mardi 30 juin 2009

Hors du temps : The Dead Weather


The Dead Weather, c'est par excellence le fantasme type du rock : une formation digne des meilleurs délires, le supergroupe. L'auditeur sans album - à venir le 13 juillet, juste avant le feu d'artifice - doit se contenter de supputations, de deux titres accrocheurs et de mauvaises vidéos très amateur de live.
La Cigale, hier, environ quarante degrés dedans et trente dehors, grand soif et grand bruit de la première partie : deux batteries et deux braillardes, des guitares, la compo idéale pour aller se hurler dans les oreilles et se désaltérer à l'annexe de la Fourmi dans la haute buvette improbable qui jouxte la salle.

Quand le concert commence, on s'est déjà régalé à observer les deux Gretsch blanches, les amplis, la batterie entièrement basse et la bonne dizaine de pédales d'effets. Encore du must, du rêve rock total.
Enfin, ils entrent : Jack Lawrence, Dean Fertita, Alison Mosshart et Jack White. La salle plongée dans l'obscurité vibre, crie, se réveille instantanément. Le concert trouve son public, qui bouge, qui slamera même un peu, qui acclame et applaudit, qui ne boude pas son plaisir. Un vrai public rock. Jusqu'au fan transi qui se jette sur scène voler un baiser à VV.
Jack aux drums le plus souvent, prodigieux et intense, là encore, alors qu'il est sans doute the greatest guitarist alive, chante parfois, mais c'est d'abord Alison qui joue ce rôle de singer. Parfaite dans son attitude rock - crache quand on la présente, fume sur scène, cache son visage de poupée derrière une immense frange - elle présente un look pas franchement hype, mais vraiment pur : slim noir, tiags basses dorées, tunique noire et veste marine, bracelets en cuir et médaille en or autour du cou. Sexy en diable dans l'allure, résolument anti pouffe, elle ensorcelle le public avec sa voix et son jeu de scène, usant du pied de micro, des retours son pour se pencher sur la foule, s'asseyant tout à côté un moment, le temps d'électriser tout le public avoisinant.
Jack, tout en noir, T-shirt moulant, cheveux corbeau ondulés sur le visage blême, fait hurler la salle lui aussi quand il s'empare de la guitare. C'est très très bon.
Ces quatre musiciens sont des virtuoses, sourire rare mais plaisir tangible, tous capables de chanter, de changer d'instrument, de composer. On entend la patte de chacun sur chaque morceau, c'est très étonnant et réussi, ce mariage de quatre univers rock aussi signés.

Deux temps très forts dans ce concert : au retour du rappel, la prestation de Hang You From The Heavens, tube puisque quasi seul single connu à ce jour, ajoute à la vibration déjà considérable. C'est puissant, excellent, bien meilleur qu'en studio. Tout à coup on réalise également que tous les autres morceaux étaient des découvertes et qu'on les a ressentis comme évidents et parfaits.

Le duo de Jack - alors à la guitare - avec Alison, ce frisson de délicatesse, avec ce son vraiment particulier, que je n'avais jamais entendu sur scène, de leurs lèvres chantant presque collées au même micro, partagé. En nage, marcel, jean et cheveux collés au corps, je frissonne dans la fournaise.

Oui, pur rock, virtuoses, prodiges, talentueux, bêtes de scènes : ils le sont. Ce concert, c'est tout ça. Mais c'est aussi cette élégance arty propre à White, qui embellit tout ce qu'il touche, et ce goût du happening pour ce groupe que l'on sait éphémère et dont nous étions le public concerné, conscient de la rareté, de la puissance et de la beauté de ce moment.

lundi 29 juin 2009

All-in : 2 minutes in Vegas. #1 At Last



Pourtant elle n'a rien dit mais je la sens là, quand elle me regarde, je la sens attirée, elle ne m'en dit rien, mais ce n'est pas possible pourtant ses regards, ses regards et puis ses mots, et puis ce plaisir qu'elle a, oui, chaque fois qu'elle me voit, chaque fois sur son visage je le vois son plaisir, alors non, je cherche des justifications parce que. Ce n'est pas possible, ce n'est pas le moment, vraiment, non, ce n'est pas si grave, ce n'est pas si violent, ce n'est pas si puissant.
Je pense à elle. La nuit, je me réveille, je pense à elle. La nuit, son image projetée sur moi, la nuit, j'ai chaud, elle me réveille, ses jambes, ses yeux, quelque chose, je ne sais pas, je ne suis plus que corps, que désir et que sueur. Oui, je connais ce désir, je le connais, j'avais le même il y a des années, ce même désir à assouvir sur le champ sinon je vais mourir, plusieurs fois par jour assouvir, les carresses adolescentes, oui ce désir là je le connais bien.
Ce n'est pas que du désir. Non. C'en est, mais ce n'est pas que du désir. Hélas.
Elle. Son nom, que je me répète, je l'évite et je la cherche. Et puis voilà, voilà, il faut que je la voie tout de suite, vite, je vais l'appeler, il faut que je voie ses yeux, ses mains, ses cheveux, son sourire. Il faut qu'elle me parle, vite. Mais non, c'est bête, tant pis, je la verrai et puis je ne lui dirai rien, elle ne sait rien, elle. Ou alors si. Comment savoir, comment faire. Bon je l'appelle. Dès que j'aurai le courage. Ma voix va encore trembler, elle va me prendre pour un con. Mais non. Elle me regarde. Elle me regarde. Elle me sourit aussi.
Pourquoi maintenant, c'est absurde. Non, je dois cristalliser. Mais c'est si puissant. La passion alors ? C'est ça, la passion ?
C'est pire. En réalité, c'est pire. C'est maintenant, et c'est ça, voilà, ça m'arrive même à moi. Je. Je l'aime. J'aimerais tant au moins, lui plaire. Je veux lui plaire. Il faut qu'elle me regarde encore. Qu'elle me regarde. Que je lui plaise, au moins. Je deviens fou.



Les photos inédites, non libre de droits, de toute la série All-in : 2 minutes in Vegas sont à découvrir chaque lundi, ensemble et en plus grand chez Eva E. Davier


vendredi 26 juin 2009

Un cadavre dans le placard.

Tandis que la Motown pleure son enfant prodige, que mes amis intelligents regrettent un King Of The Pop certes contestable mais néanmoins talentueux, il me vient ce matin des souvenirs asymétriques, épaulettes, danses absurdes en groupes, pantalons trop courts, marche sur la lune sous le marronnier de la cour de récrée, blouson bicolore en rouge et noir. Et même, supermodels of the world, ce clip de 91, très très Dangerous à revoir.
Naomi Campbell dans le désert se tortille, jupe lambada et bustier court à petite manches, Michael ondule, T-shirt bien rentré dans le pantalon, ouille, le titre New Jack ! In The Closet de nos mémoires collectives, il est resté là, le clip.
Et par-dessus tout, la voix de la Mysterious Girl, ses parties parlées, émeuvent autant qu'elles donnent à sourire. Stéphanie de Monaco, souvenir bleu marine, robes sans manches et jambes nues, le siècle dernier se meurt. Une drôle de dame, Farrah Fawcett, puis une créature, Michael Jackson. Trente ans s'écroulent d'un coup. Freaks cette créature jamais devenue personne entière, jamais devenue homme. Enfant prodige, enfant exploité. Monstre. Michael Jackson est mort pour de vrai.

mardi 23 juin 2009

Fashion : la bonne attitude summer 09

Les 6 trucs à piquer aux vedettes (une leçon de savoir s'enjoyer au centre du monde par Shalima et lutecewoman).

1/ Le revival fresh Demoiselles de Rochefort. Sertissez-vous de votre amie, vous blonde, elle brune. Le long se porte naturel, telle la moue sur le visage. Étonnez-vous comme une provinciale, jouez le jeu, aillez chaud au soleil et couvrez vos yeux nude pour les protéger à l'aide des plus grands noms qui sont aussi les plus basiques : Chanel ou Dior, par exemple. Le verre noir comme le dégradé marron sont permis, tant que vous ressemblez à une chouette au soleil et à un raton-laveur lait-fraise en intérieur. Twittez "c'est chouette !". Restez natures.

2/ Ne tolérez que l'or pur. En très petite touche. Restez fraîches et vraies, c'est le concept. Qui un jonc au bras gauche, qui une bague précieuse. Et c'est tout.

3/ Le pied se libère dans sa spartiate montante. Shalima s'étant un peu année-dernièrée avec un modèle seyant mais bas, nous éviterons de souligner cet incident en ne présentant pas le modèle montant sur la cheville, lanières en peau naturelle et brides à délicates boucles, acheté d'un très sûr instinct par lutecewoman. "Vous, au moins, vous n'êtes pas compliquée" déclara le chausseur admiratif lors de l'adoption dès l'essayage. Le brave homme ayant raté l'entrée ludique de sa cliente à cloche-pied pour cause de sandale basse pulvérisée brutalement sur une célèbre rue figurant dans le Monopoly, après de loyaux services sur les pavés du monde entier. L'année dernière.


4/ Toujours désinvolte, mais glamour, vous revisiterez vos classiques eighties, qu'ils soient urbains (pyramide miterrandienne), vestimentaires (la robe-bustier façon clip Mondino ou le marcel Cargo de nuit) ou gestuels (le bras en l'air façon Narta c'est fou le frais que tu me fais, voire, mais seulement de jour, le double lever de coude version bascule avec moi bascule si tu as chaud comme ça).
Il fait chaud, vous avez chaud, c'est normal.

5/ La robe bustier toute fraîche casse l'effet robe de cocktail overdressed et se promène tout le jour, simple pour la danse sur barre - métro, square - comme pour le shopping nourricier. Shalima réinvente le marcel, cotonnade blanche basique issue du dressing parisien, en le portant à l'envers, étiquette en vue sur l'épaule droite. So rien à cacher, avec un simple grand sourire.
6/ Vous avez faim ? Avec cette vie saine, marche, grand air (et non grands airs), cogitations, c'est normal. Nourrissez-vous, fi du régime. Mais pas n'importe comment : privilégiez les productions locales (macarons Hermé, produits de la Grande Epicerie, paniers bio) et l'équitable (on partage). Invitez des amis supplémentaires à votre table pour de grands plats qui cuisent tout seuls (idéal avec le vin rouge) et des tartes de saison : framboises et vous-mêmes. Digérez en écoutant Herbert Léonard et Francis Lalanne. 
Ou bien offrez-vous une terrasse entre filles, dans la nuit chaude et sauvage, et belle pour ses otages, et riez à grands éclats en buvant des Sex on the beach jusqu'à vous faire poliment jeter dehors pour cause d'horaire. Rentrez à pieds, spartiates.

Shalima, pour tes next Holidays de working-girl, je t'en prie, pense à moi comme je t'aime, et refais-moi demi-tour.

lundi 22 juin 2009

Passagère #6


Une goutte de café au lait coule le long de son menton. Le croissant détrempé au goût de carton mouillé lui remplit la bouche, tiède.
Elle pèle des sucres puis les jette doucement dans le cercle mouvant de sa grande tasse. Elle observe les petites bulles de ces cristaux noyés. Le croissant entamé dégorge comme une éponge sale, dans sa soucoupe.

Elle s'essuie le menton dans une serviette en papier qui lui râpe la peau. Elle se penche en avant, pose son coude sur la table et son visage dans sa paume. Elle regarde autour d'elle sans voir. Tables, chaises, gens. Tout incongru, inconnu, vieux, moche.
De sa petite cuillère elle spirale son laitage troublé. Puis elle en lèche le métal. Elle glisse ce petit objet dans son sac à main, posé par terre. Elle en retire un livre de poche.

Une photo d'identité, souriante et figée, marque la page. Un photomaton d'elle, récent, mais où elle semble autre. Elle glisse le petit rectangle brillant à la dernière page, s'appuie au dossier, croise bien haut ses jambes, et lit.

Longtemps, elle lit. Insensiblement, un sourire se trace sur ses lèvres et lui monte aux yeux.

illustration inédite Léo Dorfner.

samedi 20 juin 2009

lutecewoman au ranch

Médusée sans ses chaussettes, lutecewoman était assise sur le radeau laissé au milieu du parquet du ranch, tâchant de son mieux de couvrir le maximum de table basse munie d'un simple croissant de nourriture, lune posée sur le canapé. Son hôtesse pleine de grâce et de dents lui débita force sourires pleins de pain au chocolat et moult billevesées hilarantes et ahurissantes.
- Hula donc, pardonne mon mess, figure-toi que je reviens à peine presque à l'instant de Lisbonne, et je suis bien marrie à présent dans mon ranch avec ses planches pourries. J'attends séant Robin du Bois et ses planches de salut.
Les meubles en effet s'ébaudissaient ensemble, tables, étagères, portes hors de leurs gonds, en une amusante promiscuité évoquant tout à la fois un dancefloor, la queue au monoprix un après-midi de jour férié ou encore Tokyo au feu rouge. A leur pied, en joyeuse farandole débordant de la cheminée ouverte, les bouteilles de rhum arrangé, telle une armada de nains au sortir de la mine, égayaient l'immense pièce.
Le ranch avait précédemment coulé, noyé de chagrin au départ de ses habitants pour l'Indochine (ou autre lieu où l'on se prend la main, se jette d'un bateau à l'autre à plat ventre et habite un palace en crevant de chaud avant d'arpenter des jungles qui puent le fruit géant). Hannibal en liesse soudaine battait des membres supérieurs le temps de la visite, une brève paire d'heures, tandis que Brutus, tantôt dormant, la minute suivante suspendu dans les hauteurs, l'instant d'après pulvérisant un rouleau de carton de sa taille, ignorait effrontément les visiteurs. Gerboises très très far à l'ouest.
- Oh, les coiffures du coboille, quel bonheur qu'il t'aie rencontrée, non ? admira lutecewoman devant un pèle-mail home made édifiant pour amateur éclairé en matière de coupes fashion, déplorant néanmoins l'absence de mullet.
- Hihi, rougit de loin Ashley Abbot, cette hôtesse au doux sobriquet de Gorgeous eut égard à ses traits de madone en plus jeune, son teint de lait, et Pipensucre en hommage à son humour d'ânesse volontaire et sa subtilité, vivant oxymoron, ravagée et bienveillante. Lutece, je crains d'avoir laissé ici, tout à côté du pot non identifié en forme d'œuf contenant un germe de plante peut-être, va savoir, imaginaire ? Je crains donc d'avoir laissé ici très en désordre ma pince à épiler le poisson.
- Oh, ça, vraiment, ça nous arrive à toutes, compatit poliment lutecewoman en avalant délicatement une pinte de thé au caramel.
Au doux carillon, king-kong, elle sursauta presque, et par discrétion, s'éloigna vers les baies vitrées surplombant pavés et maisons dans l'impasse bucolique. Gorgeous introduit en son ranch Robin du Bois, qui tout de suite après un salut et trois ave, arracha presque à mains nues des planches pourries de deux mètres avant de les placer méticuleusement par fagots dans de grossiers sacs de toile de jute. Une fois le couloir transformé en large trou béant ponctué de traverses, il épousseta cet entresol préservé des acariens et de l'aspirateur à l'aide d'un plumeau-balayette. On eût juré un Gustave Caillebotte, corneguidouille, avec cailles sans botte, en plus sombre et moins nombreux quant à l'artisan amoureux de son métier ancestral. Soudain, Robin du Bois n'était plus là, et tout à coup tapant comme un sonneur à l'aide d'un outil contondant pour amuser Miqueline, voisine du dessous insupportable autant qu'archétypale. Oui, le comportement stroboscopique, tel Brutus, tu quoque, etc...
Le doux babil des filles, ponctués de pleurs d'émotion et de rire, les mena à encadrer ensemble une des fenêtres, tableau impressionnant comme un double rideau de modasses à voix graves - merci de mixer ici mentalement Renoir et Technikart. Charmant pavillon, en face, avec son toit pentu percé d'une fenêtre en chien-assis. Fenêtre d'ombres chinoises pour caucasiens polis qui chaque soir se lavent tout contre la vitre, l'architecte s'étant dit : dans l'ancien, suffit de trouver assez de place pour tout caser, de toute façon rien n'est aux normes, on s'en branle, on va coller le bac à douche au grenier. Voire : oh ! non d'une pipensucre ! j'ai encore oublié la salle de bain ! Tous les architectes, hélas, n'ayant pas la discipline ni la délicatesse d'anoxyme, le célèbre commentateur de lutecewoman.

Dans le jour qui ce matin là abusait du snooze, turlututu et nananère, Gorgeous et lutecewoman longeant les coquelicots du petit Paris intra muros façon charmant village ("Pompes Funèbres Lutèce" rayonnait la devanture d'une échoppe sur leur chemin), surent redonner à la vie tout son sens. Aucun.

jeudi 18 juin 2009

Croquer des macarons.



Dames penchées sur les vitrines, bustes inclinés, lecture des étiquettes : sous le verre, carreaux remplis de gourmandise. Dans la pâtisserie design blanche et orange, on entend des soupirs, les yeux brillent de désir. On se croirait presque chez le bijoutier turquoise. Mets d'air aimable et rond, multicolore, gai, chic, parisien en diable, le macaron. Pierre Hermé, l'épure du décor.

La maison pâtissière promet dans sa légende de délices onéreux, délicats plaisirs à consommer sans attendre. Amatrices événementielles, amoureuses de moments, elles savent savourer la vie à plein palais. Dans leur boîte, choisis soigneusement, désignés de l'index par leurs petits noms, ils s'alignent en exposant leur crème au regard qui les convoite. Choisir.
Légèrement emporté entre deux doigts dans les airs, ravissant amuse-bouche, il se croque doucement. Entre les dents la douce meringue fond tandis que la crème répand ses arômes sur la langue surprise. Ici s'agrandit la pupille dans le murmure approbateur, mmm, dégustation.

Aériens chez ses voisins, bonbon quelquefois, confiserie, chez Hermé les mélanges ont forte densité, gâteau, le chocolat fondant, c'est bon c'est minuscule et pourtant c'est bien dense ce diamètre de cinq centimètres. Satiété restée curieuse bien qu'assouvie, on s'adonne au second et puis au troisième pour savoir si manger de la crème de rose ressemble à s'emplir les papilles de cacao, ou bien si le caramel relevé de sel est meilleur que le profond cassis. Et puis, pour le plaisir, que penser de celui-ci, tricolore éphémère, écoeurant à loisir entre la pistache, la framboise et le chocolat blanc ?
Rire à pleine dents du goûter, profiter du luxe de l'amie, de la ville et du temps. Une autre fois, promis, je retourne à la concurrence, et même, mieux, à ce petit pâtissier connu de moi, fournisseur officiel des moments faciles, délicat davantage et que je vous dirai peut-être si vous êtes sages.


mardi 16 juin 2009

La robe-bustier.

Pâte à modeler, la fille, appâtée de mode, joueuse en plein Paris. L'été à cache-cache. Et la fille, vivant cornet, en sa robe-bustier, demi-nue et décente. La chair au souffle, l'air sur la cuisse et la clavicule, la caresse du cheveu sur l'épaule. Nus les bras entièrement, dénudés davantage d'un cercle d'or unique, au poignet scintillant.

Le long de la colonne le froid métal remonté entre deux doigts pincés, contorsions graciles, crissement très doux : zip. Ce soir encore ce crissement, qui déshabille. Et le corps partagé, peau, tissu, peau, palpitant algorithme. L'impression, rayures délicates, tons pastels, au-dessus du genoux remontent des droites courbées, douces parallèles, qui s'arrêtent ensemble net en ligne qui mord les seins.

Souvenir d'essayage, lisse coton qui claque, lycra un peu, luisant dans la glace, pieds nus sur le sol vitrifié, un bras sur la tête, pétrifiée, et en face sourire à la pièce nouvelle : l'amie tendre sourit oui, vraiment, oui, assure-t-elle, belle. Dans le dos, petit crochet pour la première fois fermé de son geste gentil. Chaque fois un peu d'elle. Robe-bustier en Aix exilée, ensuite, une amie à l'oreille et l'autre contre mon coeur. Robe de fête et de filles.

Robe-bustier cette saison, robe d'hier, must aujourd'hui. A demi-nue, épaulée de mes pairs, je chemine chevillée à mes spartiates montantes en peau, cheveux coiffés d'une simple raie, colorés de dorés. Et à la dérobée, protégée de verres teintés, enrobée de mots, enrubannée, j'avance quelques vérités nues.

lundi 15 juin 2009

Passagère #5


Nue, une serviette enroulée autour des cheveux, elle emporte entre ses bras son gros sac et le déverse entièrement sur le lit défait. Elle se tient longuement ensuite devant ce monceau de coton et de dentelles. Absurde catalogue inhabité, chiffonné. L'ouverture éclair du sac bée comme un monstre affamé. Ce luxe crevé, baudruche de mode dégonflée, semble obscène. Elle s'agenouille dans sa nudité sur le bord du matelas. L'éponge de son turban tombe, trempé, sur le sol, petit bruit mou.
Tout à coup, pure, vulnérable, elle pleure calmement, de longues gouttes silencieuses. Sans maquillage, elle est neuve, tendre et belle.
Elle tend la main, saisit quelques vêtements, les lance sur l'oreiller. Ensuite elle attrape deux ou trois grandes brassées  et les fourre énergiquement dans son sac, le nourrissant comme on gave un animal. Dodu et plein, elle le bâillonne d'un geste net dans le long bruit métallique du zip.

Elle retourne au lavabo, le remplit d'eau chaude. Elle empoigne la bombe de mousse à raser, la secoue, appuie d'un doigt sur son sommet et couvre sa paume gauche de crème blanche. Elevant bien haut sa cuisse gauche, elle s'en enduit entièrement la jambe. Puis elle tond cette toison chimique en larges bandes à l'aide d'un rasoir. Elle renouvelle cette opération à droite. Elle tapote doucement ses jambes avec une serviette. Enfin, elle s'assoit sur le tapis de bain et elle se caresse négligemment de la pulpe des doigts.

Illustration Léo Dorfner

vendredi 12 juin 2009

Hommages et créations de mythes #2 : Tony M. vs Tony M. The World Is Their

Scarface. Pacino le vrai truand, le vrai self-made truand, touchant, juste, dur. Une histoire qui finit mal. Vivre vite et mourir jeune. Sarface, mythique, culte depuis sa sortie en décembre 1983. Depuis, les gangstas continuent à porter ce film aux nues, le modèle parfait.


Cette BO, tout le charme de l'horreur des eighties, avec, jusque dans cet extrait de De Palma cet effet dans les films, très fréquent : on dirait des "vidéo clips". Comme Neuf semaines et demie. Ou Ghost. Ou Working Girl. Vraiment, ce film est dans le vent, le vent de son époque. D'ailleurs, une série ne s'y est pas trompée, qui rend un hommage chaque jour pour des années à Scarface dès septembre 84.



Oui, c'est bien une fourgonnette bleue que conduit le très latino Tony Micelli. Il ne vous rappelle pas légèrement quelqu'un ? Tony Montana ! Le TM du " World is Yours" devient le TM de Who's The Boss ? Il n'est plus cubain, ne vient pas pour raisons politiques, et tourne bien. Il est d'origine italienne, met une cravate avec son costume de couleur indéterminée (au lieu de colliers et gourmettes bling bling avant le que le bling bling n'existe). Sa copine a des manches longues et un vrai job. Bon, le couple télé est moins glamour, bien sûr. Michelle Pfeiffer en robe longue dos nu au club envoie plus que Judith Light (en robe longue dos nu rouge à paillettes dans son entrée avec son bon).
Remarque : la robe longue rouge à paillettes - ou sans - ne serait-elle pas un incontournable ? Le comble de la sexyttude sur écran ? A voir.

jeudi 11 juin 2009

Lutecewoman goes to elles.


Le ciel naïf Magritte, des Klein, du bleu contre la vitre.
Pleuvent les hommes, décline le plexi, d'ici entre les toits, on voit le Sacré-Coeur. Les arêtes tranchées des ardoises cubistes, l'équilibre insensé des trouées de rue, crânes les terrasses, vanités érectiles tout au long de la ville, tours, verre, métal, pierres blanches, vanités obsolètes du contemporain, futurisme rétro. Aux grandes pompes, au beau milieu, la réponse au doux nom Pompidou, centre.
Elles. Politiques, organiques, menstruelles, orgasmiques, déjantées, drôles, macabres, perverses, gaies, engagées, uniques, différentes, elles@centrepompidou, elles sont reines, plus Pompadour. Ici la moue et puis l'amour, en commun ce qu'elles ont, le sexe et l'art.

La traversée du quatrième, badges au mur, géants, tant d'hommes pour une seule femme, quelque chose du quota qui questionne, qui taquine, une claque coquine : encore ! Mais il est presque dix, l'année, c'est même déjà neuf ! Oui, Annie Warhol et Francine Bacon, poitrine et farine, noeud de rôles, drôle.



Rouge, beaucoup, est la couleur, rouges baisers, rouges saignées, traînées, stalagmite de gants dressés carmin, bain de sang. Ecarlates porteuses de culottes, elles s'évertuent vermeilles, elles nous tuent merveilles, des lèvres elles se livrent à leurs oeuvres, colères rubicondes, rubis féconds. Trouver ici Bourgeois.

Sur la tranche d'un mur, du Duras, Ecrire, ouvre la salle obscure d'un triptyque sibyllin, adolescentes, cuisine, chambre, et eux qui les regardent sous titrées, la bouche un peu bée, sceptiques plaqués aux murs, les spectateurs surpris qui n'en peuvent un  peu mais. En face pleuvent des néons en averse et dans le noir sursaute surprise ma précédente, qui se sent sotte et s'enfuit. Sertie du plastique blanc moulé d'un écran siège à oreillettes, une très belle femme impeccable, impassible, observe devant elle une autre qui trente ans avant elle tape dans un bol métallique en présentant de la cuisine les ustensiles comme les militaires les armes.

Procession aux toilettes, femmes en file. Chez les hommes personne, dans le box par terre de l'urine, dans le mastic il est écrit que tout commence ici. Je me lave les mains.

Oreillers dans la pénombre, oreillers de Venise, "j'ai observé par le détail des vies qui me restaient étrangères" livre une Sophie Calle de 81. Bonne le temps de voir. Les panneaux simplissimes, traversins, conversations, photographies des lits défaits et des effets déballés, récits, descriptions, mots. Huit chambres et huit portraits, la vie ouverte, étrange, l'intimité des inconnus, l'anonymat universel. La vie nouveau roman se donne à lire, décrite, saisie, offerte.

Perverses poupées d'Annette Messager : suppliciées sur des lances les poupées de chiffon, et dans le mobilier ad hoc, crevés des moineaux empaillés par poignées, en petit pull pour l'éternité, baignoire au un quinzième pour titi parisienne. De la peine.

Contre la vitre teintée je tente une échappée solitaire. Au ciel les nuages gorgés de grosses gouttes, cotons immenses couverts de fards, démaquillent la toile de fond. Là-bas, au loin, minuscule la meringue, le Sacré-Coeur dans sa trouée, derrière la vitre, présenté, petite pâtisserie. Vu d'ici, une religieuse à la crème. J'aime.


exposition elles@centrepompidou et voyez par vous-mêmes.

lundi 8 juin 2009

Passagère #4


Cambrée dans cette boîte en contre-plaqué, elle remonte d'un geste culotte et jean sur ses cuisses, ses fesses, se reboutonne machinalement. Le bruit inconsistant du loquet de plastique noir, les gonds inaudibles, la chasse d'eau et son fracas vulgaire la réveillent. Elle titube comme on défile, à grand pas lents, se regarde approcher dans l'immense miroir. 

Sous le néon, dans la lumière crue,  elle se toise de près. Elle se jauge comme à l'étal des viandes au supermarché. Le savon d'un rose filandreux lui glue aux paumes. Elle frotte ses mains sous le filet tiède qui toujours s'interrompt trop tôt. Elle s'essuie les mains dans les cheveux, enfonçant ses doigts au-dessus de son front. Puis elle fouille dans son sac, longtemps. Elle ouvre le bouchon de son rouge à lèvres vif, le fait émerger de son tube, narquoise. D'un geste parfait, en se regardant droit dans les yeux, elle redessine sa lèvre supérieure, puis sa lèvre inférieure.
Elle observe le résultat, tourne les talons et se lance dans la salle, traversant les portes battantes. D'autres sirotent des cafés en se brûlant la langue. Adossé à la vitre, fumant une cigarette, une jambe repliée, il l'attend.

Illustration Léo Dorfner.

samedi 6 juin 2009

Hommages et créations de mythes #1

En littérature, l'intertextualité vous construit en dur les mythes. Glosons, citons, plagions, reprenons : chaque mot écrit en référence à un texte antérieur participe du développement à venir du texte d'origine. So sixties, la théorie, mais tellement vraie, toujours. Mettons, la meilleure pub, parler de quelque chose, multiplier les occurrences, et contribuer à la célébrité culturelle du mythe ainsi créé.

Bon, rien de neuf. Déclinons les médias, et nous voici plongés dans la peinture, barbouillés de covers en musique, abrutis de télé, drapés de cinéma. Et même, wow, parfois, on trouve de la culture transversale. Amusons-nous donc de toutes ces références - à l'instar de ces cinéastes qui se font des clins d'oeil à eux-mêmes, des ces écrivains qui s'auto-citent - et découvrons ensemble l'hommage du jour.


Cet extrait culte, c'est la scène d'ouverture de Gentlemen Prefer Blondes (Les Hommes préfèrent les blondes, généreusement traduit intégralement en français, chansons comprises, reprenez après moi : le diamant est le meiller ami de la femme, en plissant les paupières et ondulant de la hanche)

Passons à la déclinaison du mythe, une de mes chansons favorites parmi les favorites pour hédoniste convaincu : Michel Legrand chez Jacques Demy, joie pure. Et l'humour, donc, de cet hommage. Déballant les robes achetées par sa soeur, la brune Solange chante à la blonde : "tu n'as pas peur que ça fasse un peu pute ?". Non. Surtout pas en slim, bien sûr - je n'ai trouvé que cette version sur la toile. Les Demoiselles de Rochefort, "et maintenant, les soeurs Garnier !"


Voilà. Aimez la vie. La prochaine fois, du mâle, du vrai.

mercredi 3 juin 2009

Place Henri-Mondor

Doucement le trafic
Au soleil confiture
Etale bénéfique
Les éclats de voiture

Jusque sur le trottoir
Où terrassée du jazz
D'une Melody notoire
Je déguste des phrases

Amérique cannelle
De Truman Capote
Le biscuit solennel
Croquant les clapottis

De l'aimante river
Susurrée à l'oreille
Pensées en dériveur
Mon regard appareille

Charlotte dans un cri
et là Penelope
Grands visages décrits
Aux pages enveloppées

De glacés magazines
Du kiosque vert bouteille
Palmes et limousines
Au bout de mes orteils

La place Henri-Mondor
Ou station Odéon
Très lentement endort
Ses passants sans néon

Les platanes palpitent
Voltigent les serveurs
Les cartes gold crépitent
En mythique ferveur

Pour Saint-Germain-des-prés
Le culte bien urbain
De chaleur empourpré
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mardi 2 juin 2009

La Bonne Voix.


Hier soir, consternation télévisée, la toute jeune Camélia-Jordana retourne à la vraie vie sans passer par la case finale de la Nouvelle Star. Incompréhensible, ce vote, une si belle voix, quelque chose de si précieux, de très jeune encore, mais de très beau. Pire : à suivre les reportages, on découvre qu'en prime c'est une chic fille de seize ans, drôle et pas bête du tout. Heureusement, on nous laisse Leïla, étrange toute jeune femme au phrasé halluciné et aux notes impeccables, toute fofolle et habitée.

Consolons-nous : il existe une ravissante incarnation de vingt-quatre ans, des albums à acheter, des vidéos à voir, et surtout, cette voix sublime à entendre - sans compter les textes et mélodies d'une pureté jazz qui servent ces merveilles vocales comme un écrin de velours. Melody Gardot, princesse démantibulée par un accident de vélo, à dix-neuf ans, se soigne à la musico-thérapie. Merveille. Miracle. Elle se relève et nous envoûte. Il reste de son mal des sunglasses pour ses yeux fragilisés : lunettes de nouvelle star, une vraie.

Hors du temps, extra-ordinaire, offrez-vous une session sur son myspace, où délicatesse, élégance et subtilité transcenderont la médiocrité cathodique quotidienne.


lundi 1 juin 2009

Passagère #3


Nénuphar en eaux sombres, son visage fleurit sur sa cuisse en denim. Bouche entrouverte sur petites dents, cils baissés, cheveux répandus, abandon.
Sa main ouverte en coupe sur le sol, à côté de ses chaussures d'homme. Renversée, jambes ouvertes, possédée de rêves, immobile. La main sur ses fesses figée par le sommeil en pleine concupiscence. Couverte de luxure, elle dort. Une guitare habite la scène, envers de piéta impie. Une guitare sans fin égraine une mélodie triste et belle, un air froid que personne ne respire - temps suspendu.

Espiègles, aléatoires, de petites taches de soleil dansent sur ces corps arrêtés. Ballet sans spectateurs. Beauté vaine. La lumière transperce branches et pare-brise jusqu'à leurs corps statufiés. Eternité de parking.

Des coups soudain au carreau, le moment vole en éclat, brisé net. Un paumé leur mendie une cigarette et récolte leurs insultes. Encore éparpillée, inhabitée, elle rit sans joie. Ses dents brillent. Ses pupilles éteintes regardent ce visage animé de désir. Désolée, nauséeuse, elle sourit et ferme les yeux tandis que la blancheur de sa peau s'exhibe davantage.

Illustration Léo Dorfner.