Posters sur les murs. Dans la chambre d'ado d'un beau-fils, tout contre le lit, pin-up grandeur nature, femme sans tête en lingerie.En plein milieu du salon, poster d'idole, Eric Cantona en terrain nord anglais, où Eric Bishop, sinistre inconnu du Yorkshire, facteur qui remercie "Ta'luv" et tout à coup se réapproprie sa vie, "Mi fuckin house !", dans un mess assez considérable.
Le beau gâchis que voilà : dans le pavillon dégueulasse, on trouve deux ados et un quinquagénaire, un bazar atroce, des tas de jeunes pas sympas, des trucs volés, partout, des fringues, et une déco collée comme un décor au chaos. Formica, meubles en pin clair, cadres de photos de foot dans le salon, et en taille réelle, un poster géant d'Eric Cantona, le footballeur mythique avec accent français sud-ouest, le philosophe des pelouses. Lui aussi, le tireur d'élite de Manchester, a vu rouge un jour d'insulte, et tout latino qu'il est, a riposté. Craquer, ça se paie. Neuf mois de suspension et une carrière qui bifurque à jamais, Cantona à trente ans change de vie, peinture et cinéma.
Eric Bishop parle à son poster, fumant l'herbe où d'autres la foulent. Tout à coup Ken Loach le cinéaste de la vraie vie verse dans le fantastique, mêlant le club des Hashischins à ceux de foot du Yorkshire. King Eric sort du poster et parle, dans son anglais d'aphorismes, à Postman Eric. Tiens, le Slam de Hornby n'est pas bien loin : sportif punaisé au mur de Sam, quinze ans, qui parle à son idole Tony Hawk, skater culte. Les réponses de T.H. sont aphorismes également, citations de sa biographie connue par coeur, et oui, le dernier roman de Hornby est fantastique. Un genre plus maladroit que moderne, à présent...
Belle comédie, ponctuée de temps très forts, des peurs indicibles, des amours perdues qui n'en finissent jamais de mourir, des amitiés solides, un quotidien magnifié par l'amitié et les liens que l'on tisse à s'aider, à s'aimer concrètement jour après jour. Symboles poétiques, une colombe, des blue suede shoes préservées en souvenir du King Elvis, des maillots rouges, de la peinture rouge, et une passe de jeu. Il est vital de s'unir, vital vraiment de dire non, de changer de vie au sein de sa propre existence. Chercher autre chose. Des solutions nouvelles. Quand quelque chose ne marche pas, il faut chercher autre chose. Il n'est jamais trop tard pour cela. "On a toujours plus de choix qu'on pense".
Certes, on est loin de Raining Stones et de Ladybird, films terribles, dans cette comédie aux procédés parfois un peu naïfs, mais qui glisse entre le sourire et la gorge serrée quelques vérités essentielles : notre bonheur dépend de nous, d'autant que nous sommes souvent mieux entourés que nous ne le pensons.
Looking For Eric, sélection officielle du Festival de Cannes, sortie le 27 mai 2009.




