vendredi 30 janvier 2009

Les histoires d'une nuit

Cette nuit-là, je partage mon lit avec un Etranger. J'ai quinze ans. Il commet des actes absurdes. Avant lui : Claudine. Douze ans.

Sous ma couette, j'ai placé ma lampe de chevet. Dans le silence concentré, ma main caresse sa douceur, je respire son odeur grisante un peu usée. Demain, le lycée. Je serai encore en retard. Je serai encore en avance. Je serai encore sur la brèche.

Ce plaisir, crainte et secret mêlés. Peur de me faire surprendre, aguerrie pourtant à la dissimulation. Un bruit dans le couloir, et j'éteins. Sinon, c'est la porte qui s'ouvre, l'air contrit, ce n'est pas raisonnable, tu n'es pas raisonnable, tu vis une vie de bâton de chaise, demain tu ne vas pas pouvoir te lever il est onze heures il est presque minuit. Contre ma cuisse, l'étranger, sous la couette. J'attends une heure noire avec les sans sommeil et Macha dans le casque branché au réveil radio cubique. Enfin s'éteint la ligne jaune sous la porte. Je le retrouve. Mon histoire d'une nuit. Lue jusqu'au dernier mot, sueurs froides d'épuisement, lignes embrassées de fatigue. Ineffable plaisir.

Une nuit, Boule de Suif ou Feu Follet, le plastique de ma lampe fond contre l'ampoule. Odeur immonde et abat-jour lunaire crevé. Je retourne ma lampe, le lendemain. Un peu plus tard, l'autre côté. On me gronde.
Dorian Gray, Fleurs du mal, Fusées. Qu'est-ce que la peur à côté de ces frissons ?
J'irai cracher sur leur tombes. Enfant terrible terrorisée.

Le soir j'annonce mon coucher. Sortant de la cuisine, je fauche un poche repéré dans la bibliothèque. Ils ne sont pas prêteurs, j'emprunte malgré eux. Malgré tout.
Annie Ernaux, armoires vides, ce qu'ils disent ou rien. Les trois suivants gravés dans mon teint livide de collégienne. Je prête en douce à mon amie, la meilleure. Je replace les tranches bien vite. Les nuits blanches où les poches font le mur.

Pâques, maison de famille en bord de mer, je négocie une chambre pour moi seule. J'accède à un étage entier. Au lieu d'apprendre mes verbes irréguliers, j'entame la trilogie new-yorkaise. L'ivresse de trois nuits, ces trois romans. Beatles ou silence percé d'éclats de voix dehors. Happiness is a warm gun. Toute la nuit, je lis. Tout le matin, je dors. A mon réveil, je suis la risée familiale, qui fait des tours de cadrans. Quand on me demande l'heure de mon coucher, je mens. Cinq heures serait insurmontable.

Lycée. Je m'envoie Miller, deux Tropiques et un Colosse de Maroussi. Les vacances ensuite, m'enferment dès onze heures.
J'ouvre sans fin des pages. Souvent ivre. Je lis jusqu'à la dernière, achevant le livre avec la nuit. L'aube déjà tant pis. Je dors jusqu'à une heure de l'après-midi. La nuit brûlante, fenêtre entr'ouverte, le corps perclu, nuque ankylosée,  moiteur, à plat ventre, à plat dos, jambes au mur.
Cendrillon mi-nue, je gagne du temps de sortie, mais ne renonce pas à mes livres. Histoires ajoutées à la mienne. Dans mon chaos, réconfort noir et blanc.

Longtemps je manquais la fac de bonne heure. En prépa, verbiage, on nous tanne qu'il faut fréquenter les auteurs. Mon amoureux m'honore de mauvaises fréquentations. Toute la nuit, Chinaski boit. Bandini m'ouvre des mondes. Les beats traversent la nuit. Je deviens libre. La nuit remue.

Histoires d'une nuit, vampires, sorcières, clochards, princes, routes, souffrance, plaisir, enfance, émoi, amour. Voyage au bout de ma nuit.


mardi 27 janvier 2009

Faire Mouche

Fine-Mouche, vêtue de noir, j'écoute les Cramps, human fly à sunglasses démesurées, racines seventies, suis-je la passionnée sous le sourcil ou la baiseuse au coin de la bouche?
Oui, j'ai là un grain de beauté posé sur la lèvre inférieure, morgue et ironie mêlées.

Oui, je mouche des petits nez et vaque en intérieur aussi, circulaire flybaby (asticot, donc?) d'un site hideux : éloge de l'évier shiny shiny, ex-votos rayons mailing, les desperate housewives honorent en VO leur Flylady.

Depuis toujours je rêve téléportation, même Cronenberg n'a pas su me décourager de me lamenter des distances spatiales insurmontables instantanément - je fuirai seulement les épaulettes et les brushings.

Voilà pourquoi ma patte de mouche se raréfie, j'ai beau cyber-enculer les mouches (seule et même accompagnée), je pinaille et tisse du narratif et du rimé. Regard à facettes, antennes, voilà, I can fly now.


samedi 24 janvier 2009

Cordes

Envolées lyriques et semelles rafales, fille de l'air ludique, je m'adonne, dans l'air du temps, l'air de rien, à tous crins, absolue, aux plaisirs, aux harmonies soufflées par l'existence.

Sur le Pont Neuf, cheveux fous de vent, emportée dans la palette des gris percés de blanc, en plein vol mes pensées, ma traversée vibrante de ma ville, à toute vitesse sous les gargouilles basculées de ciel, yeux grands ouverts, coeur en chamade, la ville transpercée de musique.
Les cordes me retiennent, les cordes m'emportent, les cordes m'accompagnent, mélodies libératrices, cordes de ma vie.

Les fées marraines, l'une de paroles magiques, l'autre à la baguette archet frottée,  caresses sont leurs sorts. L'amour de voix velours, les mains en promenade sur le clavier, frappant à petites touches les cordes, connaissant la musique, pincements des guitares, cordes acoustiques.
Cordes frottées des violons de Craig Armstrong, des violoncelles - Bach et Badalamenti - caresses vibrantes et frottements des corps, sensuelles cordes.
Cordes pincées, ongles ou médiators, amplifiées, avec ou sans effet, nues et habillées, seules et accompagnées, les guitares me chantent, au doux jeu du pincement, je m'y entends. Compagnes de mes mots, compagnes des voix, quelquefois entente parfaite - les Smiths inégalés, Damien Rice solitaire - compagnes de mes états d'âme.
Cordes frappées enfin, mains amies qui me touchent et mains prodiges qui jettent quelques notes et me frappent palpitantes en plein coeur - Jack White, Gonzales et Erik Satie - les pianos me jouent des tours de magie.

Musique de ma vie enfin, échange, don et entente, les cordes vocales, du murmure discret ami aux rires en cascades, des voix flûtées où rien ne sonne faux, les confidences et les éclats, les timbres téléphoniques et les silences des sourires bien grands, les souffles et les râles, la voix m'importe et m'emporte, contenant signifiant. Des graves de Nico aux aigus de Bowie, en passant par les crooners, ceux qui feulent, ceux qui crient, ceux qui mugissent, ceux qui déclarent, ils me chantent, et à ces cordes éperdue ou cramponnée, libre et vivante, je savoure l'harmonie.


jeudi 22 janvier 2009

Let's Glam at the Glaz'art


Vernie comme une poule, la blondie shooteuse, pony tail, yeux charbon, iris et robe Klein dans cuir écrin, pépiante, sertie et souriante, tout de suite me reconnaît de ne m'avoir jamais vue. Aux murs bétonnés gris, elle accroche des scènes rock, cet esprit capté captivant qui m'a poussé vers elle. Lovés sur des guitares, amplifiés, cris munchéens ou cheveux en plein vol, la scène, la sueur, le son, plaqués au mur. Ce soir c'est vernissage, One Shot SPK, collectif rock, quatre groupes, deux photographes, un pochoirtiste et un peintre hybride aux acryliques entoilées. Ici Pete Doherty, là Nick et P.J., autour, nous.
J'arrive à demi-sourde d'injections solitaires folk, rock, pop, la converse rose ivre déjà de glissades étourdissantes, Feel The Love sur le tapis roulant interminable de Montparnasse, et White Winter Hymnal en paliers dans les escaliers. J'arrive solitaire, après une traversée souterraine au long de Paris, il est si tôt dans la nuit glacée, l'avenue de la Porte de la Villette, grand désert bétonné aux frontières de mes murs, où le Glaz'art tout neuf stationne en service au numéro 7. Les silhouettes sombres -le dress code implicite : manteaux et cuirs noirs-  convergent. A l'intérieur c'est gelé, rectangle bétonné, écran sur le côté, étrange équipement pour une si petite salle, néanmoins utile au moment des concerts.
Aux gris et noirs froids, la chaleur des sourires, les bandes de copines, les blagues des amis, l'humour involontaire de Single-Bollock, le type à boule de cristal posée sur la tête pour être vu en posant pour voir, et puis ceux qui font vraiment leur arty souterrain. Où l'on pourrait voir deux ingénieurs, quatre parents en goguette, des chercheurs d'emploi et des allocataires familiers, braquons les rampes de spots sur un musicien, des photographes, des journalistes, des écrivains. Underground, mais bons. Méconnus, mais à venir. Future.

Les concerts s'amorcent dès vingt heures, mais triste SIRE tente le maladroit : "Ouais criez SEXE quand je vous le dirai!", avec le résultat que l'on peut deviner dans cette ville où un Biolay en première partie de Placebo récolte trois applaudissements clairsemés... Je croise des tas de gens, souris à des bandes, me planque : ici les objectifs sont légions, photographes par poignées entières au bord de l'étroite scène, téléobjectifs dans la salle ; le bar sert de refuge le temps de siroter une bière ou deux, d'apprendre d'un phocéen dans la fosse que les jaunes là-bas coûtent moins chers mais que nos sandwiches sont meilleurs et qui remplace à verbe haut les blagues boudées des carambars, d'entendre du photographe Sebtix qu'il prend des clichés "où il ne se passe rien" (jugez-en). Les plombs sautent deux fois pendant la prestation de 21 Love Hotel, intéressante formation avec contrebassiste, batteur, guitariste (beautiful red guitar and ska hat, Frédéric), où Clémence évoque Beth Gibbons - ce qui ne gène qu'au moment de leur chanson The Ballad Of Loreley, trop proche à mon goût de Glory Box dans sa composition. Derrière moi, un duo crie "allez-y, chantez I wanna be your dog maintenant!", et comme par magie une intro qui tient du passenger enchaîne.
J'achève mon tour de salle avec une conversation autour d'un magasine virtuel super classe, pendant que Chloé joue les stars pour OUI FM, puis je me jette dans le métro avec Morrissey.

(Il est si tôt quand je rentre de ma traversée que j'enchaîne at home sur un after avec charming, wow, life rocks).

mercredi 21 janvier 2009

Shiny Shiny

Almost running the streets
Famous stones and concrete
Almost private my sheets
My new fame to secrete

So I won't cross the park
To keep the shiny shiny
I won't dirty the dark
Pure black under my knee
My boots of leather shiny

Almost floating and sweet
Happy, young and complete
Glowing of whom I meet
Hot with my lover's heat

I can hear every bark
But keep the shiny shiny
They can't bite they can't mark
Even dark is sunny
Pure and clean beauty shiny

Monuments at my feet
I've nothing to delete
The city stands so neat
Capital for elite

I can glow in the dark
I keep the shiny shiny
Enjoy spark after spark
How delight is horny
Light my fire you shiny

 



mardi 20 janvier 2009

Le Flamant Noir


Bottée, je me cyber baladais sur myspace quand le radeau de Captain Kidd m'a médusé l'oreille. Son set de quatre titres - enregistrés dans son armoire, hélas - coula vite de source dans ma bande son d'écriture. J'ai rapidement saturé de ce son épouvantable sur la toile et cherché à m'offrir les chansons du marin de folk douce. Tombée dans le terrier, je vis même du rap sur les étagères, avant d'atterrir en pleine party dans la joyeuse liesse de stillmuzik, e-label débutant. Redoutable petit catalogue (en expansion depuis) de pépites choisies avec amour, ce flamant noir (pourtant nourri aussi aux crevettes nippones de Los Blinds) propose des trésors au pied de son arc en ciel tout de rose déployé.
Je fis ainsi une place à mon nouvel EP dans mon i-tunes et mon i-pod, pour le prix de deux kilos de clémentines, filet partagé entre musiciens et label sur le principe du fifty/fifty, au bon plaisir du prix fixé par l'acheteur. L'aventure et les choix, tant éthiques qu'esthétiques, du black flamingo, me tenta, d'autant que dans ce jeu personne n'est croqué.
Une sympathie mutuelle se révéla dans le marc de café de la rive gauche, où il fut question entre autres d'écriture, de NY, des Beats, d'internet et de beaucoup de musique. Des textes contre des chouquettes, des chansons contre des sourires, et voilà qu'entrent dans mes longues traversées urbaines et mes plages d'écriture la lounge classy de the BIG KNIFE, le son seventies  hallucinant des titres rocks de Yokohama, l'accent superbement cockney de Joseph and the Jellied Eels, les mixages intergenres du londonien Dan-D et la pop rock british de Stephen Paul Basford. Et j'ai l'immense joie d'avoir découvert la belle voix et les mélodies suédoises de Felix Wickman.
Sur le versant folk, pop et rock, j'offre quelques chroniques et interviewes, dans cette ambiance joueuse et amicale. La party ne fait que commencer, et je crois que tout le monde va gagner. Voici ma sélection, enjoy.


Découvrez the BIG KNIFE!


lundi 19 janvier 2009

Webside Story

Lutecewoman n'a pas d'amis. (Deezer)

Mes amis (145) - myspace

facebook : 39

Vraie vie : ne sait plus où donner de l'amour. La grâce plein les poches, les sourires à tous les coins de jours, les cadeaux aux oreilles, les mains, les mails, les amis. Je n'en peux mais. J'en peux encore. Joie de recevoir.

Portrait chiné pioché de ci de là.
Si lutecewoman était un conte ? Alice in wonderland.
Si lutecewoman était un personnage de lucky luke ? La pas commode Calamity Jane
Si lutecewoman était un dieu grec? Dionysos, Dieu du vin et de l'ivresse.
Quelle note donnerais-tu à lutecewoman pour son amitié? 5/5 (yes, give me five)
Si lutecewoman était un artiste? un conteur.



Que pensent vos amis de vous.
penses-tu que lutecewoman a déjà menti pour éviter un rv galant? oui
penses-tu que lutecewoman a la classe ? oui
penses-tu que lutecewoman a déjà collé un chewing sous une table ou une chaise? oui
penses-tu que lutecewoman est facile à vivre ? non
partirais-tu aux seychelles avec lutecewoman ? oui
est-ce que lutecewoman est moche ? non
penses-tu que lutecewoman doit arrêter le chocolat ? non

Demain, musique et blackbird.
Au plaisir.
Aujourd'hui,  plume.





vendredi 16 janvier 2009

Number Six Broke Free

Un village trop propret, les maisons aux glaçages multicolores, et dedans, des micros, des gens comme des pions, une hiérarchie aux règles incontournables mais inconnues, tout faux pas se découvre avec son erreur. Et si le long de la plage on s'échappe en courant, un énorme ballon blanc vient vous rattraper avec un son strident, vous jetant au sol, perdu, et vous isole à nouveau dans votre chambre.

Number Six. Hier, Patrick Mc Goohan a fini de vivre. Le prisonnier s'est échappé. A jamais enfermé dans ce rôle magnifique et ambigu de la fin des sixties.

Number Six. Un six juin, je suis née, plus tard. Et dans l'image d'épinal, le glaçage des murs en papier peint : orange ma chambre partagée, mauve celle des Number one et Number two, verte la cuisine, et puis bleu tout le reste. Bleu aquarium. Sans branchies, noyée, étouffée là, les objets toujours plus important que les gens. Le monde dé-chanté et pas à demi.
Changer de toit ajouta des mètres carrés, mais la surveillance toujours étroite, les règles toujours inconnues, la noyade toujours assurée. Pas très propret, le Village bleu dans la ville rose, très encombré, le Village. Number One, bien occupé à épier sans répit ceux sur qui il a les plein pouvoirs. Enregistrés à leur insu. Surveillés en permanence. Un oeil sur le courrier, des questions sans cesse, le jugement -quolibets compris- sur les notes, les amis, les ennemis, les centres d'intérêt, les vêtements, le corps, l'attitude, la nourriture ingérée ou pas. Une main sur la télé le soir pour vérifier qu'elle n'est pas chaude, que seul Number One peut l'allumer et décider qui regarde quoi et quand. Les livres qui croulent des étagères, les K7 par centaines, les vidéos, personne ne peut rien toucher.
Les appels téléphoniques listés sont cochés, qui appelait qui et quand? Combien de temps? Comment l'argent est-il dépensé? Number two s'en réfère à Number one, lui narre les attitudes, demande soutien et aide pour redresser les torts.

Dans la vitrine proprette, un gros noeud blanc dans les cheveux, Number Six pose. Pas comme ça c'est moche, ferme ta bouche on voit ton appareil requin, ferme tes jambes quand je filme, oh ça va, je peux montrer ce film où tu faisais pipi à nos amis, hein. Ne mets pas ton bras comme ça, enfin, que fait-elle comme si j'allais te frapper! Non mais le martinet, ils lui coupent les lanières de toute façon.

Un beau jour, Number Six s'est tirée et elle a commencé sa vie avec a free man. Number one peut toujours courir sur la plage avec son adresse IP récurrente et ses mails, cyber-épier, son ballon blanc ne couvre même pas les rires off-shore, et il se crève là comme une vieille capote usagée.

jeudi 15 janvier 2009

Air

Quand ma vie pèse mille ans, que les comètes me filent au lieu de me coller, je prends l'air.
En partage aujourd'hui, un peu d'air guitar. Enjoy.


mardi 13 janvier 2009

Faith Dropping


What would be life without Church?
asks a poster in the lobby
let me think let me search
More beautiful less complicated
answered an atheist bee
A zealot with an avenger arrow added
Oh shame on the one who wrote that down!
A Church by the sea in a small town

Inside a man is dead for sin
red drops lining his skin

You could read there before
and maybe the sentence is still
close to the wooden door
Animals are not allowed
They don't know where they are
And I confess that for real
whispering not too loud
I don't have a clue so far 

Inside a girl stood in fervent appeals
salted drops crashing around her heels

It's midnight at the unalarmed clock
from the sea the glowing bell tower
Stands and dives from the dark rock
into the moving mirror of water
God only knows how deep is His power
Either bells toll the knell
or celebrate new daughters
What would be life without Hell?

Outside a woman is laughing above
bitter sweet drops of pure love




lundi 12 janvier 2009

They Made My Year

Il y a une bande son originale à mon année dernière. Déroulée au kilomètre sur les trottoirs parisiens, les dalles new-yorkaises, posée en pleine forêt, lancée au nord, sud, et ouest, propulsée à très grande vitesse sur des rails, assise contre une vitre, allongée, éveillée, endormie, sous le soleil ou dans le vent, les pieds dans l'eau, sur les toits, matin, zénith et nuit, seule et bien souvent accompagnée.
Des heures de plaisir, à écouter ces mélodies et ces voix. Une demi-journée d'hésitation souriante de ce plaisir de dresser pour vous ma liste. Les albums de mon année 2008, et même mon titre préféré sur chacun d'eux (il y a eu de nombreux glissements au fil des écoutes, de quoi auto-débattre et se régaler une fois encore).

Je les ai dansés, je les ai chantés, je les ai entendus mot à mot, note à note, j'ai adoré les guitares, les drums, les voix, les textes. Thank you, creative people. Life tastes better with you.

(Once again, my top is on eleven. Eleven. Oh, and they are NOT in a special order ;) ).<

Découvrez MGMT!
leave me some comments, will you?

samedi 10 janvier 2009

Friande






- Tu vas voir, je vais te pulvériser!
- Non, déconne pas, Manzelle crie : Vas-y maman, défends-toi! Tu perds trop!
- Ben c'est pas grave, dis-lui que c'est toi qui gagnes -même si je viens encore d'aligner quatre saphirs et pan !
- Non elle a compris, elle pleure presque tellement elle voit comme je suis nulle! Allez laisse-moi gagner un peu, quoi!
- Non, je suis la reine, l'impératrice, la grande prêtresse de Diamants, salue ma grandeur.
- lol, t'es con.
- lol, non, je suis la meilleure.
- mdr, attends, j'ai une contraction!
- déconne pas, j'ai pas encore acheté la dent de requin pour le cadeau de naissance de Rahan, c'est pas le moment !
- mdr
- mdr. (hé, mate un peu, je viens de faire quatre lignes d'un coup, vlan!) :D Diamonds are a girl's best friend !
(pause)
- ouais, mais je gagne! mais réveille-toi, j'ai au moins 40! tu fais quoi?
- je mange un peu de pain et de fromage (une demie baguette lol)
- lol, tu me donnes faim, mais j'ai déjà goinfré tout mon chocolat...
- attends tel
- ok, je file donner son bain à Manzelle.
- bisous plein de miettes
- bisous affamés.

- T'es là?
- ouais.
- tu veux jouer à Diamants?
- ça va t'étonner mais non. Je me demandais ce que c'était cette histoire de massage du périnée. Je regarde sur google là, mais ça m'éclaire pas des caisses. Bah, mais c'est dégueulasse, non?
- Mais non, t'en fais pas, regarde pas ça, je vais t'expliquer comment tu peux l'assouplir si tu veux. C'est tout simple, mais c'est pas obligé hein, tu fais si tu le sens et je sais même pas si c'est très utile.
- cool, j'adore quand tu m'aides :D
- avec plaisir. Tu as de l'huile d'amande douce?
- non?
- bon, tu prends ton huile d'amande douce, tu t'en mets sur le pouce et l'index de la main droite, et là, tu vois, tu prends le gras de ta main gauche entre le pouce et l'index et tu masses.
- ...
- Tu me reçois?
- ben, ouais, mais il est où le périnée?
- mdr, imbécile!
- mdr ha ben merci :D J'aime comme tu expliques trop bien aux copines, Shalima! T'es vraiment sans pitié, moi j'ai pas encore eu de lutin, hein!

Shalima, petite violette de ma ville rose, c'est sur la toile que je l'ai rencontrée. Mais comme disait une autre des ex-futures-mamans cintrées de notre liste de discussion : "Je suis persuadée qu'on rencontre toujours sur internet les gens avec qui on serait devenus potes dans la vie." Non contente de cette expérience-ci, j'ajoute et précise même qu'internet permet souvent de réparer les erreurs de casting et de hasard de nos vraies vies.
Shalima, lycéenne dans le bahut concurrent du mien, à trois empreintes de babies, se fournissait des mêmes 501, se nichonnait sans doute comme moi aux Nouvelles Galeries, et bien des fois sans doute j'ai du faire la queue derrière elle pour acheter ma chocolatine à la boulangerie.

J'ai inauguré le Bikini, depuis pulvérisé lors d'une explosion d'usine en septembre 2001, elle y dansait les bras en l'air. Mais je n'avais d'yeux que pour Charming...

Combien de fois nous sommes-nous croisées au juste avant de finalement nous coupdefoudrer amicalement, éclatant de fou-rire, d'émotion et de plaisir dans nos maternités nouvelles? La première fois que je l'ai vue en vrai, il faisait quarante degrés et je lui ai montré mes - énormes- seins. et nous avons ri tout du long, avec nos amoureux, nos bébés très surpris du haut de leurs trois mois à peine, et j'ai travelotté le doudou de Manzelle - qui fêtait ce beau jour ses tendres trois ans, les pommettes écarlates, le sourire radieux - du tulle qui emballait les dragées de baptême de ma lutecegirl. Et tout de suite bien sûr, c'est avec tout son pack de famille que je l'ai aimée en vrai.

Depuis, un million de coups de fils, mails, listes de discussion, cafés-cocas plus tard, Shalima s'est émancipée, et femme jusqu'au bout des stillettos (je ris d'avance, elle va se récrier qu'elle a su rester simple), elle vient parfois pour ma plus grande joie me squatter le couvert et le gîte, ce qui me permet de lui exhiber mon short fendu turquoise - dans lequel je fais ma nuit et non mon aérobic, en lui proposant une petite centaine d'écoutes des titres de Cut Copy.
Soulignant volontiers ses réticences eighties, en adhérant à tous mes revivals, elle essaie des bottes marrons plissées que ma Barbie Disco exhibait en 81.

Elle revient au lutece's, à nos nuits sans sommeil, à nos dîners-spectacles avec légumes et gin-tonics. Quand je la traîne à la porte de l'enfer, elle en redemande, et se retrouve aspirée dans les tuyaux de Beaubourg comme une stardust dans le dyson. Et je pars carrément à l'ouest pour la célébrer, l'encenser ou l'envahir.

Ma friend Shalima, avec qui je m'ennuie fort comme en témoignent les images émaillées de notre émail (diamant). Ma friande, à ma bouche Nougaro-like.

vendredi 9 janvier 2009

Cynical Bitch

They don't forget me
While I don't give a shit
They remember me
At silly moments
At the butcher's
Facing pink meat
Trash memories without comments


I used to be a cynical bitch
Don't get too close
Don't try that critical wish
Don't rewind till the rise

Wet Friday hot Saturday
Crashing into crowded dark
I walked my lonely way
Bumping leaving my mark

I used them just to see
How too far I could get
Suffering no mercy
Suffering no regret

Long-legged comet of youth
Too hot too high too fast
Commitments in my mouth
Are for the very last

No pity on strangers
Broken furry animals
Oldies old-fashioned dangers
My life is summer and their falls

jeudi 8 janvier 2009

La Grenade


Aux klaxons hurleurs, signal du changement de feu, du droit de passage, répond une belle voix grave depuis l'intérieur d'un sac géant au monogramme luxueux :
- Ca va bordel de merde, vous allez pas crever si je me jette pas comme une dingue avec tous ces cons. T'as vraiment une tête d'abruti, tu vois pas que je cherchais juste un truc dans mon sac hé connard?
Oui allo? Non c'est rien j'avais paumé mon portable au fond de mon panier, attends, y a l'autre excité qui n'a pas d'amis, il sait pas ce que c'est de répondre à un coup de fil (Ouais c'est ça abruti, tiens kiss my back).
Ok je gare le pick up, tu crois que ça craint si je me fous sur livraisons? Ils vont pas livrer un lundi alors que tout est fermé, si? Merde j'ai plus de batterie, je te retrouve au Divan, c'est où? Rue de la roquette, rue de la croquette, allo?

Rempochant son gadget inutile, elle ouvre une portière haute comme une fenêtre, présente une tiag noire, déroule ses jambes dans un lent mouvement feu lady Di-like, épaule son sac, se ceinture le trench et d'un levé de menton répand la totalité de sa blondeur élégante sur ses épaules.
Elle trottine ensuite, riant déjà du plaisir de se retrouver avec son amie, présentée en vitrine sur fond industriel et velours, l'anse de sa tasse pincée entre son index et son pouce tel un téton de Gabrielle d'Estrées.

- Jolies babouches! lui rit-elle
- ha mais quelle branleuse! Quoi, elles sont belles, non?
- oui, ça fait très Bashung va au souk... Mais non, va, elles sont mortelles, bonjour ma Grenade.
- Tiens je vais prendre un café moi aussi. T'en veux un autre, Lutèce?
S'il vous plaît, on peut avoir deux cafés? merci!
C'est chouette ici, ha ouais ça me dit quelque chose...
- Ouais c'est un peu hype, tu l'as peut-être vu dans madame Figaro ou dans Paris Dernière, et leurs toilettes en béton ciré, je me suis construit les mêmes dans les sims avec un patch "prison".
- Oh des spéculoos, j'adore ces petites saloperies!
- Toujours la Tourette?
- Toujours, attends regarde : braaarrr (elle sourit les dents couvertes de spéculoos, derrière sa manche).
Hilare et traîtresse, sa copine la flashe à la vitesse de l'éclair.
- Nous afons les moyens de fous faire parler, imite-t-elle si mal que c'est plus La Linéa que Papa Schultz que cela évoque.

Et leurs rires en pagaille, envolés comme plumes d'oreillers batailleurs, leur chantent combien c'est bon d'être amies et leur gazouillent la vie.

mardi 6 janvier 2009

To me Zodiac is a boat

L'année 2009 sous le signe de la disette ascendant stock de pâtes et de farine (les machines à pain seront plus roulées dans la farine que les manuels, légèrement sniffés). Attendez vous à avoir faim à plusieurs moments clés de vos journées.

La lune sera bien couverte au début du premier trimestre. Natifs du début de l'an, attention aux engelures pour vos anniversaires! Les natifs du printemps bénéficieront d'une influence positive du mercure, permettant ainsi à la lune de se révéler dans toute sa clarté.

L'année sera ardue pour les pervers narcissiques, l'opposition et les alliances en liesse solaire, les constellations familiales les freineront.

Pour tous les autres, il y aura de la jouissance à foison, l'amour se versera à grand glou-glous et l'amitié s'ébaudira.

Santé : oui.

(Divination gratuite, étoiles à venir, pour plus de détail, consultez mon I-pod)

Love divine, tiens.


lundi 5 janvier 2009

There Is A Light That Never Goes Out

De nature vivante, les fêtes de la nativité, éclairées à la flamme, pelotonnées dans leur blanc manteau, règnent royalement.
Sissi Impératrice éclate de ses robes couleur de soleil technicolores  tandis que la flambée de l'âtre me rougeoie la nuque, les têtes couronnées de mes lutecegirls racontant l'enfant roi dans sa mangeoire : Noël. De la chaleur élitiste, du kitsch ; scintille le chemin étoilé qui mène au premier dimanche de l'année neuve, quand les rois mages apportent leurs présents au tout petit enfant.

S'enfourner une galette, se disputer une pépite dans des dessous de table tricheurs, photographier des diadèmes en carton, tirer le King himself à banane et voix d'or avant de bazarder le résineux sur lit d'épines, la carte des desserts du festin mérite du neuf pour l'an neuf. Joyau de la Ville Lumière, le Palais du Louvre sera fève, musée royal et somptueux où à grandes pompes entre le soleil aux fenêtres et cours rénovées.
Tant de visites précédèrent ; c'est à pas promeneurs que nous arpentons un peu au hasard et à l'envi les longs couloirs, les remparts ensevelis, les escaliers dorés. Nous remontons le temps, le bronze et l'or, la pierre, puis la toile.
La galerie de portraits des Rois de France, de Jean Le Bon à Louis XIII au sourire maniéré à la Dexter, un brin fushia, en passant par François Ier portant sa galette à même la tête. Les ors et les dentelles, les lumières. S'enfilent ensuite les salles où, monumental ou bien discret, le Christ traverse les saisons et les âges, tantôt crucifié, nouveau né, honoré par les rois, à table, décroché, pleuré, vénéré, pouponné. Dans tous ses états, le petit Jésus.
Devançant les Lumières, nous traversons le champêtre Poussin et ses mordorés, Le Sueur tombé dans les pigments à couleur primaires -les bleus criards et rouges piquants se jettent aux yeux.
Tout à coup, merveille : à la bougie, doucement, hors de la pénombre, se révèlent aux yeux ravis les visages, les carnations cireuses des chairs, les clairs-obscurs des étoffes. A ces flammes superbes chatoient la tricherie aux cartes au-dessus de la table, les natures mortes qui en palpitent encore, et le Jésus mignon emmailloté, adoré des bergers du XVIIème siècle. Régnant avec délicatesse, Georges de La Tour luit de tout son talent, hallucinant génie, et en cadeau ce dimanche offre à jamais la grâce, ce trésor.

samedi 3 janvier 2009

Se Résoudre

Voici le marronnier glacé de début janvier. Les bonnes résolutions. Comme s'il fallait se résoudre, comme si nous étions problèmes.

Bien, voici donc à quoi je vais me vouer en 2009. Je vais écrire. Parce que c'est trop bon d'écrire. Je vais bosser avec des gens que j'aime. Je vais rire avec mes amis, je vais rire avec mes enfants, je vais rire amoureuse. Je vais boire du bon vin et me saouler un peu, je vais profiter de ma vie sans modération (parce que anyway, vivre tue). Je vais danser, je vais chanter.

Je vais écouter de la musique. Plein. Je ne vais pas me gêner pour le dire si c'est nul, pour le dire si c'est bien.

Je vais lire des bons livres, et seulement des bons. Et je vais les prêter, ensuite.

Je vais écrire des poèmes érotiques ou pas, parce qu'ils me naissent sous les doigts presque malgré moi.

Je vais manger de très bonnes choses, je vais cuisiner quand j'en aurai envie. Je vais bien me soigner depuis le temps qu'on me dit de prendre soin de moi.

Je vais de temps en temps regarder la télé ou lire la moitié de la nuit.

Je vais être amoureuse comme dans les romans, mais en plus intense et en plus fun.

Je n'irai pas à la piscine, sauf pour y voir la mine extasiée de mes enfants. Je ferai du yoga quand j'en aurai envie.

Je ne prendrai rendez-vous qu'avec des gens que j'aime, j'irai où ça me chante, je me caféinerai copieusement.

Je dirai ce que je pense si j'en ai envie. Je m'en irai si c'est pénible.

Je vais être hédoniste parce que c'est bien la moindre des choses quand la vie vous gâte comme elle m'est cadeau. Parce qu'on a déjà assez de saloperies à surmonter, de corvées à se taper, pour ne pas en plus jouer à se mentir, à se punir, à s'en vouloir.

Au plaisir, ainsi.