jeudi 30 juillet 2009

Plongeurs #2

Figure trois.
L'essor, de toutes ses forces, déjouer le sort, sortir du linéaire, devenir cercle, ceindre la spirale, roue arienne. Faire un tour d'espace. S'offrir le luxe de l'air, bras ouverts, gorge renversée, jambes pliées dans la courbe. Se jeter dans l'arrondi et tenter l'inconnu, l'impossible, la contorsion invraisemblable du jeu. Partir en vrille pour quelques secondes d'air dompté, clownerie circulaire, le cirque expérimental. Puis s'écraser dans l'eau n'importe comment, pour rire.


Figure quatre.
Envers. Sens dessus-dessous, le décor de ce corps renversé : effet spécial de cinéma fifties, comédie musicale, chaise invisible au ciel, make them laught, ou alors siège éjectable pour science fiction futuriste dépassée ? A force d'essais, savoir s'inverser, s'offrir surréaliste un plafond ondoyant, meubler d'imaginaire, fendre l'air. Pour finir fendre l'eau dans une envolée qui crève l'écran, plouf, s'envoler par le crâne, méliesserie, emmêler les images dans un méli-mélo, délice, hélice, aimer l'eau.

© Laurence Guenoun 2009

mercredi 29 juillet 2009

Une route.

La route. Parfois, dans le voyage, ce n'est pas tant la destination qui compte, que le chemin. Pèlerins des routes spirituelles ou spiritueuses, dérouleurs d'asphalte, nuages ou rails en kilomètres, souvenez-vous de ces moments entre deux mondes. Aux pensées vagabondes, le bagage de La Route de Kérouac, et plus immédiatement, un poème et quelques incontournables : voici les images que je vous offre, toutes de sons, visions précieuses de vos paysages intimes.

The Road

So what I love the most
The most precious people to me
The very one and the very friends
When they turn in best my worst
While pleasure never ends
And happiness is the place to be

They should tell me home
I recognize them obviously
So fast so strong so good so far
As they are they just come
But it's not home definitely
They drive me to ; it's car

Maybe I've been listening
To much to the Smiths
My natural state is passenger
The journey and the driving
What I share and I miss
When we stop I'm stranger

Maybe it is more like a bus
Add the rock on the road
Forget about ugly smells
My way is a rolling us
Private jokes a bit odd
Under my driver's spells


(I hope I 'll never turn into luggage
I wish I'll never become garbage)





Découvrez Wilson Pickett!

Ce texte figure également chez Kriss qui avait demandé des photos illustrées à ses invités, sur le thème du voyage.

lundi 27 juillet 2009

All-in : 2 minutes in Vegas. #5 Sweet Sixteen



Elle va fêter ça comme sur MTV. Entrée en limousine, trois cents invités, dress code Treasure - oui, je suis une pierre de Jade, dans ma robe en satin, ma belle robe que j'aime. J'ai posé tout à l'heure devant le porche pour papa et maman, maman m'a dit ma grande fille que tu es belle, papa était fier. Je vais me retrouver encadrée dans l'escalier, c'est déjà ça. Ca fait des mois qu'on parle de cette fête, de cet anniversaire dément qu'aucun autre d'entre nous n'a pu s'offrir. Elle va recevoir une énorme caisse tunée. Moi c'est papa qui m'a déposée à l'entrée, maintenant je trottine dans les stilettos qui feront aussi mon bal de prom. Ca fait des mois qu'on en parle, les copines et moi, des heures de chat, des heures de rêves, et ce soir on va danser et vivre enfin une fête comme on n'en a vues qu'à la télé.
Dans une minute, je vais aller faire la queue derrière le cordon, sur le tapis rouge, avec les unhappy plenty, retrouver la bande des copines, nos pyjamas parties des dernières semaines à ne parler que de ce soir. Et de lui. Il sera là ce soir, j'y compte bien, comme toujours. Mon meilleur ami. Je sais qu'il sera là, cet ami-là. Encore un message de lui : coincé dans les embouteillages, arrive, C U. Voilà. Toutes ces heures partagées avec lui, à parler musique, morts de rire chacun chez nous derrière nos écrans, toutes nos aprems piscine et révisions. Le meilleur de mes amis. Depuis des années, mon ami. Un truc précieux, un sentiment qu'on ne peut pas brader, qu'on ne peut pas abîmer. Mais voilà, ça fait des semaines que maintenant, je joue un jeu. Au début, je ne m'en suis pas vraiment aperçue, de ce que je faisais. Quand il bronzait sur le transat, je le regardais. S'il levait les yeux, je détournais les miens. C'est ça qui a commencé à me faire tiquer. Et puis ses bonjours, tout à coup me retrouver serrée dans ses bras faisait trembler mes genoux. Plus rien n'était normal, plus rien n'allait de soi. Tout était changé. Mine de rien, sur msn, je répondais à peine aux copines, parce que j'étais pendue à son clavier à lui, à ses mots. On a parlé longuement des nuits entières, ensuite. Du divorce de ses parents. De ma peur que les gens me trouvent nulle. De nos films préférés. De nos pires hontes. De nos meilleurs souvenirs.
C'est mon ami. Le plus intime. Le meilleur. Mais je l'aime. Sans me le dire d'abord, trop bizarre cet amour qui naît là, tout d'un coup, alors que c'était tellement bien d'être des amis depuis toujours. Je le revois avec ses cartes dans la roue arrière du vélo pour faire le bruit du moteur. Et maintenant ça me fait presque mal. Je ne veux pas tout gâcher. Mais ce soir, c'est le grand soir, je vais le lui dire. Je vais l'inviter à être mon cavalier pour la prom, et je vais tout lui avouer. Ce soir, sweet sixteen, c'est le grand soir.


Les photos inédites, non libre de droits, de toute la série All-in : 2 minutes in Vegas sont à découvrir chaque lundi, ensemble et en plus grand chez Eva E. Davier

jeudi 23 juillet 2009

Plongeurs #1

Précipités, propulsés, perpétuellement ils peaufinent leurs perspectives de pesanteur abolie. L’espace d’un instant, ils volent, débarrassés des contingences humaines, adonnés au seul plaisir de l’envol, au seul mouvement. Essor, lancer, saut, vol, chute, nage.

Élevés dans les airs, par leurs propres moyens, ce moment suspendu, subreptice, de pure joie mêlée parfois de crainte, de crânerie, voire de concertation de groupe. Tout à coup, poissons volants, tout est possible à ces enfants-là.

Figure une, figure apprise, figure humaine concertée. D’abord les bras tendus, aérodynamique, puis la tête et le dos verticaux, impeccablement alignés, et dans le mouvement, jambes droites et serrées, élevées au plus haut, sauter du bord pour présenter, dans son art, le plongeon légitime. Figure une, réalisée sans trucage avec le savoir-faire de celui qui sait. Authentique figure aquatique homologuée par l’homme.

Figure deux, expérimentée en duo. Ensemble, à deux, le grand portant le petit au dessus des reflets, sur son dos comme le Dieu des paraboles porte le plus faible, une seconde, suspendu tout debout avec son bien précieux fardeau, le voici tout christique. Il marche sur l’air, il marche sur l’eau. Imaginer ensuite le chlore dans le nez, l’eau enserrant le corps, remplissant les cheveux, l’étreinte fraternelle de l’autre, aussi, et le rire, à remonter ensuite, heureux, ensemble et détachés. Libres.

© Laurence Guenoun 2009

mardi 21 juillet 2009

Summertime Never Dies

Woodstock, quarante ans après. On dirait une suite de roman classique. Devenus des classiques, ces beatniks légendaires, ils sont passés à la postérité - souvent même sans y être.
Janis Joplin, pour toujours, comme tant de ces années-là, immortelle de vingt-sept ans. Woodstock que je n'ai pas connu, pourrait sonner funèbre. Que reste-t-il de leurs beaux jours ?
Leurs histoires, on les connaît, quel intérêt de raconter encore et encore, la drogue, le sexe, la mort, les overdoses dans les hôtels, dans les piscines, les baignoires, allez savoir. Ils ont tout tenté, cathartiques artistes tombés d'avoir brûlé leurs vies. Ces fous de la contre-culture sont devenus culture. Pour leurs biographies, allez chez les libraires, c'est toujours si fascinant de lire leurs histoires humaines, et certains critiques rock écrivent très bien.

Bref, que se passe-t-il, quarante ans plus tard, lorsque vous écoutez, pour une fois, réellement, honnêtement, des albums dont la majorité des morceaux coule dans vos veines comme héritage culturel quasi universel ? Dans ma platine, je glisse volontairement ce qui pourrait le mieux me désarçonner, le live de Woodstock. Et tandis que je joue avec mon coffret en carton violet, que je déplie mon poster de la chanteuse hurlante et extatique, j'écoute. Legacy recordings, l'héritage de 69, The Woodstock Experience, qu'est-ce que ça va donner ? Je lis sur la pochette du live que Janis a attendu près de dix heures dans un désordre assez considérable avant de chanter ce set de dix chansons. Mais voyez-la donc, avec ses manches pagodes, cette passagère hallucinée ! Un son magnifique, première surprise, et tout de suite les questions cessent pour entendre, seulement écouter et ressentir ce que cette femme a délivré le temps éternel de ce live : cette puissance, cette voix rocailleuse et sublime, ces titres poignants et magnifiques pour 450 000 hippies, et puis, tout coup, moi.

Quarante ans plus tard, chez moi, j'écoute Janis Joplin, c'est incroyable et j'en ai la chair de poule. Non contente ensuite de découvrir dans sa réalité d'époque l'excellent I Got Dem Ol' Kozmic Blues Again Mama! - et non, aucune overdose de Summertime après une soixantaine d'écoutes - j'alterne avec The Essential Janis Joplin qui me suffit à peine avec ses deux CD et trente et un titres.
Je garde une tendresse toute spéciale pour le set de Woodstock 69, ces dix titres merveilleux qui étanchent la soif de voix, oui, mais aussi, joie, celles de mélodies, de guitare et même de cuivres, sans aucune des dérives psychédéliques que je craignais. Sans doute est-ce cette déclinaison Soul où je m'attendais à du Blues seul qui me transporte le plus.

lundi 20 juillet 2009

All-in : 2 minutes in Vegas. #4 Girls



Je voyais pas ça comme ça quand j'étais gosse. Je me voyais pas racolant le badaud en tongs, en minislip, micro T-shirt et saloperie de foulard ajouré noué sur la hanche. Je suis à poil en pleine rue, je suis payée pour ça, être sapée comme une pute, sourire et distribuer mes flyers. J'ai un intéressement sur le nombre de clients rabattus dans mon casino. Je suis crevée de cette vie de merde. Debout pendant des heures à sourire à tous ces cons qui matent mon cul, mon tatouage violet qui déborde de mon slip, sur ma fesse gauche. Pas étonnant, avec deux pouces carrés de tissus sur le corps.

Toutes ces heures, elle est là, à côté de moi, super souriante, gaie, gentille. Elle est vivante pour plusieurs, cette fille. Elle me fait des blagues, elle est super drôle. On a les mêmes horaires. Quand elle débarque au vestiaire, on enlève presque toutes nos fringues, pour aller arpenter le trottoir comme deux putes, mais on n'en est pas, c'est bien précisé dans notre contrat, nous, on distribue des flyers en faisant honneur à notre entreprise. Elle débarque tous les aprés-midi, avec ses cheveux courts, elle est déjà morte de rire, et moi j'en crève pendant des heures de regarder les os de ses hanches nus, de voir le haut de son pubis où je ne mettrai pas ma main. Elle a l'air si solide. J'aimerais tellement, rentrer avec elle, le soir, ouvrir une bière, et me jeter avec elle dans son canapé.
Pendant des heures, tous les jours, je suis heureuse, je suis avec elle, et j'en crève de ne pas la toucher. Elle rigole, je regarde sa fossette. Il fait chaud. Et quand on se quitte, après le boulot, c'est pire. Une fois je l'ai prise dans mes bras, son chat était mort, elle était triste. Je sentais sa chaleur contre moi. J'aimerais qu'elle ait des tas de chats en train de crever. J'en peux plus de l'aimer autant. Et je peux rien dire. Saloperie de vie de merde. Vivement demain, que je la retrouve.


Les photos inédites, non libre de droits, de toute la série All-in : 2 minutes in Vegas sont à découvrir chaque lundi, ensemble et en plus grand chez Eva E. Davier

samedi 18 juillet 2009

Vedette sur Seine.

Le jeu en vaut la chandelle, la flamme à bout de bras tendu, la petite tournée vers la grande, limite radiophonique, et tout au fond, derrière, quatre grands livres ouverts. On y voit trente-six ponts, de la liberté qui montre ses fesses à la ville, à la Grande Bibliothèque cuisante modernité de verre.

La vedette considère l'Arc en Cité comme linéaire, égrainant, en Français encyclopédique, les noms de chaque pont, puis, merveille américaine, en engliche de parade, lédizindejeantlemanes. Sous les ponts de Paris, Maurice Chevalier, Juliette Greco et Edith Piaf narguent Brigitte Bardot, rangées, les vedettes, on se croise et ceux qui nous saluent, à vélib à Paris, sur tous les ponts, hideux comme très beaux, ceux qui nous disent hello, ils sont américains, they care. Honezeleffete zi Eglise Américaine et son clocher pointu bleu trianon.

Sous le soleil pauvret, le ciel pâli entre les nuages, bleu Lafayette plutôt que bleu layette, le ciel passé assorti à ma robe couleur de temps, surplombe le fleuve entre les vielles pierres. A grands glouglous caramels les demi-tours, comptons les tours, mouettes et badauds sur les quais effervescents de Paris-Plage, goudrons, machines et cris de contremaîtres. La promenade en Seine, bourbeuse expérience, aux oisifs parisiens propose une curieuse perspective. La ville du touriste, itinéraire étrange, vous propulse étranger contre des fleurs artificielles. Le ciel de Paris n'est plus le même sous les ponts, le flâneur romantique en short sourit à vos côtés, émerveillé, circonflexe et accentué, numérise charmé, s'accorde à l'accordéon pour encenser la grande tour de ferraille mondialement vénérée, cent vingt ans d'Eiffellisation rayonnante. Ils sont heureux et calmes, les promeneurs estivants d'Ile de France. La guillotine leur inspire un soupir sentimental.

Au-dessus, quel que soit son bord, le parisien vaque, travaille, klaxonne, court, parle, s'assoit, pense, se presse, toujours se presse. Au milieu de la foule, en toute impunité, insouciants et heureux, ils sont là ensemble, les touristes, deux par deux, pressés l'un contre l'autre, venus visiter la Ville Lumière in the summer, venus, très simplement, s'aimer.

jeudi 16 juillet 2009

Les tubes jouissifs des Russian Sextoys


Nom provoc en "the", clip à l'avenant, titres racoleurs et ambiance sexy : The Russian Sextoys rassemblent trois titres pour un EP split avec le groupe lillois Green Vaughan, en vente libre ici 

Insérez dans la platine, appuyez sur le bouton risette, et vous entendrez feuler Pete O. sur fond de guitare, basse, batterie binaire très efficace de Tib O. - et hop, au travers, des synthés kitschissimes qui doivent au doigté de tous, dont Fred O., et permettent des montées en tension dans les mélodies, de celles qui forgent les tubes et répandent sur le dancefloor. Triple O. pour ces trois rennais, trois tubes, rien de moins, pour trois titres. Ce qui relève du miracle avec des textes de branleurs un peu punk - résidus dans les choeurs de Perfect Triangle et la batterie binaire - accompagnée de belles lignes de basse rock sur plages electro furieusement eighties. Orchestral Manoeuvre in the Dark, Frankie Goes to Hollywood, ou même des crescendi façon flashdance (Spread The desease), oh oh oh, ce terrain était glissant, mais ils ont su le rendre réjouissant.

On se laisse aguicher par cette voix, mine de rien, les mélodies deux fois par jour dans le I-pod, on va finir par les danser dans les soirées. Enjoy.

mardi 14 juillet 2009

La Fête Nationale

Tout à coup, ce matin, hier était semaine et nous voici néant.
Deux cents vingt ans plus tôt, le peuple dans la rue, pour abolir les rois, pour devenir pouvoir, pour gagner en puissance. Ils prirent la Bastille, prison symbolique, avant que je ne vive bien près du génie ailé qui dore maintenant le sommet d'une colonne.

Tout à coup, ce matin, tout à moitié fermé et à moitié ouvert. En terrasse solaire, rue déserte, trois passants, la rive gauche est calme, ville à nous parisiens restés là. Dans le ciel turquoise vrombissent des hélicoptères, ce jour sera de haute vigilance, de haute sécurité. Au-dessus de nos tasses passent en ballet bien réglé, bien près des toitures d'ardoises, force avions, force patrouilles volantes, la force nationale. Le quatorze juillet, les rares bus arborent des fanions tricolores, flottant dans le sixième. 

Bleue, blanche, rouge, la fleur de Paris, pensez-vous, s'en est allée se hâler sur les plages de Navarre et d'ailleurs. Rayonnantes rues vides, à nous Paris, s'exposent les galeries à nos yeux ravis, calmes rues ponctuées de sirènes soudaines. Au ciel en continu, les pales giratoires.

La foule polyglotte s'amasse sur la Seine. Pont des arts, quais, tous heureux qui se prennent, à bout de bras, ensemble, en photo. Dans la ville suspendue, dans la ville militaire, on ne peut pas le taire, piétons du bout du monde, alentour c'est Babel, la ville ensoleillée si belle.

Silence sur les pavés. Surmontée d'un lancer de fiers hélicoptères de toutes les matières, colorés et bruyants, très gros puis très petits, surmontée bien sage et en silence, elle attend, la garde montée. Sur deux rangs le long du Louvre, croupe fauves luisantes, panaches somptueux, les belles bêtes montées, la fierté sur la tête, de serviteurs de Patrie au casque rutilant.

Soudain, les sabots, des centaines, sur les pavés résonnent, l'époque révolue, Paris sans les moteurs, s'avancent les chevaux, dressés, au pas, rejoints parfaitement par d'autres arrivés sur la droite. Crinières de jais et robes chocolat, les animaux en ville, au pas. L'un rue un peu, à peine, bien vite contenu.

Ensuite, dans les rues, shorts, tongs, et tous les uniformes arborés par la France pour parader bien fort, la gloire nationale. La Terre, l'Air, les airs marins et le bleu des gendarmes, les kakis, les calots, les képis et les casques. Variété dans la rue des Forces Nationales.

Ce soir fête, flonflons, chanteur au Champ de Mars à voix grosse. Au loin, de la rue, monte la clameur de l'attente des feux artificiers de ce jour hors du temps.


lundi 13 juillet 2009

All-in : 2 minutes in Vegas. #3 A bit Late



A mon âge. Après tous ces hommes. Je n'en veux pas, moi, de ça. Qu'est-ce que je vais en faire, moi, de ça. Voilà, les hommes, je les aimais bien, je les aimais fort, nous avons fait bien des amours physiques très belles. Ils sont mes amis, mes amants.
Et voilà. A mon âge. J'étouffe de ne pas le voir sans cesse. Cette passion. Mon compagnon de toujours, il est là, comme toujours. Ce frère. Ce colocataire. Ce partenaire de télé, de casino, de restaurants le dimanche à midi. Menus steaks et homards sur nappes crèmes. Il me suit. Je croyais l'avoir aimé. Je l'aime beaucoup. Je ne sais pas. Il est là. Je suis là. Nous meublons nos vies, là, ensemble, lui est là, je suis là. L'acquis, l'immuable. Pourtant ça fait longtemps qu'il ronfle dans sa chambre. Moi dans la mienne je lis. J'écris, aussi, à mes amants souvent. Lui aussi a connu d'autres femmes. Nous sommes très discrets pourtant, il ne sait rien de précis, pas de noms, pas de visage, et moi non plus. Je ne sais rien. On n'était pas parti comme ça, pas du tout. Il s'est même mis à genoux, sur la moquette, au restaurant, pour m'offrir un diamant. Les gens ont applaudi. On s'est marié très vite, c'était drôle, et on est allé écouter Elvis. J'étais contente quand même, de me marier avec lui. Le sexe était bon. Il était gentil. Il est gentil, toujours. Il m'apporte mon jus de fruit et mes vitamines, une rose sur le plateau, il me sourit.
Et moi je pense à lui, cet autre. Tout le temps. Le matin, je pense à lui, à ses mains, à ses mots, je pense à son air, cet air qu'il avait quand il a badiné avec moi autour du tapis vert. J'ai envie de lui, de ses mains sur moi. Je sais bien que je lui ai plu. Même si jeune, il a aimé ça, m'amener dans sa chambre. Seizième étage. Je crois que je suis restée là, au seizième étage. Ce besoin, ce manque, j'ai envie de pleurer dès que je n'ai pas de nouvelles de lui plus d'une journée. Ca me dévore, ce sentiment, ça me dévore totalement, mais je ne veux pas de ça. Pas à mon âge. Pas moi ! Et pourtant, ce que je veux, ce que je veux vraiment aussi, au fond, ce n'est pas seulement le retrouver tout à l'heure. Ce que je veux ? Là ? M'évanouir. Un Coca light. Qu'il m'aime aussi. Il faut vraiment que ça m'arrive, à moi, maintenant ?

Les photos inédites, non libre de droits, de toute la série All-in : 2 minutes in Vegas sont à découvrir chaque lundi, ensemble et en plus grand chez Eva E. Davier

jeudi 9 juillet 2009

Urbains

Les commerçants de bouche plantés en devanture
En coeur les lèvres : fille ! regards ou vrilles : hé !
Suspendus dans les airs, sifflent les ouvriers
Echafaudent des plans, s'inventent l'aventure.

Les serveurs noir et blanc plaisantent en passant
Offrent une blague en sus en versant les liqueurs
Sur le trottoir étale valsent les joli-coeurs
La gouaille de Paris l'été pas un pas sans

Les marchands qui vous tendent avec le sac de pommes
Du salace au kilo au dessus des salades
Le Français ohlala alourdit la balade
Passantes excédées klaxonnées pleine paume
 
Japonaises gênées fins doigts devant leurs rires
Entendent sans les comprendre une débauche de mots
Tout droit bien nationaux de l'almanach Vermot
Descendus dans les rues pavées pour y pourrir

Les lunettes protègent du soleil des regards
La musique aux oreilles recouvre avec amour
La parisienne urbaine et préserve l'humour
Aveugle et certes sourd dans ce muet ringard.

mardi 7 juillet 2009

Le Relais de la Butte.

Tout droit, la butte, ascension, but exceptionnel, posés moineaux Doisneau sur la placette pittoresque. Débaroulent les pentes de nos pensées, les pavés devant nous mignons et inégaux, où l'on se tort les chevilles. Les pavés à venir. 
Dans la moiteur du matin, ensemble, suspendus au-dessus de tout, assis sur le toit de la ville à nos pieds répandue, ici le temps cessé dans un répit, souffle. Etendre les jambes, s'entendre, s'écouter, écouler le temps précieux très très doucement. Les âges suspendus dans ce village. Les pages supposées, l'à venir.

Sous le grand parasol, à croquer ma famille, carrée la toile tendue au-dessus de nos têtes. Sirotant nos boissons, le sirocco urbain dans nos cous susurré, on se baigne de soleil tamisé.

lundi 6 juillet 2009

All-in : 2 minutes in Vegas. #2 First Time



Ouais il va me kiffer. Alors mon plan, je continue à pas trop le calculer. Ouais. Mystérieuse c'est ça. J'ai vachement peur. J'espère qu'il va piger, un jour. En fait, je vais faire la queue au ciné à côté de lui et comme ça je vais m'arranger pour m'asseoir à côté de lui. Ouais. Très bien ça. Je vais mettre mon gloss à la pêche. Ha non. Sinon, après, ça risque de coller. Il va pas oser. Alors je vais mettre du ricil. Mais du waterproof alors, si jamais je pleure. En fait je vais acheter du pop corn et comme ça je mettrai ma main en même temps que lui dans le paquet. Il faut un truc romantique. Comment je dois mettre ma tête ? J'ose pas dire aux autres que je sais pas, alors je sais pas à qui demander. Je vais aller mater sur internet. Ouais. Ouais, je vais aller regarder comment on fait. J'ai envie que ce soit trop beau, comme l'affiche géante sous le Paris, quand maman m'amène à l'hôtel où elle bosse, les jours où elle veut pas que je reste seule. Je rêve qu'il m'embrasse comme ça, c'est trop beau.
Alors en fait, je vais mettre aussi ma mini robe. Ou alors mon pull rouge. Putain, je sais pas choisir. Je crois qu'il va m'embrasser. Oui. Il va poser sa bouche sur la mienne. Ouah ! Sa bouche ! Sa bouche elle est mortelle, je le kiffe trop, il est trop beau !
S'il le faut en vrai il est déjà accro, des fois, je le mate en cours, et des fois lui aussi il est en train de me mater. En plus il me trouve trop cool. S'il le faut il me kiffe déjà trop et en vrai il ose pas me le dire !

J'adore trop quand il met son jean avec sa chemise, il est trop classe. Elle déchire sa chemise, et comme ça je vois son cou en maths, j'adore trop en maths, je kiffe trop comme il me mate. Il me fait trop rire aussi. Ouais, bon, on traîne ensemble depuis Noël, ça va le faire. Putain, c'est lui ! Je vais mourir raide là, ouais, allo, ouais, ok, salut, hmmm, bon, ouais, deux heures aux fontaines du Bellagio, ouais, ouais, ok, oh, rien, haha, t'es grave, bon, ouais, j'arrive, ouais kiss, allez à toute. Oh putain, oh putain, elle est où ma robe, là, merde, je vais encore être à la bourre ouais en même temps faut pas que j'arrive avant lui sinon il me voit pas arriver. Putain, j'ai chaud, je le kiffe trop, je le kiffe trop, il est mortel !

Les photos inédites, non libre de droits, de toute la série All-in : 2 minutes in Vegas sont à découvrir chaque lundi, ensemble et en plus grand chez Eva E. Davier

vendredi 3 juillet 2009

Le vrai n'est pas toujours vraisemblable

L'été s'annonce über-réaliste. Légèrement A. U. et à ia.

Activités de plein air, se nourrir au grand air de bon grain et dits vrais.
Tartes en terrasse. Piques nique.

Mouches, mais même pas peur de passer la journée entière dehors. Jardins à la française, demoiselles multicolores en chanté.

Lalali haletant, allant hâlant, hop lollipops et pop.

Fêtes, buffets, célébrations variées. Chaises sur les trottoirs et dans les cours, bancs, publics et privés. Chats sur les toits dans la nuit.

Fêtes convenues aussi. Bonnes pioches, têtes de pioches, tables moches et mauvais manger. Oups, perdre au jeu de confort, tenter le diable aussi, goûter la tarte naïve. Oeuvre de sadique ? Erreur de pâte à sel ? De la nourriture pour de rire, ne pas vomir sous le préau.

Libres, enfin.


jeudi 2 juillet 2009

Rien.

Planche sur mer de palabres, le blabla de la tête, pensées ici, là et aussi plus profond, va savoir, musique, couleurs, goûts, souvenirs, tout à la fois, indomptable, sauvage. Le renoncement à dresser tout cela, à ordonner. Accepter le chaos comme postulat, voilà, s'y tremper, le vibrer, plancher, donc.
Tout à coup, l'amère amarre, tout à coup le silence, l'absence, le rien. Tout à coup le sel, les larmes, rien à en dire, rien à ajouter, rien. Plus un mot. Peut-être une voyelle. Ah. Même plus un étonnement. Le constat du silence, et la douleur. Ni corps, ni pensée. Peine. Peine seule, concentrée, condensée, là, indicible. Ha. Pas un mot, pas un sens, pas une issue. Inutile. Absente. Au-delà du doute. Même pas mort. Seulement, ha, le silence nu, la douleur écorchée. Ha. Vide.

Noir. Absence de couleur. Néant. Rien.

(Tout autour,  pourtant, on sent, les mots, les gestes, les regards, les mains. Quelque part leur odeur. Ailleurs encore, mais tout autour.)

Au centre du calice, douleur. Dense, presque tangible, mais qui n'existe pas, qui ne peut être dite. Sens aboli. Sens disparus. L'anesthésie du réel, horrible, un mal indicible, donc.

Attendre. Sans repère. Ah ?

(Alentour, de l'amour. Concernés, présents, vivants, sourires, affection, lien, paroles. Havre. Alentour les mots, tout près, très près.)

Silence. Un silence très long. Dure. Puis, une certitude : il cessera. La certitude qui fissure la douleur. La divise, la fragmente, la remet à sa place : allonge-toi, voyelle minuscule. Petit a, petit tas de poussière, souffle, pulvérise, détonne.

En torrent, on les entend gronder. Les mots. Les verbes. Les agissements, les sensations. Mille cosmogonies cessent d'agoniser. Ecoute. Brûle. Dans le chaos, des mots indénombrables, sens en éruption. Parole revenue, à peine. Dire, ha, dire enfin, à peine, la peine.

(La foi autour se presse tout contre. La foi bien fort contre soi. On pressent du beau, du délicat et du doux, magnifique, on pressent ce moment où l'on pourra même nommer l'indicible le plus ténu.)