lundi 13 juillet 2009

All-in : 2 minutes in Vegas. #3 A bit Late



A mon âge. Après tous ces hommes. Je n'en veux pas, moi, de ça. Qu'est-ce que je vais en faire, moi, de ça. Voilà, les hommes, je les aimais bien, je les aimais fort, nous avons fait bien des amours physiques très belles. Ils sont mes amis, mes amants.
Et voilà. A mon âge. J'étouffe de ne pas le voir sans cesse. Cette passion. Mon compagnon de toujours, il est là, comme toujours. Ce frère. Ce colocataire. Ce partenaire de télé, de casino, de restaurants le dimanche à midi. Menus steaks et homards sur nappes crèmes. Il me suit. Je croyais l'avoir aimé. Je l'aime beaucoup. Je ne sais pas. Il est là. Je suis là. Nous meublons nos vies, là, ensemble, lui est là, je suis là. L'acquis, l'immuable. Pourtant ça fait longtemps qu'il ronfle dans sa chambre. Moi dans la mienne je lis. J'écris, aussi, à mes amants souvent. Lui aussi a connu d'autres femmes. Nous sommes très discrets pourtant, il ne sait rien de précis, pas de noms, pas de visage, et moi non plus. Je ne sais rien. On n'était pas parti comme ça, pas du tout. Il s'est même mis à genoux, sur la moquette, au restaurant, pour m'offrir un diamant. Les gens ont applaudi. On s'est marié très vite, c'était drôle, et on est allé écouter Elvis. J'étais contente quand même, de me marier avec lui. Le sexe était bon. Il était gentil. Il est gentil, toujours. Il m'apporte mon jus de fruit et mes vitamines, une rose sur le plateau, il me sourit.
Et moi je pense à lui, cet autre. Tout le temps. Le matin, je pense à lui, à ses mains, à ses mots, je pense à son air, cet air qu'il avait quand il a badiné avec moi autour du tapis vert. J'ai envie de lui, de ses mains sur moi. Je sais bien que je lui ai plu. Même si jeune, il a aimé ça, m'amener dans sa chambre. Seizième étage. Je crois que je suis restée là, au seizième étage. Ce besoin, ce manque, j'ai envie de pleurer dès que je n'ai pas de nouvelles de lui plus d'une journée. Ca me dévore, ce sentiment, ça me dévore totalement, mais je ne veux pas de ça. Pas à mon âge. Pas moi ! Et pourtant, ce que je veux, ce que je veux vraiment aussi, au fond, ce n'est pas seulement le retrouver tout à l'heure. Ce que je veux ? Là ? M'évanouir. Un Coca light. Qu'il m'aime aussi. Il faut vraiment que ça m'arrive, à moi, maintenant ?

Les photos inédites, non libre de droits, de toute la série All-in : 2 minutes in Vegas sont à découvrir chaque lundi, ensemble et en plus grand chez Eva E. Davier

jeudi 9 juillet 2009

Urbains

Les commerçants de bouche plantés en devanture
En coeur les lèvres : fille ! regards ou vrilles : hé !
Suspendus dans les airs, sifflent les ouvriers
Echafaudent des plans, s'inventent l'aventure.

Les serveurs noir et blanc plaisantent en passant
Offrent une blague en sus en versant les liqueurs
Sur le trottoir étale valsent les joli-coeurs
La gouaille de Paris l'été pas un pas sans

Les marchands qui vous tendent avec le sac de pommes
Du salace au kilo au dessus des salades
Le Français ohlala alourdit la balade
Passantes excédées klaxonnées pleine paume
 
Japonaises gênées fins doigts devant leurs rires
Entendent sans les comprendre une débauche de mots
Tout droit bien nationaux de l'almanach Vermot
Descendus dans les rues pavées pour y pourrir

Les lunettes protègent du soleil des regards
La musique aux oreilles recouvre avec amour
La parisienne urbaine et préserve l'humour
Aveugle et certes sourd dans ce muet ringard.

mardi 7 juillet 2009

Le Relais de la Butte.

Tout droit, la butte, ascension, but exceptionnel, posés moineaux Doisneau sur la placette pittoresque. Débaroulent les pentes de nos pensées, les pavés devant nous mignons et inégaux, où l'on se tort les chevilles. Les pavés à venir. 
Dans la moiteur du matin, ensemble, suspendus au-dessus de tout, assis sur le toit de la ville à nos pieds répandue, ici le temps cessé dans un répit, souffle. Etendre les jambes, s'entendre, s'écouter, écouler le temps précieux très très doucement. Les âges suspendus dans ce village. Les pages supposées, l'à venir.

Sous le grand parasol, à croquer ma famille, carrée la toile tendue au-dessus de nos têtes. Sirotant nos boissons, le sirocco urbain dans nos cous susurré, on se baigne de soleil tamisé.

lundi 6 juillet 2009

All-in : 2 minutes in Vegas. #2 First Time



Ouais il va me kiffer. Alors mon plan, je continue à pas trop le calculer. Ouais. Mystérieuse c'est ça. J'ai vachement peur. J'espère qu'il va piger, un jour. En fait, je vais faire la queue au ciné à côté de lui et comme ça je vais m'arranger pour m'asseoir à côté de lui. Ouais. Très bien ça. Je vais mettre mon gloss à la pêche. Ha non. Sinon, après, ça risque de coller. Il va pas oser. Alors je vais mettre du ricil. Mais du waterproof alors, si jamais je pleure. En fait je vais acheter du pop corn et comme ça je mettrai ma main en même temps que lui dans le paquet. Il faut un truc romantique. Comment je dois mettre ma tête ? J'ose pas dire aux autres que je sais pas, alors je sais pas à qui demander. Je vais aller mater sur internet. Ouais. Ouais, je vais aller regarder comment on fait. J'ai envie que ce soit trop beau, comme l'affiche géante sous le Paris, quand maman m'amène à l'hôtel où elle bosse, les jours où elle veut pas que je reste seule. Je rêve qu'il m'embrasse comme ça, c'est trop beau.
Alors en fait, je vais mettre aussi ma mini robe. Ou alors mon pull rouge. Putain, je sais pas choisir. Je crois qu'il va m'embrasser. Oui. Il va poser sa bouche sur la mienne. Ouah ! Sa bouche ! Sa bouche elle est mortelle, je le kiffe trop, il est trop beau !
S'il le faut en vrai il est déjà accro, des fois, je le mate en cours, et des fois lui aussi il est en train de me mater. En plus il me trouve trop cool. S'il le faut il me kiffe déjà trop et en vrai il ose pas me le dire !

J'adore trop quand il met son jean avec sa chemise, il est trop classe. Elle déchire sa chemise, et comme ça je vois son cou en maths, j'adore trop en maths, je kiffe trop comme il me mate. Il me fait trop rire aussi. Ouais, bon, on traîne ensemble depuis Noël, ça va le faire. Putain, c'est lui ! Je vais mourir raide là, ouais, allo, ouais, ok, salut, hmmm, bon, ouais, deux heures aux fontaines du Bellagio, ouais, ouais, ok, oh, rien, haha, t'es grave, bon, ouais, j'arrive, ouais kiss, allez à toute. Oh putain, oh putain, elle est où ma robe, là, merde, je vais encore être à la bourre ouais en même temps faut pas que j'arrive avant lui sinon il me voit pas arriver. Putain, j'ai chaud, je le kiffe trop, je le kiffe trop, il est mortel !

Les photos inédites, non libre de droits, de toute la série All-in : 2 minutes in Vegas sont à découvrir chaque lundi, ensemble et en plus grand chez Eva E. Davier

vendredi 3 juillet 2009

Le vrai n'est pas toujours vraisemblable

L'été s'annonce über-réaliste. Légèrement A. U. et à ia.

Activités de plein air, se nourrir au grand air de bon grain et dits vrais.
Tartes en terrasse. Piques nique.

Mouches, mais même pas peur de passer la journée entière dehors. Jardins à la française, demoiselles multicolores en chanté.

Lalali haletant, allant hâlant, hop lollipops et pop.

Fêtes, buffets, célébrations variées. Chaises sur les trottoirs et dans les cours, bancs, publics et privés. Chats sur les toits dans la nuit.

Fêtes convenues aussi. Bonnes pioches, têtes de pioches, tables moches et mauvais manger. Oups, perdre au jeu de confort, tenter le diable aussi, goûter la tarte naïve. Oeuvre de sadique ? Erreur de pâte à sel ? De la nourriture pour de rire, ne pas vomir sous le préau.

Libres, enfin.


jeudi 2 juillet 2009

Rien.

Planche sur mer de palabres, le blabla de la tête, pensées ici, là et aussi plus profond, va savoir, musique, couleurs, goûts, souvenirs, tout à la fois, indomptable, sauvage. Le renoncement à dresser tout cela, à ordonner. Accepter le chaos comme postulat, voilà, s'y tremper, le vibrer, plancher, donc.
Tout à coup, l'amère amarre, tout à coup le silence, l'absence, le rien. Tout à coup le sel, les larmes, rien à en dire, rien à ajouter, rien. Plus un mot. Peut-être une voyelle. Ah. Même plus un étonnement. Le constat du silence, et la douleur. Ni corps, ni pensée. Peine. Peine seule, concentrée, condensée, là, indicible. Ha. Pas un mot, pas un sens, pas une issue. Inutile. Absente. Au-delà du doute. Même pas mort. Seulement, ha, le silence nu, la douleur écorchée. Ha. Vide.

Noir. Absence de couleur. Néant. Rien.

(Tout autour,  pourtant, on sent, les mots, les gestes, les regards, les mains. Quelque part leur odeur. Ailleurs encore, mais tout autour.)

Au centre du calice, douleur. Dense, presque tangible, mais qui n'existe pas, qui ne peut être dite. Sens aboli. Sens disparus. L'anesthésie du réel, horrible, un mal indicible, donc.

Attendre. Sans repère. Ah ?

(Alentour, de l'amour. Concernés, présents, vivants, sourires, affection, lien, paroles. Havre. Alentour les mots, tout près, très près.)

Silence. Un silence très long. Dure. Puis, une certitude : il cessera. La certitude qui fissure la douleur. La divise, la fragmente, la remet à sa place : allonge-toi, voyelle minuscule. Petit a, petit tas de poussière, souffle, pulvérise, détonne.

En torrent, on les entend gronder. Les mots. Les verbes. Les agissements, les sensations. Mille cosmogonies cessent d'agoniser. Ecoute. Brûle. Dans le chaos, des mots indénombrables, sens en éruption. Parole revenue, à peine. Dire, ha, dire enfin, à peine, la peine.

(La foi autour se presse tout contre. La foi bien fort contre soi. On pressent du beau, du délicat et du doux, magnifique, on pressent ce moment où l'on pourra même nommer l'indicible le plus ténu.)

mardi 30 juin 2009

Hors du temps : The Dead Weather


The Dead Weather, c'est par excellence le fantasme type du rock : une formation digne des meilleurs délires, le supergroupe. L'auditeur sans album - à venir le 13 juillet, juste avant le feu d'artifice - doit se contenter de supputations, de deux titres accrocheurs et de mauvaises vidéos très amateur de live.
La Cigale, hier, environ quarante degrés dedans et trente dehors, grand soif et grand bruit de la première partie : deux batteries et deux braillardes, des guitares, la compo idéale pour aller se hurler dans les oreilles et se désaltérer à l'annexe de la Fourmi dans la haute buvette improbable qui jouxte la salle.

Quand le concert commence, on s'est déjà régalé à observer les deux Gretsch blanches, les amplis, la batterie entièrement basse et la bonne dizaine de pédales d'effets. Encore du must, du rêve rock total.
Enfin, ils entrent : Jack Lawrence, Dean Fertita, Alison Mosshart et Jack White. La salle plongée dans l'obscurité vibre, crie, se réveille instantanément. Le concert trouve son public, qui bouge, qui slamera même un peu, qui acclame et applaudit, qui ne boude pas son plaisir. Un vrai public rock. Jusqu'au fan transi qui se jette sur scène voler un baiser à VV.
Jack aux drums le plus souvent, prodigieux et intense, là encore, alors qu'il est sans doute the greatest guitarist alive, chante parfois, mais c'est d'abord Alison qui joue ce rôle de singer. Parfaite dans son attitude rock - crache quand on la présente, fume sur scène, cache son visage de poupée derrière une immense frange - elle présente un look pas franchement hype, mais vraiment pur : slim noir, tiags basses dorées, tunique noire et veste marine, bracelets en cuir et médaille en or autour du cou. Sexy en diable dans l'allure, résolument anti pouffe, elle ensorcelle le public avec sa voix et son jeu de scène, usant du pied de micro, des retours son pour se pencher sur la foule, s'asseyant tout à côté un moment, le temps d'électriser tout le public avoisinant.
Jack, tout en noir, T-shirt moulant, cheveux corbeau ondulés sur le visage blême, fait hurler la salle lui aussi quand il s'empare de la guitare. C'est très très bon.
Ces quatre musiciens sont des virtuoses, sourire rare mais plaisir tangible, tous capables de chanter, de changer d'instrument, de composer. On entend la patte de chacun sur chaque morceau, c'est très étonnant et réussi, ce mariage de quatre univers rock aussi signés.

Deux temps très forts dans ce concert : au retour du rappel, la prestation de Hang You From The Heavens, tube puisque quasi seul single connu à ce jour, ajoute à la vibration déjà considérable. C'est puissant, excellent, bien meilleur qu'en studio. Tout à coup on réalise également que tous les autres morceaux étaient des découvertes et qu'on les a ressentis comme évidents et parfaits.

Le duo de Jack - alors à la guitare - avec Alison, ce frisson de délicatesse, avec ce son vraiment particulier, que je n'avais jamais entendu sur scène, de leurs lèvres chantant presque collées au même micro, partagé. En nage, marcel, jean et cheveux collés au corps, je frissonne dans la fournaise.

Oui, pur rock, virtuoses, prodiges, talentueux, bêtes de scènes : ils le sont. Ce concert, c'est tout ça. Mais c'est aussi cette élégance arty propre à White, qui embellit tout ce qu'il touche, et ce goût du happening pour ce groupe que l'on sait éphémère et dont nous étions le public concerné, conscient de la rareté, de la puissance et de la beauté de ce moment.