadrap chair, pose ici ton joli séant, elle se percha, sa cuisse éclatante sous le lycra écarlate, elle balança ses jambes rouges, ne bouge plus, sois sage.
Elle croqua une pomme creusée de curieux trous circulaires, des billes sur le billot, tandis qu'il coupait net et bien les minces muscles, la volaille vermeille, merveille, il divaguait et se mordait la lèvre, l'envie lui vint si vite, il lui baisa soudain la bouche, mélangeant à la sienne sa langue, j'ai faim, mangeons maintenant, oui, dans la poêle l'huile frémissait déjà. Ils enroulèrent les lanières autour des boules fruitières, se souriant, et ces balles subirent le supplice du pal, embrochées. Le savoureux fumet de la viande grillée enchantait à l'avance leurs papilles. L'eau à la bouche, ils sortaient les assiettes, elle l'observait, solide, avec l'envie géante de se lover entre ses gros bras. Elle l'aida à achever de dresser le couvert puisqu'il pulvérisait une petite langue carmin de piment d'espelette. Pour finir il saupoudra le piquant pigment pur sur la viande rosie, servit, s'assit, ça sent la chair fraîche, mange tant que c'est chaud, et le désir collé au corps ils mastiquèrent en coeur le délice - elle en couina, la pommette empourprée de plaisir, mmm, merci j'aime ça.



Ce texte est une suggestion d'accompagnement pour cette recette de banderilles d'aiguillettes de canard aux pommes, offerte à Denis par Anne de papillesetpupilles.fr
Pour une vingtaine de banderilles :



  • 5 aiguillettes de canard
  • 2 pommes
  • piment d'Espelette
  • sel
Epluchez les pommes et à l'aide d'une cuillère parisienne, formez des billes de pomme.
Fendez une aiguillette de canard dans le sens de la longueur puis coupez chaque morceau en  2 et enroulez-les autour d'une bille de pomme. Faites tenir à l'aide de la brochette. Faites de même avec tous les morceaux.
Saisir à feu vif à la plancha ou dans une poêle antiadhésive pendant 3 à 5 minutes suivant si vous les préférez rosés ou plus cuits.
Salez, saupoudrez de piment d’Espelette et servez immédiatement.

samedi 23 janvier 2010

Poseurs exposés.


Jeudi 21 janvier 2010 était le soir idéal pour exposer son visage près d'idoles du siècle dernier, en black and white, muni d'un gobelet en plastique - liquide sombre rue Dante et blanc rue Hautefeuille.

Les initiés purent plonger, nuit noire et murs éclatants de blancheur assortis aux sourires - Olivier Moreau présente jusqu'au 12 février une galerie dite d'Emot-icones, où Nina Hagen grimace au-dessus d'un Bowie à perruque Warhol dans une rue de NY, et en face d'eux, Clint Eastwood mégalo suspendu nous toise, Jean Carmet fume et Michel Petrucciani rêve.
Olivier Moreau, cuir, sourire et cheveux longs, répond aimablement aux questions, partage avec les invités ce moment intimiste de fan observateur et raconte les rencontres.

Rue Hautefeuille, c'est la cohue, l'engouement, Gainsbarre 80 en plein à la sortie du biopic de Joann Sfarr, les curieux ajoutés aux fidèles de toujours, ex fans des eighties, mais pour fumer, ça se passe dehors. Dedans, on se sourit sans se reconnaître, on se filme, se photographie, se glisse une carte de visite et enfin on rase les murs pour revoir Gainsbarre de très près fort mal rasé, Gainsbourg sujet unique, en noir et blanc, en bleu, blanc, rouge, en toute connivence déguisée avec le photographe Pierre Terrasson - cuir, sourire et cheveux un peu longs, mais qu'on n'approche pas parce qu'on est des centaines.

Ensuite dans la nuit douce, on glisse icognito entre amis jusqu'au pub, boire des pintes intemporelles en écoutant les eighties du meilleur tonneau : new wave, early Indie Rock et later, Madchester. Allez donc voir vous-mêmes sur les murs, s'ils y sont encore, ça ne va pas durer vingt-cinq ans, ces belles expositions temporaires.

Emot-icones, Olivier Moreau, galerie Stillmuzik, 5 rue Dante 75005 Paris du 21/01 au 12/02.
Gainsbarre 80, Pierre Terrasson, galerie Hautefeuille, 3 rue Hautefeuille 75006 Paris du 21/01 au 20/02

vendredi 22 janvier 2010

Porcelaine.




passage entre les mondes.

mardi 19 janvier 2010

Lutecewoman tire au sort.


Lutecewoman recompte les gagnants : deux. Ne sachant quelle conclusion il faut en tirer, elle inscrit en cursives appliquées (suite aux plaintes précédentes) les noms des deux participants encore en lice. C'est la finale. La célébration face à l'écran plat consiste en une immolation par le nutella sur cracotte pour surmonter les images presque insoutenables d'une ville entière apprenant à se bien nourrir sous la bienveillance de Cyril Lignac. Par la grâce de ses beaux jamdails, le chef brézente ses bonneugzidées, et lutecewoman souille malencontreusement l'un des deux précieux papiers manuscrits de graisses polyinsaturées et autre soja dont greenpeace n'est pas bien assuré qu'il ne soit transgénique, sucres et cacao qui, comme le petit chemin, sent la noisette depuis au moins quatre décennies. Elle recommence donc son travail ante-guttenbergueste, puis elle plie en quatre, soigneusement, les deux bandellettes, s'avise qu'il serait bon qu'elle s'évitât les récriminations d'un Calou supervisé par Thomas le canonisé, et, forte de ces souvenances hagiographes, opte pour la preuve par l'image. Elle déplie donc les deux noms, les immortalise par le truchement fort ingénieux du I-phone, puis, emportée par un élan de spontanéité, réalise une production cinématographique dite du tirage au sort par lancer improvisé dans une minuscule chaussure rouge, les premiers pas vers la Louboutin, secouage efficace issu de l'entrainement maracas du flash-mob pour le climat, puis extraction du grand vainqueur et ouverture. En avant première, voici le grand gagnant de votre jeu séquence séquelles 2 :

Félicitation. Les six autres participants reçoivent chacun un sourire personnalisé pour leur gracieuse participation. Le finaliste malheureux peut toujours se poulidorer la pilule au soleil éclatant de la joie d'avoir découvert la réponse au jeu.
Réponse au jeu, en images - et pas les moindres, le premier clip de Mondino :

lundi 18 janvier 2010

Attention c'est chaud #1. L'eau à la bouche (bois-moi).



Il chantait dans sa cuisine surchauffée, il chantait lalali des liquides lalala, le bras encore hâlé sur la planche de bois, le plan de travail huilé, ses doigts s'en allaient et c'est à elle salée qu'il pensait salace plongé dans le foyer luisant, lalala, son alliée, son odalisque, lalali, allongée dans leur lit.
Encadré et mouvant, émouvant, amoureux, scintillant dans la nuit de la cour intérieure, mystérieux sans le son, presque dansant, dans sa paume il posa le globe glacé de son vin rosé, en déversa une gorgée, puis deux, sur sa langue régalée, et lalali repris son air. Il caressa le grès de sa jatte, sa fraiche douceur organique, s'empara du sac de farine qu'il frôla de la pulpe de ses doigts, la farine douce comme ses seins diaphanes ; il souriait, elle lui manquait, tellement, ces nuits solitaires de son couple alourdies. L'avenir alléchant promettait à son gré, au loin, mais lalali c'est là qu'ils étaient jeunes, et lalala, il l'avait, sa Dulcinée, il l'aimait, elle l'enchantait, il la chantait.
Il bu, levant à sa bouche l'alcool, longtemps. Dans sa main gauche lovée la jatte et dans la droite, tour à tour, des oeufs gluants extraits de leur coquilles, le miel poisseux lubrique au désir de tartine, le beurre en pommade, crème, la cristallisation du sucre raffiné, immaculé autant qu'Ariane, il souriait, demain matin sa peau, son grain, sa chair, et dans le rien nocturne il élevait son air et il fouettait sa pâte. Le fou rire du chinois trop poli pour être honnête, leurs blagues imbéciles, leurs battements de cils, il tamisa la farine, ajouta la levure, et enfin pour cette fille, de la vanille.


Un peu saoul à la longue, il déposa soigneusement couverte la préparation pour plus tard dans les profondeurs garnies du réfrigérateur, et enfin c'était l'heure, ce crépuscule, ce tout début de nuit. Du robinet en cascade il fit couler un bain brûlant, et appela, de son portable, son amoureuse, le coeur battant, et il riait déjà de joie à l'idée de sa voix, son allô de la nuit, cet îlot intime, leur lot téléphonique, quelques insanités je t'aime et j'ai envie de te manger la chatte, elle riait trop entourée ou bien cernée de pudeur surprise, elle riait de son désir, il entendait ses belles dents, je t'embrasse lui disait-elle et lui je te caresse. Denis ensuite seul, Denis aviné et son verre au bord de la baignoire et son envie, bois-moi, noyée dans l'eau brûlante et le silence clapotant du bain : priapique et trempé jusqu'aux tympans.




Ce texte est une suggestion d'accompagnement pour cette recette de madeleines offerte à Denis par Anne de papillesetpupilles.fr
Pour 30 madeleines :
  • 110 g de farine
  • 50 g de beurre pommade
  • 50 g de sucre
  • 3 cuillères à soupe de miel de votre choix
  • 4 œufs bio
  • 1/2 paquet de levure chimique
  • 1 cuillère à soupe de vanille liquide
Dans un saladier, battez les œufs, le sucre et le miel. Ajoutez la farine tamisée et la levure, mélangez. Terminez en ajoutant le beurre pommade.
Entreposez la pâte au réfrigérateur pour un minimum de 2 heures.
 Préchauffez le four à 240°C.
 Remplissez les alvéoles des moules à madeleine au 2/3. Enfournez. Au bout de 5 minutes, diminuez la température à 180°C et laissez cuire 8 minutes de plus.

Faites refroidir sur grille et dégustez.

dimanche 17 janvier 2010

Lutecewoman fait sa parisienne.

J'aime pas les parisiens - les vrais, voilà ce qu'elle assène, imbécile et contente, fière d'être régionale, micro identitaire, faut-il porter la coiffe en ton pays pour en être, égale en droit ? Identité nationale, identité régionale, la fierté d'être le natif, l'habitant d'un endroit, d'en porter les stigmates. Réduisons les possible, restons donc entre nous et surtout : quand je te demande, inconnue, si tu n'aimes par exemple pas mes filles que tu ne connais pas, parce qu'elle sont nées dans la ville capitale, tu me réponds non, j'aime pas les parisiens qui font leur parisien - et tu cites ta mère, laquelle est une native - genre je suis trop bien, je suis parisien.

Les mots, les jeux, quelquefois, regrettables échappées xénophobes, tu aurais pu, née ailleurs ne pas aimer les maliens, les mexicains, les texans, les lapons, les hongrois, les russes, ou va savoir, les lyonnais. Genre tu es trop bien toi, dans ton fief que je préfère ne pas connaître. Va savoir si tu te rengorges, moutarde, de ta dijonnerie, ou saucisse éclatante à bandeau miss Toulouse, et même si tu adores être anchois de Collioure, étrangère si fière, es-tu sûre du choix, sûre que tu ne te gourres ?

Il est bien beau le phare de nos diversités, nos arrondissements, comme est forte la mer dans le Finistère et savoureuse la cuisine gersoise. Mon phare, il te scintille là, regarde-le, comme on y est trop bien dans cette ville aussi, et comme on peut aimer y habiter, genre on y est trop bien, on y est parisiens, et parfois même pas, pas du tout - après tout, on s'en fout.



vidéo lutecewoman, musique Arnaud Fleurent-Didier : France Culture

vendredi 15 janvier 2010

In Bed With Eva (White Winter Hymnal).


L'immaculée conceptuelle vous voit dans de beaux draps. Blancs. Si vous voulez gagner le concours catégorie beaux rêves, passez donc au 365blanc et dévoilez votre intimité à Eva, qui décidera en son âme et conscience si vous êtes entre de beaux draps.


mercredi 13 janvier 2010

Séquence séquelles 2


Trop facile. Vous avez cinq jours pour me donner la bonne réponse exacte. De qui s'agit-il, et quand ?
J'accepte toutes les bonnes réponses dans les commentaires, et tous les participants auront droit à un vrai sourire parisien. Le gagnant ou la gagnante remportera le lot mirifique de voir un billet de moi sur le sujet de leur choix (travail soigné).

mardi 12 janvier 2010

Une nuit de la pleine lune



Eric Rohmer est mort, hier.

lundi 11 janvier 2010

Un souvenir (8)




Il fallait traverser plusieurs coudes de couloirs, blêmes, scellés de multiples serrures, grilles comme autant d'écluses, avant d'entrer dans le quartier des condamnés à mort. Il avait demandé des huîtres, du pâté de lièvre, de la soupe de tortue, une cigarette à allumer avec son zippo, sur une nappe en toile cirée. Le lendemain, on l'avait électrocuté sur une chaise électrique. T.Z. avait découpé l'article de presse avec des ciseaux à bouts ronds de sa fille, et dans la fenêtre rectangulaire ainsi créée, il avait été horrifié de voir apparaître, en repliant son journal, un petit visage de fillette sur la boîte de lait. Missing. Ce monstre-là aimait les très petites filles, mais les laissait vivantes, la plupart du temps. Il les faisait disparaître seulement une heure ou deux, dans des lieux publics, sauf si cela tournait mal. Il n'avait jamais avoué la totalité de ses agissements, ni même son modus operandi, mais les avocats avait reconstitué le puzzle. Il manquait de nombreuses pièces - on supposait qu'il avait longuement sévi en France, sans en trouver une seule preuve. Muré dans son silence, il avait passé des années à jouer au solitaire. Il avait perdu toute notion de temps, ne traçant même pas de barre sur son mur. Il n'était sorti de son mutisme que pour demander ce dernier repas. Et il était mort, emportant avec lui la majorité de ses crimes.


T.Z. avait prononcé le jugement. La mise à mort une fin d'avril. Il se rappelait son tatouage de taureau sur le biceps. Plusieurs fois, il avait ôté la vie à des gens, coupables parmi les coupables. La sentence ultime, qu'il avait prononcée lui-même. Il repensait à tout cela en cette veille de départ, ne trouvant pas le sommeil. Une nouvelle fois il pensa à Ariane.


Ariane, de l'autre côté de l'Atlantique, dormait comme un loir, entièrement nue dans l'étuve tendre de sa couette partagée. Enracinée dans le Champ de Mars, immense, les cheveux enroulés autour de la cime de la Tour Eiffel, elle regardait le nid dans lequel Alice tenait Félix dans ses bras, qui ne cessait d'éternuer. Quelque chose la taraudait, elle savait qu'elle ne devait pas l'oublier, qu'elle devait se souvenir, vite, et Maminouche tout à coup sur une guillotine, souriante et jeune, les lèvres écarlates, je perds la tête, pardon, et sa bouche devenait blême, non, criait-elle, non, elle se débattait, les bras entravés dans une carte routière, prisonnière, je suis perdue, elle sursauta, et sa chair frissonnante, cuisse contre sa cuisse, paume contre sein, chaleurs vives, viens par là, viens, ha quelle heure est-il, j'ai oublié de mettre le réveil, ne t'en fais pas, viens, je vais être en retard, mais non, et Ariane, offerte à ce jour neuf filtré par les persiennes, plongea ses yeux à peine ouverts dans les prunelles de son aimé et ne pensa plus à rien.


Dessin inédit ©Luna Picoli-Truffaut

vendredi 8 janvier 2010

Yosh, de la bombe.


Au numéro 5 de la rue Dante, dans le Vème arrondissement, une galerie à rideau bleu pétrole laisse exploser les couleurs des bombes de Yosh, graffeur, peintre et aimable personne. Si l'on questionne Yosh, qui participe à l'événement "Né dans la rue" de la Fondation Cartier, a décoré un restaurant rue Jean-Pierre Timbaut, et continue sa tournée de galeries ensuite, on obtient un sourire et une grande simplicité. Yosh graffe, colle, dessine, signe ses oeuvres de son nom et de son poisson fétiche à bouche en "O" comme celui de Yosh, et ne revendique pas davantage. Il s'exprime, nous recevons.
Dans ce bel espace ouvert sur la rue, les frères Pastor-Dana - responsables également du e-label de qualité Stillmuzik - présentent ses travaux jusqu'au 21 janvier 2010, et ce serait dommage de manquer la visite. Des toiles, dont une très grande façon street art tendue sur un grand pan de mur, et des collages à haute densité dans des cadres plus petits, à minutie de bande dessinée : les oeuvres exposées ici réchauffent et égaient comme autant de perce-neige dans la ville figée.
L'artiste maîtrise très bien les procédés classiques du graff, et nous délivre des explosions colorées dans un joyeux désordre entre le pop art, le hip-hop et le psychédélisme.

Yosh dans la galerie du 5, rue Dante, 75 015 Paris. Métro Cluny la Sorbonne ou St Michel. 01 44 27 01 77. Photo de lutecewoman © Eva E. Davier.


Yosh Exposition Stillmuzik
envoyé par stillmuzik. - Découvrez plus de vidéos créatives.


mercredi 6 janvier 2010

Le billet gagnant.


Ha mais je ne suis pas du tout d'accord, il tape aussi vite qu'il le peut sur les touches de son clavier azerty, les oreilles rougies par l'indignation, riant à moitié, pagnolesque, ça me fend le coeur : elle a triché ! Calou rigole un peu, on n'est pas à Vegas, non plus, c'est d'ailleurs bien moins éclairé et il n'est pas en smocking, ni même, allez savoir, en tenue correcte.
Delphine - supposée tricheuse, lui nananère un peu, de ci de là, qu'elle a trouvé en premier, d'abord, et lutecewoman opine que dans sa BAL était déballée en détail la réponse au jeu "séquences séquelles #1".

Les participants enthousiastes, au nombre d'environ à peine, jettent en tous sens des réponses, ou glissent juste leur nom, l'essentiel étant de participer. Le jeu a lieu jusqu'après le tirage au sort. Les retardataires se plaignent en toute mauvaise foi qu'ils n'ont eu que cinq jours.
Inflexible et impartiale, lutecewoman note le nom de chaque inscrit officiel, les jette dans un béret et les secoue. Elle en pince un entre son pouce et son index et découvre, sans rien laisser paraître de sa surprise, si ce n'est quelques mots malpolis et un petit rire, le gagnant. Calou. Lequel laisse éclater son contentement public, ha, que c'était lui qui avait les meilleures réponses, qu'il était normal qu'il gagnât gnagna, évoquant ces moments de gloire enfantine où torse bombé le vainqueur assoit sa suprématie éphémère d'un tirage de langue rosi d'orgueil.

Calou a gagné. Il inflige à lutecewoman le sujet des tricheurs au jeu. Lutecewoman ne sait pas de quoi il parle. Ce n'est pas comme si elle avait passé de longues heures à dénicher des cheat codes pour Rincewind du Diskworld, non plus, ni même construit des manoirs à des Sims immortels pleins aux as. Ce n'est pas comme si elle avait toujours achevé ses parties de Trivial Poursuit grâce aux ivresses de ses adversaires pour obtenir enfin le camembert orange impossible - celui, horreur, du sport ! Comment concevoir que l'on puisse, même, elle ne sait pas, s'ajouter des billets tout frais sortis de la banque discrètement pour le plaisir de faire enrager un joueur trop pris par son jeu en lui plaçant, là, en plein dans la rue de La Paix, un hôtel ? Tatata, le jeu c'est sérieux. Il ne s'agirait pas que ce soit trop drôle ou trop distrayant. On ne va pas quand même s'amuser, non plus !

Earle, oh le vilain, triche au jeu d'échec, dans la saison deux de Twin Peaks - celle-là même de la Black Lodge à rideaux rouges et sol zigzagant noir et blanc. Mais Sailor ne triche pas, quand il offre à Lula son collier de bonbons dont chaque perle représente une des façons qu'il a de l'aimer. De l'aimer vrai. Voici les réponses au jeu : David Lynch, 1990.

C'est mal de tricher au jeu - et cela fascine beaucoup surtout quand il est question de pouvoir, de sexe et d'argent. Quelquefois, le jeu en vaut la chandelle - le tricheur à l'as de carreau de George de La Tour - et quelquefois, bon, mettons que le jeu du gars qui compte les cartes est un des pensums hollywoodiens. Encore une fois Vegas et ses lumières nocturnes. Lutecewoman baille : le casino, oui, l'occasion d'une sortie en robe de magazine.

Tricher au jeu, pour gagner à tout prix, maladive déviance. Mais tricher à plusieurs parce que c'est plus drôle - et tricher surtout, à ses propres jeux dont on a inventé les règles, inspiré d'Oulipo ! Lancer la mode ludique du collectionneur de tiares virtuelles, et paf, enquiquiné par des censeurs - non, ça c'est une couronne, et ça c'est une mitre, ça, un bandeau, n'importe quoi, ce truc est un chapeau - finiront mitrés de laiton en Boy George pour leur anniversaire. Nananère. Manquerait plus que les gosses aient la fève par bienveillance non plus, et la tiare de carton dorée en prime !

lundi 4 janvier 2010

Un souvenir (7)


Chapitre IV.

Sept rectangles, restituaient, intacts sur le mur, les couleurs originelles de la tapisserie, vert bouteille et trèfles bordeaux minuscules, imprimé hypnotique écrasé, sept années durant, par le balayage quotidien du soleil dans la pièce. T.Z. posa une fesse sur le coin de son bureau habillé de cuir sapin, et observa la pièce vidée de ses objets. Bibliothèque vide, tiroirs ouverts, cartons, près de la porte, empilés. Il tira sa montre gousset de son gilet : cinq heures. Ses yeux s'embuèrent. Il se leva et plongea la main dans le carton du haut, encore ouvert, en extirpa un vinyle, un 45 tours, sur lequel en noir et blanc, une Deneuve jeune le dévisageait, coiffée à la lionne. Souviens-toi de m'oublier, ouais. Réfléchis comme un miroir. Il n'avait plus pensé à ce disque depuis des années. Il ne se rappelait même plus depuis quand il n'avait plus possédé de platine pour l'écouter. Sept ans plus tôt, il avait aménagé dans ce bureau, et il l'avait perdue, elle. Ariane avait filé, le laissant si vide et si seul, avec sa conscience et son avenir. Comment avait-il pu oublier cela, comment était-ce arrivé, ce glissement, il n'en revenait pas, il avait pensé à elle chaque jour, il se réveillait la nuit, il l'avait cherchée, en vain, il ne savait même pas son nom de famille. Ariane. Sept ans plus tard, il n'y pensait plus. Presque plus.

Ariane, française, folle, belle, sans ses vêtements, drôle, perdue, avec son anglais étrange, ses mots qu'elle oubliait parfois. Ariane, il l'avait rêvée, et il l'avait perdue, posant ce choix : devenir juge en Caroline du Sud. Soudain, elle lui manqua horriblement. Une promotion, vraiment, il était bien assis à NYC, pourtant, et voilà, il avait accepté ce poste-là. Elle avait pleuré, pour la première fois, à gros sanglots, inconsolable, tu as perdu la foi, tu as perdu la notion du bien, tu t'es perdu, je ne peux pas te suivre, lui disait-elle. Il avait insisté, lui faisant miroiter mariage, enfants, sécurité, climat, merveilles, mais elle lui disait non, non, pas ça, je ne peux pas le concevoir. Tu as perdu la tête, lui avait-elle dit : vas-tu vraiment prononcer, en ton âme et conscience, des sentences de peine de mort, comment peux-tu même envisager, barbare, tuer quelqu'un, de prendre sa vie, le décider, ha, tu as perdu mon amour, je ne t'aime plus. Son humaniste du pays de la guillotine révolue.
Il pleura, se souvenant tout à coup de sa voix, sa belle voix grave, sur fond de Gainsbourg, elle fumait en chantant, en duo avec le vinyle, que Dieu était un fumeur de Havanes, et comme elle était belle, avec son grand sourire, et comme il l'aimait et voulait tant l'emporter dans son monde, Ariane, si jeune, si belle. Ariane disparue du jour au lendemain, laissant un vide immense et ce vinyle sur le lit : souviens-toi de m'oublier.

Lorsque Deirdre entra dans le bureau, elle ne le vit pas, tout d'abord, caméléon fondu dans la pénombre pour qui sortait de la lumière, et il sursauta, sa silhouette - Deirdre ressemblait à Ariane comme une soeur, à peine plus petite, comment avait-il pu oublier que c'est pour cette raison première qu'il l'avait aimée. Ils allaient changer d'Etat, avec les enfants et la chatte, partir pour L.A., son rêve à elle. Adieu Virginie du Sud, il brisait le silence, mais que fais-tu dans le noir, rien, je me sentais, je ne sais pas, triste, vieux, j'ai cinquante ans, je suis chauve, tu te rends compte. Il rangea le disque et ferma le carton, voilà, je suis prêt, viens, oui, j'arrive. Elle le prit dans ses bras, le regarda de ses yeux de chat, dans le noir, lui sourit, et ils passèrent, bras-dessus bras-dessous, le cadre de la porte, qu'ils oublièrent de fermer en sortant.

Dessin inédit ©Luna Picoli-Truffaut