The Dead Weather, c'est par excellence le fantasme type du rock : une formation digne des meilleurs délires, le supergroupe. L'auditeur sans album - à venir le 13 juillet, juste avant le feu d'artifice - doit se contenter de supputations, de deux titres accrocheurs et de mauvaises vidéos très amateur de live.
La Cigale, hier, environ quarante degrés dedans et trente dehors, grand soif et grand bruit de la première partie : deux batteries et deux braillardes, des guitares, la compo idéale pour aller se hurler dans les oreilles et se désaltérer à l'annexe de la Fourmi dans la haute buvette improbable qui jouxte la salle.
Quand le concert commence, on s'est déjà régalé à observer les deux Gretsch blanches, les amplis, la batterie entièrement basse et la bonne dizaine de pédales d'effets. Encore du must, du rêve rock total.
Enfin, ils entrent : Jack Lawrence, Dean Fertita, Alison Mosshart et Jack White. La salle plongée dans l'obscurité vibre, crie, se réveille instantanément. Le concert trouve son public, qui bouge, qui slamera même un peu, qui acclame et applaudit, qui ne boude pas son plaisir. Un vrai public rock. Jusqu'au fan transi qui se jette sur scène voler un baiser à VV.
Jack aux drums le plus souvent, prodigieux et intense, là encore, alors qu'il est sans doute the greatest guitarist alive, chante parfois, mais c'est d'abord Alison qui joue ce rôle de singer. Parfaite dans son attitude rock - crache quand on la présente, fume sur scène, cache son visage de poupée derrière une immense frange - elle présente un look pas franchement hype, mais vraiment pur : slim noir, tiags basses dorées, tunique noire et veste marine, bracelets en cuir et médaille en or autour du cou. Sexy en diable dans l'allure, résolument anti pouffe, elle ensorcelle le public avec sa voix et son jeu de scène, usant du pied de micro, des retours son pour se pencher sur la foule, s'asseyant tout à côté un moment, le temps d'électriser tout le public avoisinant.
Jack, tout en noir, T-shirt moulant, cheveux corbeau ondulés sur le visage blême, fait hurler la salle lui aussi quand il s'empare de la guitare. C'est très très bon.
Ces quatre musiciens sont des virtuoses, sourire rare mais plaisir tangible, tous capables de chanter, de changer d'instrument, de composer. On entend la patte de chacun sur chaque morceau, c'est très étonnant et réussi, ce mariage de quatre univers rock aussi signés.
Deux temps très forts dans ce concert : au retour du rappel, la prestation de Hang You From The Heavens, tube puisque quasi seul single connu à ce jour, ajoute à la vibration déjà considérable. C'est puissant, excellent, bien meilleur qu'en studio. Tout à coup on réalise également que tous les autres morceaux étaient des découvertes et qu'on les a ressentis comme évidents et parfaits.
Le duo de Jack - alors à la guitare - avec Alison, ce frisson de délicatesse, avec ce son vraiment particulier, que je n'avais jamais entendu sur scène, de leurs lèvres chantant presque collées au même micro, partagé. En nage, marcel, jean et cheveux collés au corps, je frissonne dans la fournaise.
Oui, pur rock, virtuoses, prodiges, talentueux, bêtes de scènes : ils le sont. Ce concert, c'est tout ça. Mais c'est aussi cette élégance arty propre à White, qui embellit tout ce qu'il touche, et ce goût du happening pour ce groupe que l'on sait éphémère et dont nous étions le public concerné, conscient de la rareté, de la puissance et de la beauté de ce moment.














