mercredi 30 septembre 2009

Lever de jour d'automne.






La couverture à soi tirée, à nouveau, malgré soi. Revoici la doublure, les vestes retournées, plein le dos de la duplicité de Septembre qui se dit fin d'été en grignotant jours et températures indécentes.
Carcérales chaussures, fermées, emballage de fall, de la botte on écrase les bogues envasées dans les sables des allées à la française, au beau milieu, évitant les bourrasques mauvaises, les marrons assommeurs de touristes, les pigeons indélicats.
On peut s'asseoir et lire quelques minutes sur les fauteuils très lourds des jardins parisiens, y voler une éclaircie, un rayon, un chapitre.
Autour du bassin rond des Tuileries, douze statues de Toussaint, têtes en bronze chromé mat, c'est le Sunrise East au lever du jour, le festival d'Automne, amusant, intrigant, qui comme les nains de Vélasquez réhaussaient la beauté des Ménines, font valoir dans leur ronde masquée combien est belle aussi notre Paris classique.
Ugo Rondinone bouscule les bobos, fait rire les enfants, questionne le passant. Le 15 novembre s'en iront ailleurs ces douze mois anthropomorphes ou presque, le temps de lentement s'y précipiter, pour se souvenir, datable, qu'à l'automne 2009 l'art contemporain faisait là son malin.

lundi 28 septembre 2009

Lutecewoman porte de la peau de bête.


C'est l'automne. Ce soir, c'est samedi et lutecewoman est invitée dans une caverne. A cette occasion, elle se prépare farouchement. Faisant courageusement fi de toute notion de la mode du mois, refusant et l'automne, et la cuissarde Prada, et le corset Gaultier, et le legging en cuir Jitrois, et même le collant plumetis, et ce au péril de sa réputation, c'est en guerrière qu'elle rassemble ses accessoires autour de sa courte robe noire impeccable - cintrée, manches courtes, mince col boule.
"Black is the new black", tiens, oui, et aussi l'ancien, se dit-elle en se glissant dans ses collants 50 deniers. Il faut beaucoup de cuir, soyons rock. Shiny boots of leather. Avec ça, mon blouson brun (un peu de couleur) en agneau attendri par les ans et sa besace vintage assortie. Voilà, gloss, sunglasses, I-pod. Les riantes tenues horrifiques des passagers du métro n'atteignent pas lutecewoman, grâce à son bouclier magique : les arpèges de Johnny Marr.

Excusez-moi, mademoiselle, je crains que vous ne vous soyez fourvoyée : ce ne sont plus les coulisses ici. C'est devenu un espace pour une soirée privée, je le regrette, croyez-le bien, expose tristement un punk à crête spectaculaire et Docs rouges montantes en désignant de son poignet de force en cuir noir les murs rouges.
Dans la salle, des bébés rockers en vêtements molletonnés et des filles en slim à mèche dégradée asymétrique. Sur la mini scène un bassiste no-look et cheveux courts pratique le head banging.

Lutecewoman distribue des bises et des sourires, puis écoute un concert très bref mais très dense d'un dandy habité à très belles guitares, dont une capricieuse, et de ses excellents musiciens : orgue Hammond, guitare, batterie, dans une ambiance technique assez aléatoire, déplore-t-elle, les textes sont inaudibles. Enfin, le parrain en costume de mohair noir distribue le prix (un trophée Gibus, très art brut) en insistant sur l'importance d'aller chercher la source, Kinks et non Doherty. Les jeunes gagnants célèbrent cela en plagiant immédiatement Come Together à la note près.
Ensuite, tout le monde est écrivain, ou alors musicien, ou alors les deux, à la terrasse non chauffée du bar d'en face. Lutecewoman discute avec son nouvel ami interville - il réside extra muros, et peut-être même en duplex, dans une banlieue où l'attend le lendemain un marché vintage, enfin, un vide-grenier Lux(e). Ce sosie autoproclamé de celui qui n'aime pas que les fourmis, finalement, affirme que ce n'est pas l'été indien, mais l'été tout simplement, et qu"il convient désormais d'adapter le calendrier au climat en déplaçant Noël le 25 janvier. Tout le monde est sans cesse interrompu par les cris avec beaucoup de iiii adressés à monsieur Wild(e), les témoignages admiratifs, les poignées de mains, et même l'interminable farandole minable des mendieurs de clopes.

Pour finir, on écoute du Brahms dans une Jaguar en partageant du champagne tiède - y compris avec la ronce de noyer noyée - en traversant Paris by Night en long, large et travers. On discute un peu de musique et des coups de pubs pour euh, quel est son nom déjà, un rappeur à nom de médicament, et même, de sport. Au-revoir et merci, sourit lutecewoman avant de claquer la portière, bonne fin de nuit à tous et à la prochaine fois.

Photographie © Eva E. Davier.

vendredi 25 septembre 2009

Blues, azul soul.







Sourde et salée, envolée en étoile posée sur l'épiderme de la mer, algues les cheveux derrière et l'infini droit devant : ciel. Renversant le visage, verticale à nouveau, là-bas la ligne d'horizon, bombée vaguement des réminiscences scientifiques, qui partage les bleus en liquides et inhalables, qui tranche le turquoise devenu marine en layette puis trianon.
Ce bleu royal, azur héraldique en bande au bord du drapeau, au-dessus des créneaux, et ces céramiques maures sous les balcons : chimériques Chimènes qui hantent ibériques les zones historiques habitables, et frôlant en coupé décapotable navy le camping dit d'El Cid, on rit d'être un bas-bleu en microshort denim.
Lovons-nous ce soir dans l'hypnotique lumière de l'écran, bleuis et consentants, lovons-nous face à Lynch à ciel ouvert au son des violoncelles.
Explosions en random qui soudain traumatisent l'encre sombre de la nuit, au petit bonheur lancés dans un vacarme épouvantable, les jets artificiers risibles, à coeur joie jusqu'au bouquet final qui nous crépite son so long un brin longuet.
Dans la Lancel je lance le lendemain quatre triangles de lycra turquoise clouté, pincée de niaise mélancolie espagnole, deux semaines évanouies, les vacances. Allez, Espagne hâlée, va, je ne te hais point.

jeudi 24 septembre 2009

S'arrêter à l'orange.







Le soleil caresse l'épaule pour en colorer l'arrondi, doucement, et le soir venu caméléon contre le mur, minéraux tièdes encore, en camaïeu on irradie la chaleur du jour accumulée. Sur la terrasse orange, la sphère énorme s'écrase derrière les montagnes, la ligne d'horizon tout à coup frissonne accoudée au balcon. Les ampoules s'embrasent, cercles artificiels, halos algorithmiques sur les promenades carrelées. Insectes les passants.
Tranchée net au couteau, matinale la paume pleine de cette demie planète, écrasée en spirale pour en extraire le suc odorant. Sur la langue sucré ce jus et ses morceaux de pulpe acidulés, exposés aux papilles, explosent en bouche. Tout le jour les chairs offertes des fruits, tentantes corbeilles, étalages, où l'on finit par tendre la main. Poisseuse sur le menton dégouline la goutte débordée d'une pêche fondante - les abricots charnus s'écrasent entre les doigts, en purée sur la pulpe, peau douce et chair tendre, le bruit mat du noyau qui tinte sur la porcelaine, et sous la dent le délice, déguster les fruits au coeur de l'été.
Dans les villes on respire l'air carbonique sur les trottoirs de céramique, les murs des magasins carrelés, géométries curieuses, four à vapeur en terre cuite. Sur les tables au plus fort de l'ardeur, roues immenses de riz safrané, mandala de crevettes et de moules ouvertes accueillies à vives onomatopées par les groupes affamés.
Extinction diurne, terrains vagues déserts - en poudre s'élève sous le vent la poussière quasi texane. Sieste. Silence.

lundi 21 septembre 2009

Journée portes ouvertes au lutece's.


Aujourd'hui, lutecewoman et ses amies ont décidé de tester la vraie vie. Ashley Abbott, Llyn et l'invitée mystère entrèrent donc au lutece's pour y boire de l'eau et du café et partager des biscuits industriels à la framboise.
A un point de la conversation, tandis que lutecewoman lorgnait les Doc Martins tellement tendances de Llyn en proposant le sucrier, puis distribuait les cuillères à moka plaquées or et ses beautiful cartes de visite - oui, il était déjà trop tard, elle était déjà visitée, elle s'en rendait bien compte, mais sa keupine dream teamesque les lui avait toutes rôties et ravissantes envoyées, ces trésors de réclame autocheerleadesque, alors elle se distribuait en son lutece's - à un point de la conversation, donc, celui qui suit le oh mais qu'est-ce donc cette petite pièce, est-ce Dior, et sa réponse, oh penses-tu, c'est une petite robe sixties vintage - lutecewoman, Llyn et Ashley en vinrent à la question des prévisions festives pour le week-end. Llyn étant actuellement en week-end elle-même, pour bénéficier au mieux des journées du patrimoine et du petit peuple de Paris, elle écouta donc en souriant poliment sous ses cheveux rouges.
Lutecewoman projetait d'aller s'ébaudir en quelque endroit sonore nocturne. Ashley, quant à elle, laissa tout le monde bouche bée : son programme surpassait tout simplement le domaine de l'envisageable. Ashley Abbott allait au Bourget, et elle dut expliquer à lutecewoman comment s'y rendre mais cette dernière était horrifiée à l'évocation RER, en province, dis-tu, mais pas à la mer ni en Bretagne, oh, comme c'est étrange.

Car au Bourget ce week-end se tiendra le salon du Camping car. Et le coboille personnel de demoiselle Abbott adore les camping cars. Ashley avait donc préparé des questions telles que : ce revêtement est-il anti-lion ? Où est la Nespresso ? Llyn jugeait, de son côté, que la calèche était tellement plus développement durable, mais Ashley balaya l'argument de sa brosse argumentative : les calèches ne disposent pas de toilettes privées avec une porte.
Oh, s'écria la blonde lutecewoman, venez donc voir, je possède moi-même un camping car ! Elles trottinèrent jusqu'à l'aile Est du Lutece's, ballerines, docs et tongs, pour observer la merveille en écoutant Pete Yorn & Scarlett Johansson. Lutecewoman brancha le jacuzzi son et lumière, wow, quelle féerie, mais malheureusement elle était trop grande pour y plonger avec ses amies et elle avait grignoté tous les biscuits "Bonjour" qu'Ashley lui avait apporté lors de sa précédente visite.
Ensuite elles s'amusèrent encore longuement, reprirent des rafraîchissements grâce à la cruche, le temps d'un Cornershop et même d'un demi Jay Reatard. Puis elles s'embrassèrent en riant et se souhaitèrent le revoir promptement.




*Je dédicace exceptionnellement ce billet à mon ami Anoxyme.

vendredi 18 septembre 2009

Vingt Ans Après.

Les effets demeurent, les frissons électriques, l'émotion de la voix ; vingt ans après ils sont restés cools avec un album cultissime. Les échos, les wah-wah, les trafics de bandes, tout intact, vingt ans plus tard. On fond dès la première prière, exaucée il y a vingt ans, de Ian Brown, "He's already in me". Vingt ans plus tard, sans acide ni aigreur, on réécoute l'album de mars 89, avec le même plaisir, planant, et nul son synthétique ne date ni n'abime les mélodies. Un éclair puis la nuit. En France, le Top 50 couvrait de son Patrick beuglant et des geignarderies FM de Voisine prénom Rock les miracles anglo-saxons.

Madchester, pour les ados d'ici, et les jeunes adultes, c'était de l'ordre du rêve, sans Eurostar pensable, sans avions low coast et même sans internet. Les radios libres et Les Enfants du Rock, voilà les antennes de creeps qui nous restaient. Et puis le rêve de gosse aussi. Etre aussi cool que ça. Mélange de morgue, d'arrogance sensuelle et de décontraction électrique, dire que ça passe encore quand vingt ans après on glisse le CD des Stones Roses dans la platine CD.
C'est grande que j'ai mesuré, que j'ai compris, la Haçienda, la cold wave, ce que c'était déjà, et puis en face, ces petits nouveaux-là, Happy Mondays, Charlatans : Madchester, donc, ça c'est passé sans moi - à l'exception peut-être de cette K7 des James que j'ai tant écoutée, gamine, dans mon énorme Walkman et bien loin du Royaume Uni.

Dans ma main, je tiens la réed remasterisée dans son digipack, du beau Pollock acidifié de trois rondelles de citron, l'une figurant le O de roses. Dans mon livret, le groupe tel qu'à l'époque, en studio et puis devant la fameuse tour Eiffel où je promène volontiers mes projets, mes effervescences entourées de touristes embellis de ma bande originale, I-pod à grands pas. "It is perfect" vante sur une étiquette Noël Gallagher, je hausse ici un mince sourcil et je souris en coin. Et puis le volume monte et Ian Brown chante "I wanna be adored" et je me laisse prendre. J'écoute la ligne de basse de Gary Mounfield de She Bangs The Drums et je confirme, c'est magnifique. Troisième morceau, Waterfall, et je plonge avec la guitare de John Squire. Et encore une fois, j'écoute avec délice la totalité de l'album, bonus track compris (le très long et savoureux single Fools Gold), extasiée.

En 89, je me demande s'il était cool, Noël. En 89, il y avait déjà Elisabeth II et de la bonne musique, là-bas, en Angleterre. Ici, on se bicentenait la Révolution avec du très chic Goude, on ouvrait la grande pyramide de Louvre au public, et on pleurnichait un prêt de Game Boy aux copains cools, l'obsession du Tétris. Vingt ans après, on peut toujours ressortir sa touche fluo et aller danser ça en se crépitant le chignon aux sons low-fi électro-punks des rejetons de Madchester. Samedi au Café de Paris, rue Oberkampf, Benetbene et leurs petits copains célèbrent l'événement. Ca peut finir en 24 hour party people.

jeudi 17 septembre 2009

Orpaillage solaire.







Zestes voyants, zones acides, pointes de souffres, robe canari : de l'agrume solaire aux bornes de courrier en passant par les ors héraldiques, métalliques et capillaires, le jaune zèbre l'azur, impose ses zéniths, brise les paresses paysagées.
Clinquants drapeaux, voyantes sculptures, ce citron vous gicle aux yeux pour vous impressionner, vous précipite dans des fauvismes brutaux, dans une movida ressuscitée en cité balnéaire. Les rayons estivaux eux-mêmes n'écrasent pas ce pigment-là, ni ses primaires amis, brutales couleurs, riante palette.
Ensuite les subtilités, quelques unes : l'or des bijoux vole votre attention, cercle accrocheur à mon poignet, carats lourds en chaînes imposantes sur torses nus ventripotents, maillons mêlés aux poils, ou Christs en croix noyés entre deux gros seins ramollis, et brillent les churros, et clinquent hurlées les conversations déclamées à grands bras au-dessus des choppes miroitantes.
Mais encore : candélabres, flammes, foi baroque, ferveur ostentatoire et vive, auréoles des fresques au ciel des Eglises, orgues, murmures, encensoirs, lumières diffusées sur les cires des visages, blondeurs vaporeuses.
Mais aussi : pigments détériorés par las baisers brûlants de la brutale boule de feu au barbecue du ciel, murs devenus poussins, layettes, de cette caresse violente, siestes délicates, rideaux suspendus sur les balcons, flottant au-dessus des bananiers et citronniers apprivoisés dans des terres cuites, ondulations des brises étouffantes, murs superbes qui vous confirment, clichés, vous êtes en Méditerranée, mais vous trompent, Italie, alors que c'est Espagne.
On s'instille alors à la paille du granisado de lemon presque blanc avant de retourner se faire frire à neuf sur les grains minuscules et innombrables du sable à perte de vue répandu.

lundi 14 septembre 2009

Oiseaux de Nuit III

Cette nouvelle en trois chapitres et le titre Night Bird de DJ Anonyme ont été créés ensemble pour vous, complémentaires, arty et assortis. Vous pouvez écouter le titre ici en lisant la nouvelle, puis le télécharger légalement chez Stillmuzik pour la somme que vous jugerez la bonne.




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Face à face, une panthère et son amie la vipère s’injectaient des poisons de conversation. Depuis le coin de mon bar je les voyais faire, masques malfaisants, cherchant les secrets et les failles des autres convives. Bouche tordue, plis amers repassés en vain par un chirurgien avide, plusieurs fois déjà sans doute. Autour de leur cou, le célèbre foulard dont personne n’était dupe, cachant les cicatrices du très fameux lifting. Solitaires et vénéneuses, ces femmes, combien parmi elles m’avaient déjà glissé de trop gros pourboires dans l’espoir d’un vil compliment, et surtout de s’offrir ma jeunesse polyglotte le temps d’une fantaisie érotique, ou plus banalement, pour remplir le rien de leur vie sentimentale.

J’avais mon air de jeune premier, je portais beau le smoking ; mes références hôtelières étaient déjà parfaites, toutes sur la Côte d’Azur, étoiles, palaces, en quatre ans j’avais déjà vu beaucoup et inventé quelques cocktails étranges et raffinés. J’aimais jouer aussi avec les couleurs et les flottaisons de mes inspirations. Souvent mes émulsions comme de chatoyants oiseaux exotiques sur trois ou même quatre niveaux bariolaient mes long drinks. J’aimais ce métier, servir des boissons délicieuses, alcoolisées, ces boissons adultes d’un monde qui n’existait pas partout. L’espace du shaker, celui des bars de luxe. Cette croisière, son cachet alléchant, voir l’Egypte et les pyramides, cela valait la peine.

Le répit de leur dîner, la trêve, je sentais combien j’aimerais les regarder jouer toutes leurs scènes, une à une, toute la semaine, et j’assistais là, je dois l’avouer, très heureux, au premier acte. Déjà l’après-midi, le défilé des dépendants, ceux qui boivent des bloody mary inodores pour tromper on ne savait quelle dupe chargée de leur santé, et les autres, venus pour la débauche amusée des riches entre eux. Blasés, tous. Visiblement indifférents à tout ce luxe. Quant à moi, j’étais ravi, mon amoureuse dormait de son sommeil adorable et profond qui suivait l’amour, après avoir aspiré à grand bruit les moquettes trop épaisses du navire. Mon étudiante, intelligente fille d’une beauté si simple, acceptée par mon biais comme femme de chambre, et nous étions en croisière amoureuse. Nous travaillions, oui, de nos mains, tuyaux ou shaker chromés dans nos paumes, horaires décalés, service discret mais impeccable. J’étais heureux ce soir-là, devant moi une semaine en mer avec mon amoureuse, siestes croisées et emmêlées en perspective. La mer, depuis les ponts inférieurs, était aussi miraculeuse et scintillante que là-haut. Derrière moi, par le hublot, la lune universelle m’offrait son arrondi parfait.

Elle était entrée, splendide c’était indéniable, l’air folle et perdue sous son chignon piqué d’une fleur, la star, juste assez en retard pour que chacun l’admirât et la vît. Elle était belle et la moquette nettoyée par les magnifiques soins de ma bien-aimée se dérobait, aurait-on dit, sous ses chaussures trop hautes. Dans la salle, ils faisaient mine de ne pas trop la regarder, et la panthère, et la vipère, décomposées quelques instants, retinrent mon regard.

Elle était douce cette femme, au fond, et c’était triste de la voir avec ce gros type, au bar, au bord des larmes, alors que tous les autres n’avaient d’yeux que pour elle. Tandis que je versais des cosmopolitans sur le comptoir, je vis son doigt obscène et bagué remonter le long du dos nu de cette créature paumée. C’était écœurant. Je me demandais comment ces gens n’avaient pas su profiter de toute cette beauté, ce luxe, ce bien-être, comment ils arrivaient à le détruire, alors qu’il était si simple de s’aimer, et que c’était la plus magnifique chose que le monde pouvait offrir, et ce, si gracieusement… J’ai versé pour elle toutes ces double vodka orange, ensuite, et je l’ai regardée quitter la salle, chaloupant, sur la moquette imprimée hibiscus. Quand j’ai eu fini de ranger tout mon matériel splendide, je me suis glissé nu contre mon amoureuse inespérée et je l’ai aimée aussi fort que j’ai pu, dans les vibrations des machines, jusqu’à l’aube dont nous ne vîmes pas la couleur depuis notre cabine intime et dépourvue de hublot.

FIN.

jeudi 10 septembre 2009

Lutecewoman danse la capucine


Ciel, songeait lutecewoman, levant les mains en oreilles de caribous comme du côté de chez Soan, le petit chanteur gagnant, face à son écran plein de mots et d'images, comment nous regrouper toutes dans Paris ? Ne sachant trop comment optimiser l'événement, elle s'immortalisa et envoya le cliché en répondre à toutes.
Soixante messages, deux jours, une matinée de coup de fil - ouais chuis dans mon bain je te raconte pas le vernissage ha mais non mais si mais j'y crois pas alors mais t'es toute bronzée mais ouais et pourtant je m'expose pas t'es dingue ha mais moi non plus c'est ce soleil espagnol bon t'as écrit oui et j'ai shooté j'ai vu trop beau oh mais c'est quoi ces beaux projets je t'embrasse je dois filer acheter à manger il est déjà quatre heures du matin comme le temps passe tu te rends compte - et quarante photos sauvages illustrant le propos - qui l'auteur songeuse, qui la shooteuse une phalange dans la narine - les protagonistes tombèrent en accord et en pâmoison.

Lutecewoman enfila donc son Levi's parfaitement droit et d'un bleu impeccable, un T-shirt kaki et des sunglasses improbables, se glossa cerise, se chaussa spartiates, emportant dans son sillage ses blonds cheveux et une besace en cuir remplie d'objets non identifiés, au nombre desquels un I-pod oversollicité, une famille de barbapapa et un téléphone portable vintage.
Cinq. Il suffit de quatre échanges de lieux et d'heure - dont un changement sms dans le bus, au niveau du Bon Marché et ses vitrines coconuts - pour aller s'asseoir sur du velours et tester différentes méthodes d'accolades engageantes malgré l'état d'alerte de niveau haut. Comme dans les meilleures scènes de Dallas ou de Dynastie, lutecewoman embrassa dans une chaleur surréelle le reste de la dream team, un surpergroupe de filles. Certaines saluèrent du bout des doigts, cachées derrière un foulard, d'autres se levèrent,toutes souriaient, emmitouflées ou demi-nues. Lutecewoman ravie constata combien variée et belle s'exposait leur palette et écouta de ses oreilles pointues les conversations, dans le décor baroque avec plafond à stucs dorés et angelots obèses sur fond de beau fixe. La variétés des chevelures, au-dessus des pâtisseries et boissons caféinées aspirées à la paille, eut enchanté les coiffeurs par leur variété et leur brillance.

Et la beauté de cet après-midi girlie, incluant toute sa futilité, résidait également dans ce plaisir à se trouver ensemble, chacune talentueuse, chacune belle, toutes différentes et également contentes des beaux projets de leurs copines, toutes généreuses avec cette envie spontanée de s'entraider, parce qu'elles le valent bien.
Enfin comme moineaux, sur le grand trottoir du boulevard des Capucines, lutecewoman et ses copines s'éparpillèrent dans la ville, sourire aux dents et sac au poing.

mardi 8 septembre 2009

En brun.







La base, du beige à l'ébène, le brun embrasse la totalité de la toile ibérique. C'est le baiser cuisant torréfié, frit, rôti, le braisage des cuisses, des amers grains et fèves, cacao et café, l'ébullition des huiles, le baiser de lever. Ici même l'air est tangible, caresse sirupeuse, le miel et ses dorures, le rococo du soleil levé, du zénith qui à point vous grille, toasté comme le bois des portes, qui massivement caramélise les bétons au kilomètre carré, et le soir vous embrase de rayons arasés.
Dans les vapeurs de churros et de chocolate, de cafe con leche, au réveil les yeux fentes planqués derrière le dégradé solaire, on se glosse de graisse et de sucre. Le sablier paresseux s'égraine, châteaux en tête, tout à l'heure, et encore cafe con hielo, Ici on frappe le café en énormes cubes surgelés sur lesquels on verse caféïne très forte allongée de lait bouillant, dans des verres immenses où plonger le visage.
Portées au sol, les ombres auburn apaisent les brûlures. Mine de rien, à l'ombre détachant ses pas, déliant les jambes et les trop plein de rêves dans une mer piscine, la bonne mine, le hâle, vous fondent dans le décor. Caméléon caramel, on lézarde jusque sous les ampoules nocturnes, assistant aux tablées suspendues derrière les grilles des balcons, de toutes parts, dans le brun électrique, silhouettes rupestres, la nuit tous les gens sont marron.


lundi 7 septembre 2009

Oiseaux de Nuit II

Cette nouvelle en trois chapitres et le titre Night Bird de DJ Anonyme ont été créés ensemble pour vous, complémentaires, arty et assortis. Vous pouvez écouter le titre ici en lisant la nouvelle, puis le télécharger légalement chez Stillmuzik pour la somme que vous jugerez la bonne.



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Je m'étais assuré qu'elle serait là, à bord, ma petite grue préférée. Impossible de partir sans elle. Je savais bien que ce n'était pas prudent, que c'était idiot, mais elle faisait partie de nous. C'aurait même semblé suspect de ne pas l'inviter. Le plus drôle étant que personne ne savait rien pour nous deux. Elle avait toujours très bien joué ce jeu-là aussi, mais c'était une actrice après tout, non ?

Ce soir-là quand elle est entrée, elle était superbe, avec sa somptueuse croupe, et je me disais, là, tout plein d'orgueil, elle est à moi, et à moi seul, et je me suis tourné très vite vers ma femme qui m'a ignoré, comme d'habitude, pour discuter avec ce connard qui nous avait invité. J'ai regardé l'heure sur ma montre, il était neuf heures quarante et douze secondes. C'était précis et fascinant. Heure de Paris mais nous voguions vers l'Egypte et je ne savais pas au juste où nous en étions. J'avais bossé comme un damné ces derniers temps, il m'aurait fallu du repos et cette croisière devait être toute de siestes, transats, et écriture du prochain scénario. Je lui avais promis un premier rôle, elle serait la femme fatale qui perd le héros, ou qui le gagne, enfin quelque chose de très sexy, mon petit oiseau de paradis, tiens, on pourrait tourner dans les caraïbes, pour la huiler sur des plages blanches, la faire sortir de la mer, oui, elle serait très bien en nage contre un héros basané et viril. Cette folle ne demandait même pas de doublure pour les scènes de nus. C'était son vrai cul que l'on voyait sur les écrans. Ses fesses, à moi, pour moi tout seul.

Bien sûr, elle voulait arrêter de se cacher, elle, avec ces idées qu'elles ont, les femmes. Encore le coup de la femme amoureuse, c'était pénible par moments, mais elle était si discrète, par ailleurs, et elle me plaisait tellement - il fallait bien que je l'avoue, elle me rendait fou. Alors oui, bon, quelques unes de mes promesses, je les avais faites uniquement pour lui faire plaisir. Je voulais lui faire plaisir, moi. Mais en fait, il n'était pas du tout question de quitter mon épouse pour elle, c'était du vent ça. Ma femme, la meilleure gestionnaire possible, elle était gentille, elle me connaissait très bien, et je la gardais. On baisait même encore un peu, parfois. Elle m'avait fait un clin d'oeil dans le taxi. Ca promettait. Mais l'autre elle voulait ma tête, je le sentais. Je comptais bien m'en débarrasser pendant le tournage, quand elle serait coincée sur le plateau. C'était parfait.

J'avais une semaine pour en profiter à fond. Mais pas ce soir-là. Ce soir-là, crevé, il fallait vraiment que je me repose. Je suis allé lui en toucher deux mots au bar, hop, un compliment pour sa robe, mon doigt glissé sur sa colonne, mais elle l'avait assez mal pris, il m'avait semblé. Je crois qu'elle avait trop bu ensuite. Ca m'énervait, de toute façon, de voir son corps touché par toutes ces mains d'hommes, ces jeunes blanc-becs qui pensaient avoir leur chance avec cette beauté, alors que cette fille-là, elle était à moi tout seul. Exclusivité mondiale. Je m'étais endormi ravi dans le lit king size à côté de mon épouse qui ronflait déjà. Très bien, ces cabines.

mercredi 2 septembre 2009

Blancs d'Espagne.







Ecumes, cotons aux crêtes des montagnes, accrochée la blancheur, recherchée même, une élégance, une nudité, un trou dans le chatoiement géant où s'ébattent les couleurs. Bulles immaculées, faîtes de vagues, tissus parcimonieux, perles, dents, cimes des maisons de chaux perchées sur un rocher péninsulaire, bulles au milieu des cris multicolores, silences dans les images, respirations.
Blancheur irradiante, murs miroitants, métaux et bétons chauffés à blanc, poudres irrespirables, poussières, lividités de ciel fondu d'excédents de lumière, qui vous aveugle à trop donner, qui efface plastiques, peintures, tissus, panneaux, couleurs passées, arasées, écrasées, battues en chantilly.
De chichiteuses dentelles minérales festonnent historiques les quartiers préservés, délicates fleurs de laurier dans le festival urbain du grandiose échafaudé. Parfois se présentent des pâtisseries montées sur plusieurs étages, où se pressent des personnes, où paressent un peu aussi, les habitants de cette crème.
Au-dessus du lavabo ou dévêtue dans une vasque, tout à coup on découvre dans la rage dentifrice que de porcelaine on a viré au caramel, la dent comme diamant, le blanc de l'oeil pour seul maquillage, triangles préservés des yeux témoins du hâle. Alors, le lendemain, on se pare d'une robe très simple résolument blanche pour parcourir les terrasses et les carreaux, petit bijou mobile, comme aux mains les lunules, au ciel d'encre la lune et à l'horizon les voiles minuscules.