lundi 31 août 2009

Oiseaux de Nuit I

Cette nouvelle en trois chapitres et le titre Night Bird de DJ Anonyme ont été créés ensemble pour vous, complémentaires, arty et assortis. Vous pouvez écouter le titre ici en lisant la nouvelle, puis le télécharger légalement chez Stillmuzik pour la somme que vous jugerez la bonne.



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La pointe de ma salomé s'était enfoncée de plusieurs centimètres, comme si le sol se dérobait, dans les boucles denses de cette moquette imprimée hibiscus. Où avais-je mis les pieds ? Une fois à bord, je n'avais plus le choix du tout. Alors je leur avais servi mon meilleur sourire carré, en me noyant dans ces fibres synthétiques multicolores.
Plus tôt, sur le pont, en éventail leurs roues de séduction, les paons de promenade. L'un montrait de l'esprit, le second se rengorgeait en faisant valoir un muscle saillant serré dans une manche courte, un autre jouait les timides, sans compter celui qui m'ignorait trop ostensiblement et le dernier qui plaisantait au détriment de tous ses supposés rivaux.

Je sentais leurs regards sur moi tandis que je gagnais, chaloupant entre le roulis doux, les jambes dérobées, les talons trop hauts, leurs yeux autant de dards sur mon corps, cette acupuncture indélicate, ma cheville nue, le creux de mon genoux, ma rotule, mes cuisses dans la mousseline de soie chamarrée de turquoise, piques sur chacune de mes vertèbres offertes jusqu'à la racine de mes cheveux remontés en chignon de danseuse, où fanait mollement la corolle déployée d'une absurde pensée piquée sur ma tête. Les pendants de mes oreilles me chatouillaient en me dégoulinant sur les épaules. Le sourire toujours, mondain, qui montrait un peu les dents, le sourire photogénique, et ce corps de modèle qui justifiait à lui seul ma présence remarquée pour cette croisière d'agrément. Arrivée à ma table, la chaise tirée pour moi, j'étais à peine en retard, assurée d'être vue de tous, assurée de ma supériorité, au moins celle-ci, sur le commun de ces hôtes. Tous riches, ostentatoirement riches, Rolex dorées, triples rangs de perles, dernières créations Lanvin, Saint Laurent, Cardin, brushing et manucures impeccables. La croisière très élégante, les photographes à quai descendus à regret à notre départ, vous m'avez comme toujours aperçue dans VSD ou Paris Match, aux côtés de ces célébrités. Nous étions connus.

Assiette octogonale après assiette octogonale, avec leur liséré d'or fin, les mets précieux bousculés du bout de minces fourchettes dorées elles aussi, je n'avais pas faim, je n'avais plus jamais faim. A la place j'ai bu du champagne rosé sans abîmer du tout mon rouge à lèvres mat fuchsia, assorti à mes ongles et à mon sac à main matelassé à chaînette, dorée... Autour de moi, ils ont parlé, de leurs chevaux, de leurs villas, de leurs films, de leurs jet-lag, du dernier tournage et même des fêtes à venir. J'ai répondu d'une moue ici, un sourire là, mes sourires las, j'étais le mystère, la beauté. Je n'y connaissais rien et cela ne m'intéressait pas. Je pensais à lui. J'avais envie de mourir et je souriais, enfermée dans cette coque blanche avec tous ces gens très riches, comme moi très riches et très célèbres. Je souriais et j'avais envie de pleurer.

L'orchestre, musiciens noirs, cuivres, la danse commençait. Mains sur ma peau, badinages susurrés dans mon cou, quel ennui, et je souriais. Je lui ai parlé deux minutes devant le bar. Deux minutes qui m'ont broyé le coeur comme de la glace pilée. Ensuite, j'ai bu quatre vodka orange, je suis rentrée dans ma cabine, j'ai pleuré en regardant la mer par ce hublot tout rond, et je me suis endormie toute habillée par terre, sur la moquette blanche, un peu gênée par ces absurdes pendants d'oreilles qui s'accrochaient partout en me tirant par le lobe.


vendredi 28 août 2009

Pelles qui roulent sous Guy Peellaert

Contre les beaux panneaux de bois massif bourgeois, hôtel particulier du Musée Maillol, rue de Grenelle, trente-et-une planches - photos, peintures, comment les nommer ? Trente-et-un vitraux ouverts sur nos hagiographies modernes et profanes, tous volets fermés.

Guy Peelleart est mort il y a quelques mois, nous laissant en offrande nos célébrités dans tous leurs états, d'ébriété, d'amour, de folie, de détresse, de splendeur et de misère. Dans notre boîte de deux pièces, grand cercueil plein d'esprit, les trente originaux de Rock Dream, livre culte de 1974, déroulent les fantômes immortels, les Dieux sacrifiés de la culture rock. Les Très riches heures de cette Bible peinte à la main racontent les musiciens, chanteurs et groupes, des fifties jusqu'aux earlies seventies. Affiches iconoclastes : Elvis dans une Cène à treize bananes où l'on sert du ketchup Heinz et des hamburgers, Ray Charles au volant de sa voiture enlaçant une pin-up blanche, Phil Spector en peignoir écoutant des vinyles au casque sur son lit rond rose bonbon ou Chuck Berry garçon coiffeur. Affiches érotiques aussi : Tina Turner explicite au micro, le Good Hard Rock et son esthétique gay cuir, la très limite lolita en mariée à main dans la culotte devant l'affiche de Jerry Lee Lewis... Sex, drugs and rock'n'roll, les clichés d'une Amérique épinale, cadillacs et petits commerces, et d'une Angleterre so Dickens pour les Kinks, par exemple.
Tous ces tableaux imaginaires, leur impact populaire, les géants de ce monde jetés dans le quotidien, leur réalité en glissement, ont participé à la consolidation du mythe de chacune de ces icônes. Vulgarisés ensemble, comme des têtes couronnées sur des mugs, dans ce recueil de Rock Dreams, puis dans tous les travaux photographiques de Peelleart, dans cette élégance paradoxale du procédé artistique du fake avant l'heure, nos idoles crépusculaires rayonnent encore et pour toujours en majesté.

Ses rejetons photographes poursuivent cette oeuvre : Alison Jackson et ses fakes, Jagger chez le chausseur pour dames, ou Pierre et Gilles prolongeant les gloires - pour Lio et Daho, par exemple... Le culte populaire, le baiser du public, et dans l'au-delà encore, le show must go on. Regardez The End, pour les quarante ans de Woodstock, nous célébrons aussi les tristes départs des magnifiques jeunes gens, vingt-sept ans, Brian Jones, Jim Morrisson, Janis Joplin et Jimi Hendrix. Un spectacle à dix cents, et tout ça n'a pas de prix, ces frissons, même si, nous le savons jusque dans les découpages à la main du carré de couverture des Stones, It's Only Rock'n'roll.

But I like it. Yeah, yeah, yeah.


Exposition Bye Bye, Bye Baby, Bye Bye, Guy Peelleart au musée Maillol, jusqu'au 28 Septembre.
illustration : The End, © Guy Peelleart.


lundi 24 août 2009

Mise au vert.








Toute au vertige de végéter, où le turquoise tire vers l'émeraude, la mer rode en ruades murmurées, sous l'effeuillage et ses pointes sévères, plantes grasses et rives escarpées. Il serpente et s'immisce dans mes iris anis frais, le vert, filtre mentholé des palmes, des platanes, cafés absinthes et murs déments, et influe chlorophylle fluo sur mes amandes.
Bouteilles, verres, transpirent les transparences, l'azur trinque avec le soleil, verse les poisons licites des boissons explicites, ici en sueur les jets de jade et les piques tropicales, et les boulets énormes, pastèques et melons, ou les pelouses kitsch abreuvées d'artifice et d'eau douce des pimpants pavillons. Naturelle et chimique, toxique et vivifiante, un peu reptile sur la natte, grenouille en nage et oiseau de nuit dans hauteurs des paradis spectaculaires de béton.


vendredi 21 août 2009

Voir rouge.





De l'ibère palette éclatante, couleurs précipitées dans les rétines qui n'en peuvent mais, vibre en reine la plus palpitante, la sanglante. Elle dégorge sur les trottoirs, s'offre au métal brûlant des portes des arènes, s'épanouit, exubérante, obsédante, sur les fleurs délirantes, les plastiques moulés, les façades pimpantes, les bouches à l'ancienne, les ailes mobiles des éventails, les plaies taurines, les chairs goûteuses des légumes et les pulpes purpurines.
Rouge, écarlate et pas terre de Sienne, primaire, violent, le cramoisi brutal de la communauté valencienne. La région rubiconde inondée de lumière, jusqu'à la douleur des heures de zénith, feu aux joues dans son impudeur, franche, offerte et possédée, explose excessive, piquante et lascive.


mardi 18 août 2009

Lutecewoman à la crème.


Par-delà un château ibérique, lutecewoman, le corps plongé dans un liquide curacéen tiède, observe dans sa demi nudité que son mouillage est overdressed.
Sa monopièce dos-nu kaki s'avère hors de propos, piscinable à loisir en bassin parisien, incongrue sur ces émouvants sables éprouvants. Postée ensuite incognito - lunettes à verres dégradés marrons, profitant des martyrs et des montées d'adrEudeline, elle assiste comme au spectacle à la transhumance aberrante de personnes uniformément marrons, en claquettes et casquette, presque nus, deux à trois fois son âge au moins. Charming horizontal s'exclame, hilare, que c'est drôle, il ne savait pas que la gravité opérait dans cette direction.

Derrière, entre les grains jaunes et les montagnes assoiffées, ventres, à n'en plus finir, ventres. Parties de cartes, cris, couleurs, géométries sans trêve des immeubles, parasols éclatants - rouge Estrella Damn ou Mahou, vert et jaune, San Miguel, cercles de bières hispaniques. Aux balcons, les tablées. Ici, pas de librairie, et d'ailleurs personne ne lit que lutecewoman et les siens. A n'en plus finir, les jours, les vacances, les draps qui claquent sur les toits brûlants de béton pendus à des cordes de plastique. Crique superbe et ravagée, côte malade de ses gens, tous heureux.

Lutecewoman, gambadant au milieu des gambas, allonge cinq euros en échange d'un très petit maillot de bain, le plus sobre des échoppes : quatre triangles à nouer ensemble, oh que c'est amusant, turquoise, oui, plutôt qu'orange imprimé ou léopard, gracias, taille 1, il en reste vraiment beaucoup, et hum, mais qu'est-ce donc, des petits clous multicolores ?

Jours heureux : ici lutecewoman, une fleur de pedada fushia dans les cheveux, sirote un café con hielo dans un verre géant. Là, lutecewoman en microshort américain et marcel blanc croque un churros trempé dans un chocolate à la taza.

Dans la lutecemobile de charming, il fait enfin dix-neuf degrés, les échappées belles, les villes, robe bustier ou immaculée sur des remparts, vraiment ma fille tu veux un bocadillo de calmars à la romaine avec du ketchup ? Le menu épatant et le soleil parfait. Ouvrant son sac Fendi - ha baguette, ma mie - lutecewoman extrait son numérique et collectionne les clichés multicolores, les sourires, les maisons de Valence, immeubles à la crème, comme elle, la tarte en vacances. Ensuite, elle parle beaucoup, ou alors presque pas, mais elle sourit pas mal.

Le soir, gorgée de soleil, de fruits et d'amour, lutecewoman dans la nuit de brouhahas de fond à l'air très roulé, se love sur le canapé, voit du Rozier ou tout Twin Peaks en VO dans les courants d'airs, mais fire walks with her, de verdad.

(Et puis quelquefois elle se colle tout contre le syndicat d'initiative avec son laptop, une heure ou deux, et le monde la rassure, il tourne encore, sans elle, Paris ne brûle pas, Paris balance, et puis elle retourne à la nonchalance de ses vacances Sol y Sombra, l'été en éventail).

lundi 17 août 2009

All-in : 2 minutes in Vegas. #8 Enjoy



La clope est bonne, à même la rue. Cet instant, le briquet qui embrase le petit cercle de tabac, le bruit du papier qui s'enflamme, que j'entends par habitude de plaisir addictif même ici, dehors, sur cette place grouillante. Et enfin la fumée, inspirée longuement, qui fait tourner la tête. Voilà. Je suis la fumeuse. Je me tue à aimer vivre. C'est très mal vu.
Je viens de traverser le corridor moquetté, moelleusement je suis sortie du bar à grands pas, sur mes hauts talons, cinq cosmopolitans dans les jambes, équilibriste d'ivresse. Je ne montrerai pas que je suis saoule ce soir, pas trop. Mais qu'elle est bonne l'ivresse, et avec le rire qui me monte au lèvres, irresistible, et la rêverie, le désir fou le long des cuisses. Il m'a accompagnée dehors, poursuivons la conversation. J'aime tant ses mots, quand il me parle, sa belle voix et son esprit. Ce soir nous rions beaucoup, l'alcool et puis la nuit, la connivence. Je crois vraiment qu'il me cherche, avec ses blagues, ses mots, son bel esprit. Et non content de me chercher, il m'a trouvée depuis longtemps. A ce jeu en silence nous sommes tombés. Nous nous sommes gagnés ensemble. Quand bien même je voudrais le tenir à distance qu'il est déjà au creux de moi.

Peu importe après tout, mes résistances sont absurdes, caduques. Voici ce que je vais faire : rien. Je ne vais pas résister. Je me vais me laisser totalement aller, je vais plonger dans ce désir, je vais m'y adonner, et s'il avance vers moi, je me donnerai à lui comme jamais je ne me suis donnée à personne. J'ai peur comme jamais, et pourtant j'ai confiance. Nous allons adorer ça. Cette cigarette, et je me tourne vers lui, et je le dévisage comme je jurerais qu'il est là en train de me manger des yeux, que c'est moi qu'il regarde et pas les passants et les lumières qui nous entourent. Autour de nous, peu importe. Nous sommes au beau milieu, nous deux, seulement nous, et je ne vois que lui, et il ne voit que moi, et j'aime ça, oh, qu'est-ce que j'aime ça. Voilà, il va me libérer, il a trouvé la porte de sortie de cet enfermement dans lequel je m'étais moi-même recluse. Exit. Et que c'est bon, de céder. Je te souris. Regarde un peu comme je te souris. Go.


Les photos inédites, non libre de droits, de toute la série All-in : 2 minutes in Vegas sont à découvrir chaque lundi, ensemble et en plus grand chez Eva E. Davier

dimanche 16 août 2009

Le conte de peau d'âme.

Dans la chaleur adoucie de l'église de briques, je regarde le voile piqué dans le chignon très simple de mon amie, tandis que glissent les archets sur les cordes des violoncelles.
L'évidence, la joie et l'amour. Dans la voiture, tout à l'heure, arrivée un peu tôt dans le retard des messes, elle souriait à sa place arrière, celle de la princesse avec chauffeur, tant de fois je l'ai vue là, avec son franc sourire, aussi radieux et sûr que toujours dans ce moment. Elle se marie dans sa beauté simple, brassées de lys blancs vite noués de mains amicales le long de l'allée, petits doigts admiratifs et fiers le long des dentelles familiales d'une autre amie fée rossignol qui coud et crée, elle se marie et c'est drôle comme tout d'elle évoque le chic royal et le conte, entre une Diana accessible et une Peau d'Ane altière.

Yeux ouverts, sourire, humour, je la reconnais bien là, dans sa perfection si humaine, drôle. Tout ce qui est organisé autour d'elle lui ressemble, le restaurant vue sur la rivière et la cathédrale rosie de lumière, buffet d'enfants in Wonderland où trois clochettes bienveillantes veillent au bon plaisir de chacun, excellents mets du banquet de cette union, tenues ravissantes et délicatesse de rigueur pour se gaver de pâtisseries et boire à la buvette.
Surtout, ce qui touche, ce qui émeut pour cette jeune épouse, dans sa robe bustier crème, c'est l'amour que les gens lui portent, son promis, sa famille, ses amis, et pareillement pour son mari tout neuf. Musiciens, chanteurs, tous avec talent, classique et impeccable, disent de leurs plus belles notes, leur affection. Les témoins montent discours et diaporamas où intelligence, humour et tendresse se mêlent.
Dans cette nuit, je suis heureuse pour mon amie précieuse, entourée si bien, pour son bonheur présent et à venir qui se fait jour. Sans façon, elle montre ses souliers ; argent répond-elle à la question, mais non, très chère, ils sont couleur de lune, et toutes nous sourions dans la nuit étoilée au ciel marine profond.

jeudi 13 août 2009

Plongeurs #4


Figure sept, et dernière.
Dans ce cliché débordant de joie, cette photo ludique, où quatre pool boys ne cachent pas leur plaisir, sont propulsés tant d'images, de références, de souvenirs tendres. Ce carré frais, cette chorégraphie pastiche d'Esther Williams, avec des Neptune's Sons pour ce bal des Tritons, appelle avec lui, dans ses blancs, dans ses noirs, dans nos mémoires, de touchantes visions, Jean-Pierre Léaud et ses 400 Coups, et la Guerre des Boutons, mais sans la guerre. L'amusement sans l'animosité. On voit la connivence, le rire, les modèles confiants et heureux, les garçons libres. L'esprit sain dans le corps sain, oui, c'est vraiment cela, avec la liberté en prime.
Quelque part, dans ce monde, des enfants heureux se jettent dans le grand bain, ensemble, volontairement, insouciants et ravis.

lundi 10 août 2009

All-in : 2 minutes in Vegas. #7 Soul & Play Mate



Je ne me rappelle plus au juste comment ça a commencé. Je sais juste à quel point c'était inéluctable, notre rencontre. Je me demande encore comment je ne la connais pas depuis toujours. Oui, je viens de la campagne ; la ferme, les pick-ups et la poussière, je connais. Elle sort de San Francisco, c'est une urbaine. Elle, le néon et moi, la boue.
Mais quand mes parents regardaient des shows débiles et que les siens jouaient les intellos dans les librairies et les expos, nous achetions les mêmes bouquins, écoutions les mêmes disques, miracle, vraiment les mêmes. Plus que l'air du temps. Plus que du hasard. Plus que la mode. Parfois, moi qui ne crois en rien, seulement en l'homme et encore pas toujours, loin de là, parfois elle me donne des doutes. Il n'y a pas de hasard, non, mais il faut bien qu'il y ait quelque chose pour que toujours elle sache ce que je ressens, pour que toujours elle traverse ce que je sais. Même radio au même moment, sans se concerter. Elle comprend toujours tout, comme si d'avance elle avait tout ressenti comme moi, comme si elle était un peu moi, ou moi un peu elle. Si proches en tout cas. Et puis elle est si drôle : tout de suite, elle sait quand c'est le moment de jouer, comme les jeunes chatons, ou si c'est le moment de m'envoyer un mp3, et toujours le bon.

Mes jours, mes nuits sont ponctués d'elle, ma virgule, mon air, les respirations de la partition de mon quotidien. Petit à petit, elle a rempli toute la place, tout l'espace, jusqu'à ce que je me retrouve confronté à moi même, sans le bruit autour, sans les distractions. Comme un miroir, elle est mon miroir et elle me voit. Tout n'est pas beau de moi, je vois tout moi aussi dans ce miroir et pourtant je reste aimable et comme neuf, à présent.

Je la retrouve encore ce soir, boire un verre, rire, parler, un des nos rendez-vous précieux. J'ai hâte et en même temps je me sens un peu confus. Je crois bien que je l'aime. Je sais bien que je l'aime.


Les photos inédites, non libre de droits, de toute la série All-in : 2 minutes in Vegas sont à découvrir chaque lundi, ensemble et en plus grand chez Eva E. Davier

jeudi 6 août 2009

Plongeurs #3

Figure cinq.
De bombe humaine, ce saut transcende cet enfant, ni bébé ni homme encore, saisi en plein vol par la grâce. Ce baigneur relève de la danse. La beauté de la cambrure du dos, de celle du pied, du port de tête, la posture des doigts : dans cette joie de projectile, les omoplates angéliques. Emouvant plongeon du chérubin au lieu du saut de l'ange. Génuflexion céleste, où les reflets mouvants aquatiques à échelle humaine, ces remous apprivoisés de piscine, ressemblent aux ciels de traîne aqueux répandus sous les ailes d'avion.

Figure six.
Son corps entier en est tout à la fois appliqué et rigolard. Il saute tout debout en arrière, une main dans le dos, les pieds presque surpris, l'oeil ouvert, le sourcil moqueur. De sa main droite, il a ce geste enfantin et protecteur de se boucher le nez, comme nous tous avant lui en situation de plongée, une narine écrasée par l'index plié et l'autre par la pulpe du pouce. Ce geste que l'on ne commet plus jamais ensuite, sortis de l'enfance, ce geste révolu, espiègle tellement, sur le grand. Il saute à reculons dans son enfance presque finie. Il plonge inlassablement, depuis des heures, tout à son jeu encore, tout à la joie de son corps. Il est grand, ce petit.
Ce soir il mangera de cet appétit immense né de la joie, du mouvement, de l'adolescence et de l'eau. Puis il se glissera sous les draps, goûtant le moelleux du matelas, de l'oreiller, dans ce bien-être absolu du sommeil bienfaisant après une journée de jeu de piscine.



lundi 3 août 2009

All-in : 2 minutes in Vegas. #6 Date



J'ai toujours été belle. Je flamboie, je suis comme ça, c'est ma nature, de flamboyer. Alors, je m'habille en rouge. Je porte fièrement du rouge à lèvres. Je suis ce qu'on peut appeler une vraie femme. Une femme à hommes. Je les ai fait tomber, comme des mouches, pour moi, les hommes. Bien sûr, je ne suis plus comme autrefois. Mais je sais encore plaire aux hommes. Oh oui. Je les rencontre par poignées sur internet. Et tous viennent tenter leur chance à Vegas.

Alors, je suis restée blonde, pourquoi pas, j'ai toujours été blonde, vêtue de rouge, qui aime les hommes. Et je leur plais encore. Ce soir, première date avec ce monsieur trouvé, le rendez-vous prévu, IRL, in real life, la vraie vie. Ce n'est pas la première fois, que je retrouve un monsieur au restaurant. Il est arrivé en voiture sur la Golden Coast, tout à l'heure, je crois que ce n'est pas la première fois. Pas non plus la première fois qu'il rencontre une dame sur internet. J'ai pris mon étole, les climatiseurs sont traîtres.
J'espère simplement cette fois, qu'il va lui aussi me succomber. Je veux tellement lui plaire ! Je me sens comme une enfant, vraiment, avec ce monsieur, il me touche tant ! Il est si sensible, il me comprend si bien, toujours un mot gentil, toujours le mot qu'il faut, quel gentleman.
D'habitude, je suis plus forte que ça, je n'ai pas le béguin avant de rencontrer les gens. Mais là, oh, tout est si différent ! Quand il me raconte sa vie, c'est comme si je regrettais de ne pas l'avoir connu avant. Ses croisières, son métier dans le pétrole qui l'a tant fait voyager. Je le rencontre maintenant, ce monsieur, et j'espère que je vais lui plaire autant qu'il me plaît. Oh comme il me plaît ! Ce port de tête ! Ces manières, quel homme ! J'avoue, je connais ça, je connais bien. La chamade en ouvrant ma boîte de mails. Ma tristesse, ma maussaderie si mon portable ne vibre pas, qu'il n'a pas écrit de message. Je suis accro, c'est vrai. Il me fait tourner la tête. J'écoute des chansons d'amour et ça me pince le coeur. Tout me parle de nous. Ce soir, je vais lui montrer quelle danseuse je suis. Au Flamingo, avec ma robe rouge, je veux le faire fondre.


Les photos inédites, non libre de droits, de toute la série All-in : 2 minutes in Vegas sont à découvrir chaque lundi, ensemble et en plus grand chez Eva E. Davier